Si les annonces de Stellantis font grand bruit ces derniers jours, Renault, dans son coin, prend également plusieurs décisions radicales sans trop attirer l’attention. Ampere, Mobilize, Alpine affichent des coupes brutales dans la stratégie du groupe.  

Chez Stellantis, le nouveau patron accuse clairement son prédécesseur pour les difficultés actuelles. Chez Renault, le changement de cap se fait par à-coups avec une finalité similaire, mais sans les attaques frontales à l’ancien patron. Résultat : Stellantis fait les gros titres, quand Renault manœuvre sans trop créer le buzz. Pourtant, à quelques jours des résultats financiers de 2025, prévus le 19 février 2026 pour Renault, tout indique que le groupe prépare le terrain.

Après l’ère Luca de Meo, faite d’annonces spectaculaires et de projets flamboyants, le groupe semble, avec François Provost, entrer dans une phase de rationalisation assumée. Au fil des mois, plusieurs projets lancés par l’ancien patron Luca de Meo lors de la Renaulution sont abandonnés ou revus à la baisse. Le retrait d’Alpine du WEC en est le dernier signal en date, générant au passage d’autres rumeurs. Autant d’indices qui dessinent déjà les contours du « strategy day » du 10 mars.

La fin d’Alpine ? Pas si vite…

2026 sera la dernière saison d’Alpine dans le championnat du monde d’endurance et aux 24 Heures du Mans. L’annonce tombée le 12 février 2026 fait réagir les médias, à l’image de Motorsport.com qui s’interroge sur la fin de la marque dans le groupe, et ce ne sont pas les seuls à soulever cette éventualité. En annonçant la fin de sa participation au WEC, tout l’équilibre de la marque automobile semble soudainement basculer pour les fans. Il reste pourtant la F1, même si le sujet est également explosif, tout comme le sort du site de Viry-Châtillon.

Luca de Meo à la soirée de lancement de la saison de F1 et WEC en 2024 // Source : Alpine
Luca de Meo à la soirée de lancement de la saison de F1 et WEC en 2024. // Source : Alpine

Il est vrai que la stratégie 100 % électrique prévue pour Alpine se poursuit avec un handicap de taille. Même si les ventes de voitures électriques progressent en Europe et dans le monde, le rythme est en deçà des projections espérées. Rien de vraiment étonnant, beaucoup de marques ont mis la charrue avant les bœufs en matière d’électrification sur base de projections irréalistes, ce qui explique les nombreux rétropédalages actuels. Alpine se retrouve justement à cette croisée des chemins : continuer à assumer la stratégie 100 % électrique peu rentable pour l’heure, rétropédaler avec l’introduction d’autres motorisations ou arrêter les frais ?

Couper le budget alloué aux sports mécaniques va forcément impacter l’image d’Alpine. La marque voulait se construire sur l’image sportive à la manière de Porsche. Lorsqu’elle a été relancée, cette partie sportive n’était qu’un partenariat avec Signatech en LMP2, un budget bien moins lourd à soutenir pour le groupe Renault, et cela n’a pas empêché Alpine de vendre ses A110. Depuis, le goût du défi a poussé la jeune marque à dépenser plus qu’elle ne rapporte dans le sport automobile, pour le plus grand plaisir des fans, mais moins des investisseurs.

L'Alpine A390 à l'essai. // Source : Robin San Vicente pour Numerama
L’Alpine A390 débute son lancement commercial // Source : Robin San Vicente pour Numerama

Le sort de la marque Alpine fera forcément partie de la feuille de route annoncée le 10 mars prochain. L’abandon de la marque nous semble malgré tout peu probable, mais une révision de la stratégie 100 % électrique serait moins surprenante.

Après Ampere et Mobilize : quelle branche sera sciée ?

Il convient quand même de souligner que François Provost manœuvre habilement à la tête de Renault. Son but ne semble pas tant de détricoter les décisions de son prédécesseur que de préparer le groupe à un avis de tempête, en ayant allégé au préalable le groupe de quelques poids pesant un peu trop lourd dans les finances de l’entreprise.

Comme Carlos Tavares chez Stellantis, les ambitions de Luca de Meo étaient fortes, et beaucoup d’investissements ont été engagés. Toutefois, les grands discours ne suffisent pas toujours pour construire une croissance durable. Et quand les cadavres de mauvaises décisions s’accumulent dans les placards, il faut à un moment faire le ménage. Certains, comme Stellantis, y vont au bulldozer, d’autres, comme Renault, tentent une approche plus chirurgicale.

Luca de Meo lors du rendez-vous des investisseurs de 2025  // Source : Renault Group
Luca de Meo lors du rendez-vous des investisseurs de 2025 // Source : Renault Group

C’est ce qui s’est passé notamment avec Ampere, la nouvelle branche du groupe dédiée à l’électrique et au logiciel. Cette structure devait entrer en bourse pour supporter ses coûts de fonctionnement, mais le contexte financier a refermé cette possibilité. François Provost, en taillant dans cette structure, ne cherche pas spécialement à supprimer l’héritage du précédent patron ou à réduire les investissements dans l’ingénierie, mais à rationaliser les dépenses (notamment celles en doublon) en réintégrant ce qui peut l’être dans Renault. C’est moins audacieux en matière d’image à l’international, mais c’est plus sage pour les bilans comptables.

La réorganisation de Mobilize avec la suppression des véhicules de cette marque en est un autre exemple. Conserver ce qui rapporte de l’argent (la partie financière), et ce qui a d’autres fonctions de support comme les bornes, est sensé. La création de véhicules sous cette entité n’a de toute façon jamais vraiment eu de sens. On l’a vu avec le Mobilize Duo qui aurait probablement mieux marché avec un sigle de marque comme Renault ou Dacia.

Jean Dominique Senard et François Provost en pleine discussion // Source : Renault Group
Jean-Dominique Senard et François Provost en pleine discussion // Source : Renault Group

Difficile de savoir quelles seront les prochaines branches du groupe à être taillées. François Provost n’a visiblement pas terminé son travail. Fidèle à sa méthode, il distille les annonces pour en atténuer l’impact. Nul doute que d’autres annonces vont suivre avant, pendant ou après le Strategy Day du 10 mars 2026. Malgré des résultats commerciaux positifs, tous les voyants ne sont pas au vert dans les finances du groupe. Il faut juste garder cela en tête pour comprendre les décisions actuelles.

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