Alors que la trajectoire européenne impose une électrification à marche forcée, les résultats du premier semestre 2026 révèlent de profonds contrastes. Entre stratégies de contournement, coups de frein inattendus et surprises de taille, analyse d’un marché à plusieurs vitesses.

Pour l’industrie automobile, la feuille de route dictée par Bruxelles ne laisse pas de place au hasard. Pour faire baisser la moyenne des émissions de CO2 de leurs gammes, l’augmentation de la part des véhicules 100 % électriques (BEV) reste incontournable. Si les technologies hybrides rechargeables ont pu offrir un sursis à certains, elles vont rapidement atteindre leurs limites.

Pourtant, la réalité de ce premier semestre est loin d’être homogène. Entre le pivot des constructeurs chinois vers l’hybride, le surplace des Japonais et le coup de frein de Stellantis, que disent concrètement les chiffres de AAA Data ? L’analyse des données révèle un marché à double vitesse, riche en confirmations mais aussi en découvertes.

L’évolution des marques européennes sur l’électrique

Les marques au positionnement nativement 100 % électrique (Abarth, Polestar, Smart) ainsi que les constructeurs de luxe (faute de volumes, hors Porsche et Maserati) sont exclus de l’analyse suivante :   

MarqueVolume Global
(S1 2026)
Volume VE
(S1 2026)
Part VE
(S1 2026)
Variation par rapport à l’année 2025
ALFA ROMEO2882107337,23%+16,16 %
ALPINE3887294875,84%+3,70 %
AUDI24983740329,63%+0,40 %
B.M.W.298411136738,09%+10,51 %
CITROËN658101664025,28%+3,85 %
CUPRA10316445243,16%+11,24 %
DACIA6895140145,82%+0,49 %
DS7025159022,63%+11,20 %
FIAT16451413125,11%-16,89 %
FORD16718671640,17%+23,29 %
JEEP5133138126,90%+3,62 %
LANCIA81514417,67%+0,26 %
MASERATI333090,91%+18,43 %
MERCEDES20263659132,53%+13,79 %
MINI12939605946,83%+2,89 %
OPEL19177289015,07%-1,75 %
PEUGEOT1134792285820,14%+4,67 %
PORSCHE125482465,71%+5,07 %
RENAULT1507365202234,51%+10,01 %
SKODA26267956836,43%+12,07 %
VOLKSWAGEN550621350324,52%+8,48 %
VOLVO5592377367,47%+25,35 %

Stellantis : une transition qui marque le pas

Seules deux marques européennes basculent dans le rouge ce semestre : Fiat et Opel. Chez le constructeur italien, tous les modèles électriques voient leurs volumes et leur part de mix reculer, au profit de versions thermiques en hausse. Le constat est similaire chez Opel où la baisse des Corsa, Mokka et Astra électriques ne peut être compensée par Frontera et Grandland à la hausse.

Production de la Fiat 500e à l'usine de Mirafiori // Source : Fiat
Production de la Fiat 500e à l’usine de Mirafiori // Source : Fiat

Globalement, le groupe Stellantis ne profite pas de l’embellie du marché électrique français et stagne face aux autres motorisations. Deux exceptions se démarquent néanmoins : Alfa Romeo (+16 points) et DS (+11 points), bien que la performance de cette dernière soit en trompe-l’œil, portée par le lancement commercial du DS N°7 et ses immatriculations de concessions.

Ford et Volvo surfent sur une forte dynamique

À l’inverse, Ford et Volvo affichent de belles progressions. La branche européenne de la marque à l’ovale bleu réalise désormais 40 % de ses livraisons en électrique, devançant Renault ou BMW : un résultat qui était loin d’être acquis les années précédentes. La participation au leasing social a probablement contribué en partie à ce résultat.

Le Ford Puma Gen-E à l'essai // Source : Robin San Vicente pour Numerama
Entre l’Explorer et Puma Gen-e, Ford a retrouvé des couleurs // Source : Robin San Vicente pour Numerama

De son côté, Volvo atteint 67 % de pénétration électrique, un score record qui s’explique aussi par la réduction drastique de son offre thermique et hybride.

Le luxe dopé par la fiscalité, le premium allemand solide

Le malus écologique exorbitant a paradoxalement boosté les immatriculations de véhicules d’exception vu qu’il a anéanti les autres ventes. Ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle. Chez Porsche, l’électrique représente dorénavant 66 % des ventes en France, propulsé par le succès du Macan électrique (634 unités). Chez Maserati, la fiscalité punitive sur le thermique offre un boulevard aux déclinaisons électriques, qui captent 90 % du mix au premier semestre, bien aidées aussi par les immatriculations en véhicules de démonstration.

Les Maserati GranTurismo, GranCabrio et Grecale Folgore. // Source : Maserati
Les Maserati GranTurismo, GranCabrio et Grecale Folgore. // Source : Maserati

Du côté du premium allemand (Audi, BMW, Mercedes), les volumes restent impressionnants avec entre 30 et 38 % de mix en faveur de l’électrique. Ce marché, fortement porté par les obligations de verdissement des flottes d’entreprises, s’avère moins dépendant des fluctuations des clients particuliers qui peuvent être assez sensibles au prix des véhicules neufs. Un dynamisme des marques allemandes qui ruisselle d’ailleurs sur les marques généralistes du groupe Volkswagen : Skoda et Cupra assurent leur transition à bon rythme. Volkswagen reste néanmoins un cran derrière.

Le groupe Renault s’est fait rattraper

Dacia reste la marque la moins électrifiée du panel européen (moins de 6 % du mix), sans réelle progression pour l’heure. Un retard compensé au sein du groupe par Alpine, dont le mix électrique grimpe à près de 76 %.

Renault 5 et sa cousine Alpine A290 // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Renault 5 et sa cousine Alpine A290 // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Quant à la marque Renault, si elle voit plusieurs concurrents fondre sur elle, elle maintient un excellent cap : plus d’un véhicule sur trois vendu par le Losange est électrique (34,5 %), affichant une progression de 10 % par rapport à fin 2025.

Part des VE dans les marques européennes (1er semestre 2026) // Source : Raphaelle Baut (données : AAA Data)
Part des VE dans les marques européennes (1er semestre 2026) // Source : Raphaëlle Baut (données : AAA Data)

Des résultats très disparates pour les marques asiatiques

Les marques exclusivement branchées (AION, Aiways, Genesis, Lotus, Seres, Skyworth, Vinfast, XPENG, Zeekr) sont exclues de ce comparatif, tout comme Chery et Omoda, dont les premières immatriculations électriques sont attendues plus tard dans l’année :

MarqueVolume Global
(S1 2026)
Volume VE
(S1 2026)
Part VE
(S1 2026)
Variation par rapport à l’année 2025
BYD13546529639,10%-15,75 %
GEELY1916735,08%Nouveau
HONDA2584291,12%-2,16 %
HYUNDAI18496676236,56%+16,33 %
JAECOO387010,03%+0,03 %
KIA16628587835,35%+17,07 %
LEAPMOTOR3364311692,63%+7,07 %
LEXUS25001275,08%+4,20 %
LYNK & CO1155446,96%+41,45 %
MG16417269616,42%+4,76 %
MAZDA39453468,77%+3,99 %
MITSUBISHI58729550,26%+48,51 %
NISSAN12928172113,31%+8,67 %
SUBARU454395,56%-4,44 %
SUZUKI98073853,93%Nouveau
TOYOTA5375913942,59%+1,45 %

Marques chinoises : virage dangereux vers l’hybride

Le paysage change rapidement pour les constructeurs chinois, qui basculent massivement vers l’hybride pour contourner l’absence de bonus écologique et les surtaxes douanières européennes. Symbole de ce virage, BYD voit sa part d’électrique fondre de près de 16 points par rapport à fin 2025, pour s’établir à 39 % de son mix (au lieu de 55 % fin 2025). Une tendance qui devrait s’installer durablement en attendant l’entrée en fonction de son usine hongroise.

BYD  Seal 6 DM-i // Source : BYD
La gamme super hybrid de BYD domine les immatriculations // Source : BYD

La trajectoire rappelle celle de MG quelques années auparavant. Si la marque enregistre un léger sursaut de près de 5 % ce semestre grâce à ses nouveautés (MG4 Urban, S5 et S6), l’électrique plafonne désormais à 16 % de ses ventes. Un gouffre par rapport aux 85 % d’un passé récent.

À contre-courant, Leapmotor réalise un surprenant 93 % de ses volumes en 100 % électrique. Une performance notable malgré la présence d’alternatives à prolongateur d’autonomie (REEV) dans sa gamme. Le véritable test pour la marque interviendra toutefois avec les livraisons du B10 e-hybrid — qui n’ont pas encore débuté alors que les premiers exemplaires électriques sont déjà arrivés.

Les constructeurs japonais sont toujours lanternes rouges

À l’exception de Subaru (aux volumes confidentiels) et de Mitsubishi (porté par ses nouveautés), les marques japonaises ferment la marche de l’électrification en France. Il est assez facile de les distinguer dans le graphique présenté plus bas.

Nissan Micra 6e génération  // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
La Nissan Micra 6e génération relance un peu le constructeur japonais // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

Nissan franchit timidement la barre des 13 % de mix électrique, tandis que le reste des géants nippons reste scotché sous les 10 % : Mazda culmine à moins de 9 %, Lexus s’établit à 5 % et le leader mondial Toyota ne dépasse pas les 2,6 %. Honda doit composer avec un tristement symbolique 1 %. Suzuki fait tout juste ses premiers pas sur ce marché avec ses toutes premières livraisons du e Vitara, on l’épargne pour le moment.

Le sursaut européen des Coréens

Après une année 2025 difficile, les constructeurs coréens reprennent des couleurs. Pour rappel, l’exclusion du bonus écologique français pour les modèles fabriqués en Asie avait stoppé net leur dynamique, faisant tomber le mix électrique de Hyundai à 20 % et celui de Kia à 18 %.

La Kia EV4 à l'essai // Source : Robin San Vicente pour Numerama
La Kia EV4 relance aussi la dynamique de Kia // Source : Robin San Vicente pour Numerama

Si les modèles importés de Corée accusent toujours le coup, la relocalisation d’une partie de la production en Europe produit ses effets : les deux marques enregistrent un rebond de plus de 16 points ce semestre, stabilisant leur mix électrique respectif autour de 35-36 %. Ils nous ont fait peur.

Part des VE dans les marques asiatiques (1er semestre 2026) // Source : Raphaelle Baut (données : AAA Data)
Part des VE dans les marques asiatiques (1er semestre 2026) // Source : Raphaëlle Baut (données : AAA Data)

Bilan : quels constructeurs restent sur le quai ?

Si une large majorité des marques a vu sa part de véhicules électriques progresser ce semestre, le sursaut n’a pas eu lieu pour tout le monde. La quasi-totalité des constructeurs japonais (Honda, Toyota, Lexus, Mazda) reste ainsi scotchée en queue de peloton, affichant un retard persistant qui commence à peser. Plus surprenant sur le marché européen, Dacia accuse elle aussi le coup, son mix électrique peinant à décoller malgré les attentes de véhicules électriques plus abordables. Le prochain modèle à venir devrait débloquer tout cela.

En réaction au durcissement des bonus écologiques, les constructeurs chinois ont choisi de muscler leur jeu sur l’hybride. Mais cette stratégie de repli, visible chez BYD ou MG, ressemble assez à un pari risqué : le jour où il faudra basculer à nouveau vers le 100 % électrique, les clients suivront-ils ? C’est une problématique qui pourrait rapidement s’étendre à de nouveaux entrants comme Chery ou Geely au vu de leurs plans produits à venir.

Le cas du groupe Stellantis interpelle tout autant. Alors que la concurrence européenne a accéléré à l’unisson pour capter la croissance, le géant franco-italo-américain stagne face aux autres motorisations. Sans un plan d’action commercial et produit solide, ce retard sera de plus en plus difficile à combler. Si la situation n’est pas encore catastrophique, Stellantis a clairement sauté du train de l’électrique en marche, et il pourrait s’avérer très difficile de remonter dedans.

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