La riposte ukrainienne vise désormais les infrastructures énergétiques de la Russie. Depuis plusieurs semaines, la Russie doit ainsi faire face à des pénuries de carburant. Entre files d’attente XXL, flambée du prix du carburant et restrictions dans plusieurs régions, les Russes qui en ont les moyens ont décidé de se précipiter sur les voitures à batterie (électriques ou hybrides rechargeables), comme l’observe Reuters. Et ce sont les marques chinoises qui en profitent le plus.
Jusqu’à présent, le marché de la voiture électrique était particulièrement limité en Russie, à peine 2 % des immatriculations neuves fin 2023, avec une progression lente. Toutefois, comme partout dans le monde, face aux difficultés d’approvisionnement en carburant, les habitudes changent rapidement.
Quelques chiffres du marché russe
Selon les données de l’agence russe Autostat, la Russie compte seulement 80 000 voitures électriques sur son territoire au 1er janvier 2026, soit 0,2 % de son parc automobile. La région de Moscou concentre à elle seule près de 29 % de ces véhicules immatriculés. C’est sans surprise la zone où il y a le plus de bornes de recharge, mais certainement pas assez pour développer plus rapidement l’adoption de la motorisation. Le pays ne comptait que 8 000 bornes en avril 2026 et il s’agit principalement de bornes lentes (22 kW). Rappelons que l’un des véhicules les plus vendus en Russie a longtemps été la Nissan Leaf, ce qui explique le faible développement des bornes de recharge rapides.

Malgré un environnement peu propice, la voiture électrique se développe, même si l’hybride rechargeable a tendance à lui voler la vedette. Au premier semestre 2026, les véhicules électrifiés (VE + PHEV) auraient représenté 8 % des ventes contre seulement 5,4 % l’année précédente. Cela représente une hausse de 90 % en un an et environ 54 000 véhicules neufs, selon des données de l’agence de presse turque AA. Les chiffres de Reuters mentionnent environ 29 000 véhicules sur les 5 premiers mois de l’année, dont 24 600 hybrides rechargeables et 4 460 électriques.
Une bascule plus rapide que prévu avec la crise
Il s’est vendu plus de voitures électriques au cours des 12 derniers mois qu’au cours de toute la décennie précédente. L’accélération des ventes est nette : elle concerne autant le marché neuf que celui de l’occasion. Le directeur de l’agence Autostat indique : « Lors de la semaine du 15 au 21 juin 2026, 231 nouvelles voitures électriques ont été immatriculées en Russie. C’est presque deux fois plus que la semaine précédente (123). » Il précise néanmoins que le plus gros de l’effet sera visible d’ici 2 à 3 mois.
Olga Petrova (directrice générale adjointe des ventes de voitures neuves chez Avilon Group) confirme aussi une tendance forte : « Dans les grandes villes, le nombre de voitures électriques ne cesse de croître, tandis que les voitures à moteur thermique traditionnel disparaissent progressivement. L’actualité en Russie n’a fait qu’accélérer cette hausse de la demande. Du moins à Moscou et dans les villes de plus d’un million d’habitants, nous pensons que cette dynamique va se poursuivre. »

Un concessionnaire spécialisé dans des marques chinoises (EN Cars) a indiqué à Reuters qu’il vendait deux à trois véhicules électriques par jour, contre deux à trois par mois il y a encore quelques semaines seulement.
Un nouveau débouché pour les véhicules chinois ?
Selon Olga Petrova, deux marques se démarquent : « L’Evolute et la Voyah sont actuellement très demandées et s’adressent plutôt au grand public. » L’Evolute est un véhicule russe basé sur un modèle chinois Dongfeng. Mais elle précise : « Ces voitures sont pratiquement introuvables. Des modèles plus chers et haut de gamme comme la Zeekr, l’Avatr et la Hongqi sont également très recherchés. »
Sur le marché russe, plusieurs groupes chinois performent assez bien avec des modèles hybrides : Great Wall Motor (Haval), Chery (Omoda et Chery), Geely, Dongfeng (Voyah et avec des collaborations locales). Pour autant, les ventes de certains véhicules électriques en Russie ne signifient pas toujours que le constructeur a une implantation officielle. Une bonne partie de ces ventes reposent sur des importations parallèles et donc un approvisionnement souvent bien plus limité et plus long.

C’est notamment le cas avec Zeekr. La marque du groupe Geely a dans un premier temps (en 2024) tenté de lutter contre le marché gris de ses véhicules en menaçant les exportateurs chinois. Cela n’a hélas pas suffi, car les ventes de Zeekr ont largement progressé en Russie et encore plus depuis la crise du carburant. On peut également retrouver des Xiaomi SU7 sur le marché russe alors qu’aucune filiale officielle n’existe.
Jusqu’ici, la Nissan Leaf dominait largement le marché électrique russe. Cette époque semble toucher à sa fin avec la montée en puissance des modèles chinois et l’arrivée progressive d’une offre locale.
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