Après avoir sonné la fin des poignées de portes électriques ou affleurantes en janvier 2026, la Chine s’attaque à un autre symbole du minimalisme automobile : le tout-tactile. Le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) vient de finaliser ce mois de juillet 2026 une norme nationale qui obligera les constructeurs à réintroduire de véritables boutons physiques pour un ensemble de fonctions jugées essentielles à la sécurité.
L’objectif du gouvernement chinois est de reprendre la main sur des choix de conception dictés ces dernières années par l’esthétique et les économies d’échelle, quitte à imposer aux marques un cahier des charges.
Une norme technique au nom obscur, des conséquences bien concrètes
Le texte en question est une révision de la norme GB 4094-2016, intitulée « Marquage des organes de commande, indicateurs et dispositifs de signalisation des véhicules automobiles ». Celle-ci est portée par le MIIT et élaborée sous l’égide du Comité national de normalisation automobile en collaboration avec plusieurs constructeurs comme Geely, FAW-Volkswagen, BYD ou Great Wall Motor.



Cette nouvelle réglementation répond à un constat partagé par une partie de l’industrie elle-même : la généralisation de l’écran central comme point d’entrée unique vers la quasi-totalité des fonctions du véhicule a fini par nuire à la sécurité routière, en obligeant le conducteur à quitter la route des yeux pour effectuer des gestes basiques comme actionner un clignotant.
Si le projet de texte avait été soumis à consultation publique en février 2026, il vient d’être finalisé début juillet 2026, avec une entrée en vigueur fixée au 1er juillet 2027 pour tous les véhicules neufs. Les constructeurs ont donc un peu moins d’un an pour adapter leurs planches de bord.
19 fonctions devront être accessibles par un bouton physique
La nouvelle norme dresse une liste précise des commandes qui devront obligatoirement disposer d’un bouton, d’une molette ou d’un levier physique, sans dépendre exclusivement d’une interface tactile. Parmi elles, on retrouve :
- les clignotants et les feux de détresse
- l’avertisseur sonore
- le sélecteur de vitesses « PRND »
- l’activation des systèmes d’aide à la conduite
- les essuie-glaces
- le dégivrage/désembuage du pare-brise
- les lève-vitres électriques
- le système d’appel d’urgence
- l’allumage ou l’extinction de la motorisation électrique
Au-delà de la simple présence des boutons, la réglementation impose aussi des dimensions (une surface de commande d’au moins 10 x 10 mm), une position fixe permettant une manipulation à l’aveugle ainsi qu’un retour haptique ou sonore. Les touches pourront donc être semi-tactiles, à l’instar de celles sur le volant des Volkswagen électriques, que la marque a finalement abandonnées face aux critiques (à raison).
À noter que les fonctions jugées peu critiques, telles que le réglage de la climatisation ou du volume audio, pourront rester purement tactiles.
Le symptôme d’une course à l’écran devenue excessive
Le mouvement vers le tout-écran a été largement porté par Tesla, dont la Model S avait lancé la tendance. L’ensemble de l’industrie a suivi ce chemin, et les startups chinoises de voitures électriques s’en sont fait une spécialité.

Le retour de bâton s’observe au-delà de la seule réglementation. Sur l’ID. Polo et l’ID.3 Neo, Volkswagen a déjà réintroduit des boutons (vraiment) physiques, tandis que Tesla a fait un retour en arrière sur le levier de clignotants. L’Europe suit une logique comparable, quoique moins contraignante, où le protocole Euro NCAP conditionne désormais l’obtention de la meilleure note de sécurité à la présence de commandes physiques pour certaines fonctions clés.

Reste à savoir si ce mouvement réglementaire chinois, qui touche un marché où se joue une bonne partie de l’innovation automobile mondiale, incitera d’autres régions à légiférer dans le même sens.
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