Après l’annulation choc de la gamme « Série 0 » de Honda en mars dernier, c’est au tour de Lexus (Toyota) d’abandonner le développement de sa berline électrique ultra-technologique LF-ZC, selon des informations publiées par Nikkei Asia le 29 mai 2026.
L’excuse avancée invoque une nouvelle fois le ralentissement du marché américain suite à la suspension des aides publiques, un couplet déjà entendu pour Honda. Il est néanmoins vrai que les constructeurs japonais dépendent particulièrement du marché américain pour réaliser de gros volumes, quitte à négliger les autres pays. Les géants nippons sont donc en plein sabordage de leurs projets les plus ambitieux en matière de voiture électrique pour se réfugier derrière leurs valeurs refuges : les gros SUV et l’hybride. Une décision prudente ou un harakiri sur l’avenir ?
Lexus LF-ZC : la vitrine technologique envoyée à la casse avant sa naissance
Le plus frustrant vient certainement du fait que ce n’est pas un énième SUV sans saveur ou sans intérêt technologique qui vient d’être abandonné. La Lexus LF-ZC devait être une berline électrique de rupture reposant sur une nouvelle plateforme introduisant plusieurs pièces de gigacasting (comme Tesla).
Le modèle devait aussi intégrer une batterie haute performance promettant 800 km d’autonomie et une recharge de 10 à 80 % en 20 minutes, ainsi que le système d’exploitation Arene avec IA adaptative et la direction steer-by-wire, pour marquer le passage d’un nouveau cap dans le 100 % électrique.

Le concept avait été largement présenté à la presse avec une commercialisation prévue fin 2026. Il a été ensuite repoussé à mi-2027, car la marque n’était pas encore prête sur certaines technologies, avant d’être définitivement enterré. Toyota joue la carte de la frilosité des clients occidentaux pour rétropédaler sur l’électrique. Il est vrai qu’il est plus facile d’accuser un marché immature que d’assumer de rencontrer des difficultés à produire des véhicules électriques qui répondent réellement aux besoins des clients.
Après Honda, la troublante épidémie du renoncement nippon
Le constructeur jure qu’il continuera à chercher des débouchés pour intégrer le gigacasting et ses batteries du futur sur des carrosseries plus populaires (comprendre : de gros SUV bien rentables). Il n’en reste pas moins que le signal envoyé au marché est terrible et certainement pas positif pour le constructeur japonais. La vitrine technologique de la marque vient d’être bradée pour sauver les marges à court terme en s’appuyant sur une technologie qui n’a plus évolué depuis des années.

Ce renoncement de Toyota n’est pas un cas isolé : il s’inscrit dans une tendance de fond qui commence à ressembler à une véritable capitulation de l’industrie japonaise sur l’électrique. En mars dernier, Honda avait déjà provoqué un séisme en annonçant l’annulation pure et simple de sa très futuriste gamme « Série 0 » (incluant la Berline, le SUV et le coupé Acura RSX) qui avait pourtant fait sensation lors des derniers salons internationaux. Une marche arrière brutale qui a coûté la bagatelle de 15 milliards de dollars en frais de restructuration à la marque.
Pourquoi les constructeurs japonais sabordent-ils des projets pourtant proches de la production en série ? La réponse officielle pointe du doigt la politique de l’administration Trump aux États-Unis et une Union européenne qui fléchit sous la pression des lobbys en assouplissant l’interdiction du thermique pour 2035. Les Japonais ont donc choisi leur camp, celui du conservatisme.

Historiquement leaders de l’hybride, les constructeurs japonais semblent désormais privilégier cette technologie plutôt que la course à l’électrique pur. Face à des acteurs chinois et à Tesla qui ont pris une avance considérable, ils se replient sur des véhicules multi-énergies, rassurants pour les actionnaires, mais potentiellement sans avenir sur certains marchés. Une stratégie toujours plus court-termiste qui interroge.
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