La transition vers la mobilité électrique pourrait réserver quelques (mauvaises) surprises pour les automobilistes. En faisant disparaître peu à peu la motorisation thermique, les gouvernements voient s’envoler de précieuses rentrées d’argent.
En France, on pense directement à la Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques (TICPE), dont la part s’élève à 40 % dans le prix des carburants essence et diesel. En 2024, cette taxe a rapporté plus de 30 milliards d’euros. Un montant dont l’État ne pourra évidemment pas se priver, comme le juteux malus CO2 sur les modèles thermiques.
D’autres gouvernements estiment que l’entretien des infrastructures routières augmente à mesure que les véhicules électriques — jugés plus lourds — gagnent la circulation.
Dans ce contexte, une réforme fiscale s’impose ainsi pour de nombreux pays à travers le monde. Voici un florilège des différentes mesures déjà en place ou à venir.
Les modèles de taxation des véhicules électriques
Deux grands modèles de taxation émergent à l’échelle mondiale pour compenser la perte des recettes sur les carburants :
Les taxes annuelles fixes : un montant forfaitaire payé chaque année lors du renouvellement de l’immatriculation, indépendamment du kilométrage parcouru.
Les taxes kilométriques : une redevance calculée en fonction de la distance réellement parcourue, généralement exprimée en centimes par kilomètre ou par mile. Ce modèle, considéré comme plus équitable, car proportionnel à l’usage des infrastructures, fait son chemin en Europe et dans d’autres régions du globe.
Les pays où des taxes sur les voitures électriques sont déjà en vigueur
Plusieurs pays ont déjà franchi le pas en instaurant des taxes kilométriques ou en supprimant les exemptions de taxes de circulation.
États-Unis : taxes d’immatriculation d’État
Aux États-Unis, la taxe fédérale sur l’essence n’ayant pas été augmentée depuis 1993, les États subissent une pression financière immense pour l’entretien des autoroutes. La quasi-totalité des États a mis en place une solution simple et forfaitaire pour, entre autres, remplacer les revenus perdus à la pompe. Quand certains choisissent la taxe annuelle, d’autres s’orientent vers la redevance kilométrique. Voici quelques exemples.
- Texas : 400 $ (350 €) lors de la première immatriculation, puis 200 $ / an lors du renouvellement.
- New Jersey : 250 $ par an, avec une augmentation automatique de 10 $ par an jusqu’en 2029.
- Oregon : taxe kilométrique de 2,3 cents par mile (environ 1,4 centime d’euro par kilomètre) étendue aux véhicules électriques dès 2028.
- Californie : taxe kilométrique de 2 et 4 cents par mile (1,2 centime à 2,4 centimes d’euro par kilomètre) à l’étude, afin de remplacer les revenus de la taxe sur l’essence.

Royaume-Uni : harmonisation de la taxe de circulation (VED)
Le Royaume-Uni a mis fin au statut de « taxe zéro » pour les voitures électriques afin de stabiliser les finances publiques. Le gouvernement a toutefois ajusté sa mesure en 2026 en relevant le seuil de la taxe sur les véhicules de luxe pour les électriques, reconnaissant que le coût d’achat initial reste plus élevé que pour le thermique, tout en exigeant une contribution annuelle standard.
- Montants : 10 £ la première année (taux réduit).
- 190 £ / an (env. 225 €) à partir de la deuxième année (taux standard).
- Supplément « Véhicule de luxe » : Les VE dont le prix dépasse 50 000 £ paient un supplément de 425 £ / an pendant 5 ans (seuil relevé de 40 000 £ à 50 000 £ en 2026 pour protéger les VE).
- Source : GOV.UK – VED rates 2025/26.
Par ailleurs, le pays introduira en mars 2028 l’Electric Vehicle Excise Duty (eVED), une taxe spécifiquement conçue pour les véhicules électriques (et hybrides rechargeables). Le gouvernement britannique estime qu’un conducteur moyen de véhicule électrique paiera environ 240 £ par an (273 €), soit 20 £ par mois.
Belgique : fin de la gratuité totale
En Belgique, la fiscalité automobile est une compétence régionale. La Flandre, qui avait été très incitative, a décidé de réintroduire des taxes au 1er janvier 2026 pour aligner les coûts d’utilisation. Cette mesure s’accompagne d’une volonté de gérer le cycle de vie complet du véhicule : la nouvelle contribution environnementale sert spécifiquement à anticiper les coûts de recyclage des batteries de grande capacité.
- Mise en circulation (toute la Belgique) : Forfait de 61,50 €.
- Taxe annuelle : généralement inférieure à 100 € / an, varie selon la puissance fiscale du modèle.
- Taxe Recyclage : contribution environnementale de 25 € à 100 € obligatoire à l’achat.
- Sources : SPW Finances / vrt nws.

Pays-Bas : fin progressive des exonérations
Les Pays-Bas ont annoncé à l’avance un parcours très clair vers la fin des exonérations fiscales pour les véhicules électriques. À partir de 2025, le taux de base de la BPM (taxe d’immatriculation) augmentera à environ 667 euros pour les voitures particulières, y compris les véhicules électriques qui étaient auparavant exonérés. Ce montant augmentera ensuite chaque année avec l’inflation.
- Échéance : depuis 2025.
- Montant : environ 667 €.
- Source : Rijksoverheid.
Norvège : suppression progressive de l’exemption de TVA aussi
Le gouvernement a officiellement voté dans son budget pour 2026 en faveur de l’abaissement de 500 000 couronnes (42 700 euros) à 300 000 couronnes (25 600 €) du seuil d’exonération de la TVA (25 %) des véhicules électriques. À compter de 2027, l’exemption sera totalement supprimée, selon la proposition de budget.
- Échéance : 1er janvier 2026 puis 2027.
- Montant : 25 % de TVA dès que la voiture coûte 300 000 couronnes (25 600 €). Exonération supprimée par la suite.
- Source : Regjeringen.

Islande : taxer tout ce qui roule
L’Islande a mis en place le 1er janvier 2026 une nouvelle taxe kilométrique mensuelle applicable à l’ensemble des véhicules circulant sur le territoire, qu’ils soient électriques, hybrides, essence ou diesel.
- Échéance : 1er janvier 2026.
- Montant : 6,95 couronnes islandaises par kilomètre parcouru (environ 4,2 centimes d’euro) pour les véhicules de moins de 3,5 tonnes.
- Source : Island.
Turquie : augmentation de la taxe spéciale
La Turquie a augmenté la taxe spéciale à la consommation (ÖTV) sur les véhicules électriques, la faisant passer de 10 % à 25 % en juillet 2025. Cela n’empêche pas les ventes de doubler en un an, faisant passer la part de marché des voitures électriques à 20 % dans le pays.
- Échéance : juillet 2025.
- Montant : passage de 10 % à 25 % de la taxe à la consommation.
- Source : AB Mevzuat.

Nouvelle-Zélande : la redevance kilométrique (RUC)
La Nouvelle-Zélande a été l’un des pionniers mondiaux dans l’application du principe de « l’utilisateur-payeur » pour les véhicules. Initialement exemptées, les voitures électriques sont désormais suffisamment nombreuses pour que le gouvernement considère qu’elles doivent contribuer à l’entretien du réseau, au même titre que les véhicules thermiques.
- Échéance : 1er avril 2024.
- Montant : 76 $NZ (env. 43 €) par tranche de 1 000 km parcourus.
- Source : NZ Transport Agency.
Les pays qui s’intéressent aux taxes sur les VE (dont la France)
Le calendrier fiscal s’annonce chargé avec l’entrée en vigueur de malus progressifs basés sur la masse.
France : le malus au poids progressif (TMOM)
La France utilise le levier fiscal pour lutter contre l’obésité automobile. Le gouvernement français étendra aux véhicules électriques le malus au poids à partir du 1er juillet 2026. Il est bon de souligner que cette taxe ne s’appliquera pas aux véhicules bénéficiant d’un éco-score favorable, ce qui privilégie la production européenne.
- Échéance : 1er juillet 2026.
- Seuil : 1 500 kg (après abattement de 600 kg pour les VE, soit 2 100 kg réels).
- Barème par kilo excédentaire : De 10 € / kg pour une voiture de 1 700 kg à 30 € / kg pour un modèle au-delà de 2 000 kg (après abattement).
- Exemple : Un SUV électrique de 2 200 kg paiera 1 000 € de malus à l’achat.
- Source : ministère de la Transition Écologique.

Canada : une contribution annuelle en développement
Au Canada, les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan ont adopté des taxes pour les voitures électriques, tandis que le Québec prévoit de le faire en 2027. Dans tous les cas, elle prend la forme d’une contribution annuelle.
- Échéance : 2021 (Saskatchewan), 2025 (Alberta), 2027 (Québec).
- Montant : de 125 à 300 CAD (77 à 185 €) par an pour les VE.
- Sources : Alberta / Saskatchewan / Québec.
Japon : taxation au poids à venir
À l’instar de la France, le Japon a prévu d’instaurer une taxe au poids d’ici 2028. L’objectif est de préparer le terrain pour une fiscalité post-thermique en comblant le manque à gagner sur l’essence et en participant à l’entretien des routes.
- Échéance : mai 2028.
- Montant (estimé) : de 2 500 ¥ à 24 000 ¥ (15 € à 130 €) selon le poids.
- Source : ministère des Finances du Japon.
Danemark : réalignement progressif
Le Danemark possède l’une des fiscalités automobiles les plus lourdes d’Europe. Pour éviter un effondrement du marché, notamment à cause du commerce transfrontalier qui prend de l’ampleur, le gouvernement a choisi un lissage sur plusieurs années. Appliquée une seule fois dans la vie du véhicule, cette taxe, qui devait passer de 40 % à 48 % en janvier 2026, restera finalement inchangée avant d’augmenter progressivement : 48 % en 2027, puis 56 % en 2028.
- Échéance : 2027 et 2028.
- Mesure : Taxe d’immatriculation passant de 40 % à 48 % en 2027 puis 56 % de la valeur du véhicule en 2028.
- Source : Motorstyrelsen.

Suisse : le projet de taxe au kilomètre
La Suisse avait ouvert jusqu’au 9 janvier 2026 une consultation pour la mise en place d’une redevance pour l’utilisation des routes par les véhicules électriques. Le gouvernement fédéral souhaite éviter que la baisse des revenus de l’impôt sur les « huiles minérales » ne crée un déficit dans le financement du réseau routier national. Deux options sont sur la table : une taxe au kilomètre ou une taxe sur la consommation électrique lors de la recharge.
- Échéance : Horizon 2030.
- Variante « prestation kilométrique » : redevance basée sur le nombre de kilomètres parcourus en Suisse. Le tarif par kilomètre dépendra du genre de véhicule et du poids total du véhicule. Le tarif moyen pour une voiture sera de 5,4 centimes / km.
- Variante « courant de recharge » : un impôt sera prélevé sur l’électricité pour recharger le véhicule électrique. Le tarif s’élèvera à 22,8 centimes / kWh.
- Déjà en place : une taxe d’importation de 4 % sur les VE est déjà en vigueur depuis 2024.
- Source : Portail du gouvernement suisse.
Australie : la taxe invalidée par l’État
L’État de Victoria en Australie avait introduit en juillet 2021 une taxe comprise entre 2,5 centimes de dollar australien (1,58 centime d’euro) par kilomètre parcouru pour les véhicules électriques. Cependant, la plus haute juridiction australienne a annulé cette taxe en octobre 2023, la jugeant illégale. La Nouvelle‑Galles du Sud, qui veut instaurer une mesure similaire d’ici 2027, pourrait donc voir sa mesure invalidée par le gouvernement.
- Échéance : 1er juillet 2027 (Nouvelle‑Galles du Sud).
- Montant : le tarif annoncé est de 2,974 centimes australiens (1,7 centime d’euro) par km roulé.
- Source : NSW Government.
Chine : réduction progressive des subventions
La Chine, premier marché mondial des véhicules électriques, lève le pied progressivement sur les subventions, mais ne compte pas introduire de taxes spécifiques comme d’autres pays. Au 1er janvier 2026, l’exemption sur la taxe d’achat pour une voiture électrique est passée d’un seuil de 30 000 yuans à 15 000 yuans.
- Échéance : 1er janvier 2026.
- Mesure : baisse du plafond d’exonération de la taxe d’achat à 15 000 yuans (1 854 €).
- Source : Gouvernement chinois.
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