Le tout-tactile n’est plus un symbole de modernité. Il devient un problème de sécurité. Ces dernières années, l’écran central est devenu la clé de voûte de l’automobile, notamment de la voiture électrique. Plus il était grand, mieux c’était. Plus il remplaçait de boutons, plus la voiture paraissait en phase avec son époque. C’est Tesla qui a initié cette tendance, introduisant un design intérieur minimaliste et une course dans laquelle le logiciel remplaçait les fonctions les plus basiques. Mais ce virage a aussi déplacé l’attention du conducteur vers une surface tactile lisse, sans retour physique. Activer certaines fonctions relève désormais du jeu d’adresse.
Comme souvent ces derniers mois, c’est peut-être grâce aux réglementations chinoises que les dérives du tout-tactile vont prendre fin. Selon les informations publiées par CarNewsChina le 16 février 2026, les autorités chinoises vont exiger des commandes physiques pour certaines fonctions essentielles du véhicule, afin de réduire la dépendance à l’écran central. L’Europe n’est pas non plus inactive sur le sujet.
La Chine remet de l’ordre, entre boutons physiques et commandes digitales
Les autorités chinoises ont durci de nombreuses réglementations pour mieux encadrer l’industrie automobile du pays. Des batteries aux aides à la conduite en passant par les poignées de porte, leur objectif est de s’assurer que le progrès automobile n’amène pas une hausse de la mortalité routière.
Les nouvelles exigences imposeront la présence de commandes physiques dédiées pour plusieurs fonctions jugées critiques pour la sécurité : feux de détresse, clignotants, avertisseur sonore, essuie-glaces, désembuage, commandes de climatisation ou encore changement de vitesse (sélecteur P-R-N-D). Autant d’actions qui, dans certains modèles récents, nécessitent aujourd’hui de naviguer dans des menus.

Le raisonnement est simple : une commande tactile exige un regard, alors qu’une commande physique peut se manipuler à l’aveugle. La Chine ne condamne pas les écrans. Elle veut néanmoins les remettre à leur place, celle d’une interface secondaire, pas la colonne vertébrale exclusive du véhicule. Et venant du premier marché automobile mondial, ce type de décision dépasse largement les frontières nationales. Les constructeurs qui produisent pour la Chine n’ont pas vraiment le choix : ils devront adapter leurs architectures.
Tesla, symbole d’un progrès qui va trop loin
Impossible d’évoquer cette chasse au tout-tactile sans avoir l’impression que le texte chinois vise tout particulièrement Tesla. La marque américaine a poussé la logique plus loin que tout le monde. Tesla a fait basculer sur ses modèles récents la commande du levier de vitesse sur l’écran central. Il en va de même pour le réglage des essuie-glaces ou des rétroviseurs. Difficile également d’ignorer la disparition temporaire des commodos de clignotants, remplacés par des boutons sur le volant qui induisaient pas mal de confusion. Face au tollé, Tesla a fini par faire marche arrière sur cette dernière décision.

Tesla a été visionnaire et a inspiré beaucoup de marques chinoises à suivre cette tendance. Mais face aux nouvelles réglementations imposées par la Chine, la marque américaine ne va pas avoir d’autre choix que de s’y conformer pour ne pas perdre ce marché ô combien important pour l’entreprise.
Si le texte est confirmé, Tesla devra adapter ses modèles produits en Chine avant le 1er juillet 2026. Un changement qui sera probablement répercuté à l’échelle mondiale, pour simplifier la production des Model 3 et Model Y. Ce serait un retournement symbolique.
Il sera intéressant d’observer également à quelle vitesse Tesla va se conformer au nouveau texte. On sait que les constructeurs chinois sont capables de modifier en quelques semaines certains de leurs modèles. On l’a vu avec les poignées de porte, dont certains modèles sont déjà actualisés pour s’y conformer en un temps record. Tesla peut-il encore tenir les délais imposés par la Chine ?
L’Europe veut aussi changer les habitudes des constructeurs
Même si aucune législation contraignante n’est pour le moment prévue sur le sujet en Europe, le sujet est également au cœur des débats. Sauf qu’en Europe, les décisions sont bien plus lentes qu’en Chine, pour le plus grand bonheur des constructeurs européens qui peinent à suivre la cadence imposée par la réglementation chinoise.
Dès 2023, Euro NCAP a annoncé vouloir intégrer la présence de commandes physiques pour certaines fonctions clés dans ses critères de notation à partir de 2026. L’idée n’est pas d’interdire les écrans, comme en Chine, mais de pénaliser les véhicules qui obligent le conducteur à passer par l’interface tactile pour des actions essentielles.

Fin 2025, l’organisme a validé cette proposition. Il ne sera pas possible pour un véhicule d’obtenir la note 5 étoiles (la meilleure) si le véhicule oblige le conducteur à passer par l’écran pour les clignotants, les feux de détresse (warnings), les essuie-glaces, l’avertisseur sonore (klaxon), l’appel d’urgence (eCall) et le sélecteur de vitesse. Et dans un marché où les cinq étoiles restent un argument commercial majeur, perdre des points pour une question d’ergonomie devient un vrai sujet.
Les modèles Tesla qui enregistrent parmi les meilleurs scores à l’Euro NCAP seraient en 2026 largement relégués au milieu du classement, voire en fin de classement, car une large majorité des modèles actuellement soumis obtiennent 5 étoiles.
Contrairement à la Chine (MIIT) qui rend cela obligatoire par la loi pour l’homologation, l’Euro NCAP reste une incitation. Mais comme aucune marque ne veut perdre ses « 5 étoiles » de sécurité, cela devient aussi une obligation de fait pour le marché européen. Autant dire que la mode du tout-tactile vit ses dernières heures.
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