Dans un reportage diffusé au JT de 20h, France 2 a voulu voir si la voiture électrique était un moyen économique pour partir en vacances. Si la démarche est plus que louable, la réalisation est vraiment foireuse.

La saison estivale commencée, c’est bientôt l’heure des vacances pour de nombreux français. Et comme près de 6 français sur 10, le trajet pour se rendre sur son lieu de villégiature sera la voiture ! Alors que la part de l’électrique vient de franchir le cap des 30 % dans l’Hexagone, pas mal d’automobilistes prendront la route avec cette motorisation.

Face à cet engouement, France 2 a voulu savoir si partir en vacances en voiture électrique était-il rentable ? Une question vraiment pertinente. Seulement, la réalisation du reportage diffusé au JT du 20h le jeudi 2 juillet 2026 a été pour le moins douteuse, puisque le journaliste a enchainé les bourdes.

France 2 a voulu se mettre dans la peau d’un débutant

Comme souvent à la TV, l’intérêt est de vulgariser pour se faire comprendre par un maximum de téléspectateurs. Ici, le journaliste s’est mis dans la peau d’un vrai débutant de la voiture électrique qui veut partir en vacances. Le trajet doit rallier Paris aux Sables-d’Olonne, en Vendée, et se fera au volant d’une Citroën ë-C3 en version Autonomie Confort (44 kWh/113 ch) vendue moins de 20 000 € avec les aides à l’achat.

Citroën ë-C3 version You à 23 300 € // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Citroën ë-C3 version You à 23 850 € // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Certains fervents défenseurs de l’électrique pourraient déjà fustiger ce choix de véhicule pour un départ en vacances, arguant qu’il n’est pas fait pour ça. Toutefois, ce choix est au contraire une très bonne chose :

  • Tout le monde n’a pas les moyens de payer une voiture neuve (leasing/crédit ou comptant) à 35 000 €
  • On peut techniquement faire des longs trajets avec n’importe quelle VE
  • Si le trajet se déroule déjà bien avec ce modèle, cela montre qu’il devrait se passer encore mieux avec une voiture plus adaptée

Quand on pouvait partir loin avec une citadine thermique, le trajet avec une électrique de même catégorie demande un peu plus de patience. Sauf que dans son reportage, France 2 fait passer la voiture électrique pour un enfer.

Un itinéraire emprunté chaotique et des choix de recharge incohérents

Le journaliste prend donc le cap de l’Atlantique. Autonomie de la ë-C3 : 311 km WLTP (théorique), mais 292 km au tableau de bord. Mais attention, sur autoroute, la consommation peut rapidement grimper. Au bout de 163 km parcourus et 16 % de batterie restant, une première recharge s’impose. Celle-ci se fait à une station-service où l’on trouve des bornes Ionity avec 5 points 350 kW et 2 points 50 kW.

La recharge est un point crucial dans la gestion des longs trajets en électrique et le journaliste fait déjà une erreur. Ce dernier explique : « la différence entre les deux [bornes] : le prix ». Certes, mais c’est surtout la puissance délivrée qui change.

France 2 a réalisé un reportage douteux sur la voiture électrique. // Source : France 2
France 2 a réalisé un reportage douteux sur la voiture électrique. // Source : France 2

Le journaliste enfonce le clou en assurant que « l’avantage d’une citadine électrique pas chère, c’est qu’il ne sert à rien d’utiliser les superchargeurs, 50 kW suffisent, du coup c’est un peu moins cher ». Eh bien si, ça sert d’utiliser les bornes plus puissantes, parce que la Citroën ë-C3 est capable d’encaisser jusqu’à 100 kW ! D’ailleurs, il ne lui faut que 26 minutes pour faire le 20 à 80 %. Dans le reportage, la recharge a duré 41 minutes en utilisant la petite borne.

Si dans son cas, il n’y avait pas de bornes plus véloces disponibles (une aurait pu être libre dans les 2 minutes), c’est un non-sens de privilégier uniquement les points peu rapides.

Et pour ce qui est de l’argent, les conducteurs de VE ont pour la grande majorité des abonnements qui permettent de baisser la facture. Justement, un automobiliste interviewé souligne qu’il ne paye que 0,31 €/kWh au lieu des 0,62 €. C’est encore moins cher que la borne 50 kW (0,39 €/kWh) où est branché le journaliste qui surveille ses sous.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Après avoir repris la route et roulé 120 km, le journaliste décide de faire un nouvel arrêt recharge. Toujours dans l’optique de faire des économies, il décide de quitter l’autoroute pour chercher une borne moins chère. Vous le voyez venir ? Il choisit une borne… 22 kW en courant alternatif. Les mêmes utilisées pour recharger plutôt en rentrant chez soi ou lorsque l’on a une activité à faire pas loin, mais pas pour quand on part en vacances. Arrivé à 22 % de batterie, il s’arrête ici 23 minutes, puis repart pour s’arrêter plus tôt qu’il l’aurait fait.

Borne de recharge publique de Rambouillet // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Les bornes de recharge publique AC ne sont pas faites pour les longs trajets. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Le journaliste se ridiculise bien comme il faut puisqu’il explique que pour trouver cette borne pas chère (0,35 € kWh, donc encore plus qu’une Ionity avec abonnement), le mieux est de passer par des applications tierces comme Chargemap ou ABRP.

Ce sont ces mêmes applications qui permettent de planifier des itinéraires optimisés et d’éviter de pondre des reportages comme celui de France 2. Or si le journaliste avait utilisé les outils qu’ils préconisent lui-même, il n’aurait pas fait un trajet aussi chaotique.

Le reste du trajet se solde par une recharge de 55 minutes à une borne haute puissance Ionity, puis par une autre recharge de 10 minutes pour permettre d’arriver aux Sables-d’Olonne. Des temps étonnants et bien évidemment, le journaliste ne précise pas les niveaux de batterie d’arrivée et de départ. Cela joue énormément.

Quel aurait été un trajet optimal ?

Au total, le trajet du journaliste aura duré 6h39, dont 2h09 rien que de recharge. C’est considérable et loin du trajet que n’importe quel débutant en voiture électrique ferait.

Simulation du trajet Paris-Sables-d'Olonne. // Source : ABRP
Simulation du trajet Paris-Sables-d’Olonne. // Source : ABRP

Passons justement l’application ABRP pour simuler l’itinéraire Paris-Les Sables-d’Olonne. En partant à 100 % et avec une estimation de 13 % au point d’arrivée final, le planificateur en ligne nous indique 5h32 de trajet, dont 59 minutes de recharge réparties en « seulement » trois arrêts. C’est donc : un arrêt de moins et 1h de gagnés par rapport au reportage. En réduisant sa vitesse à 120 km/h, le trajet aurait même pu être optimisé davantage.

Électrique vs thermique : lequel est moins cher ?

Et le prix dans tout ça ? Selon notre itinéraire planifié, le trajet coûterait environ 40 €, sans abonnement préférentiel, contre 57,60 € annoncé par France 2. Le reportage ajoute les 7 € de recharge avant de quitter Paris, ce qui place les montants à 47 € vs 64 €. Le journaliste clôture son torchon sujet en rappelant qu’une voiture thermique dont le trajet « coûte 58 € en carburant », soit 6 € de plus que l’électrique.

France 2 a réalisé un reportage douteux sur la voiture électrique. // Source : France 2
France 2 a réalisé un reportage douteux sur la voiture électrique. // Source : France 2

Là encore, mauvaise foi. Comparons avec une citadine thermique à peu près équivalente comme la nouvelle Clio 6 en version entrée de gamme 115 ch (19 990 €). Si l’on prend une consommation de 6 l/100 km, la Clio utiliserait environ 27 des 39 litres de son réservoir, soit un coût d’environ 58 €. On est raccord. En revanche, si le journaliste a eu besoin de faire une petite recharge pour être à bloc avant de partir, alors faisons vraiment le plein d’essence de la voiture thermique ! Peu importe le montant, la thermique sera quoiqu’il arrive plus cher.

Un conseil, préparez-vous et pas de stress

Les premiers longs trajets en voitures électriques peuvent être source d’inquiétude chez les néophytes. Rassurez-vous, on trouve des stations de recharge sur autoroutes tous les 50 km environ. Oui, il pourra y avoir de l’attente, mais il y a beaucoup de roulements et on ne patiente généralement pas longtemps avant de pouvoir se brancher.

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