L’industrie automobile a longtemps regardé Tesla comme un ovni financier. Tesla a même pu, un temps, se targuer de valoir autant que tous ses concurrents réunis grâce à une valorisation record. Ce qui faisait aussi de Tesla un constructeur hors norme aux yeux de ses concurrents, c’était sa capacité à afficher un gain par véhicule bien supérieur à celui des constructeurs traditionnels. Malgré des économies poussées à l’extrême sur la conception, l’industrialisation et la commercialisation des modèles, beaucoup de concurrents pensaient que ce résultat était intenable dans le temps, et ils ont probablement raison à observer les chiffres récents.
Selon une analyse publiée par Nikkei Asia le 10 juillet, le bénéfice net par véhicule de Tesla a chuté de près de 2 000 €. Juste derrière, à moins de 50 € près, Toyota se trouve en embuscade. Et si Tesla n’a pas spécialement enregistré une hausse des coûts de production, c’est la réduction d’un autre mécanisme qui l’affecte : une baisse de ses revenus issus des crédits carbone.
La poule aux œufs d’or des crédits carbone s’est tarie
Pour comprendre cette baisse subite des marges (-40 % en un an pour Tesla), il ne faut pas seulement observer la guerre des prix féroce en Chine ou les remises que la marque a dû concéder pour relancer les commandes (aux USA et en Europe). La vraie raison se cache dans une ligne comptable correspondant aux « revenus réglementaires ».

Comme Tesla ne vend que des véhicules électriques, la marque accumule des crédits carbone qu’elle revend à prix d’or à des constructeurs qui n’arrivent pas à atteindre les quotas d’émissions locaux qui pourraient les exposer à des amendes administratives colossales. Sauf que l’année 2025 a vu les revenus de ce business chuter de 40 %, en passant d’un revenu de 2,9 milliards de dollars à seulement 1,7 milliard de dollars.
Et la situation en Europe s’avère presque préoccupante pour Tesla. Une étude du cabinet spécialisé Schmidt Automotive Research révèle que le « pool CO2 » (que Tesla a formé avec Toyota, Ford, Subaru, Mazda, Stellantis, Honda et Suzuki) a atteint ses objectifs de conformité 2025 sur le fil du rasoir (avec une moyenne d’émission de 90,9 g/km). À cause de ces alliances négociées bien avant et de la baisse de ses volumes en 2025, Tesla aurait même pu se retrouver exposée à des pénalités réglementaires malgré son activité 100 % électrique.
Plusieurs constructeurs ont quitté le « pool Tesla »
Deux des plus gros constructeurs du « pool Tesla » ont décidé de changer de crèmerie. Stellantis a décidé de s’appuyer sur son partenaire Leapmotor pour compenser ses émissions. Toyota estime disposer désormais d’un volume suffisant d’hybrides rechargeables (PHEV) et d’électriques pour atteindre ses quotas sans avoir à enrichir un concurrent. Pourtant, sa stratégie électrique reste toujours particulièrement freinée.

Tesla n’aura pas à craindre de dépasser la limite d’émissions, mais va voir ses revenus baisser, à moins que d’autres constructeurs ne viennent remplacer ceux qui en sont sortis. Privé de milliards financés directement par ses concurrents pour sa croissance, Tesla devient presque un constructeur automobile comme les autres (même s’il ne se considère plus comme tel), soumis aux mêmes dures lois de la rentabilité industrielle que Toyota.
Tesla reste toujours plus rentable que les autres gros constructeurs
Nikkei Asia s’est penché sur les résultats des cinq principaux constructeurs. Si Tesla conserve la tête malgré un bénéfice par véhicule qui est passé de 5 300 € à seulement 1 900 € en quelques années, Toyota occupe la seconde place avec un écart réduit.
Plus surprenant, on trouve en troisième place BYD, et ce malgré la baisse des incitations fiscales chinoises. En revanche pour les deux derniers : Ford et Stellantis, les résultats ne sont pas brillants, comme l’indique l’article : « Stellantis et Ford Motor, qui avaient tous deux réalisé des bénéfices d’environ 150 000 yens (environ 800 euros) par véhicule au cours de l’exercice 2024, ont vu leurs bénéfices par véhicule passer dans le rouge au cours de l’exercice 2025 ».
On notera malgré tout que le groupe Volkswagen est absent de cette analyse. Vu la situation actuelle de l’entreprise, le groupe ne figurerait probablement pas en bonne place dans ce classement.
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