Le constructeur automobile vietnamien Vinfast lance son propre réseau de recharge pour ses voitures. Il veut en plus développer l’entreprise, nommée V-Green, dans le monde entier.

Le groupe vietnamien Vinfast continue de dérouler sa stratégie comme si l’argent poussait sur les arbres au Vietnam. Si seulement il pouvait faire grandir aussi rapidement le nombre de ses clients que celui de ses infrastructures, cela serait certainement plus rassurant pour l’avenir de cette nouvelle marque de voitures électriques.

Le fondateur de Vinfast, Pham Nhat Vuong, a décidé qu’il était temps d’investir assez massivement dans un service de stations de recharge nommé V-Green. C’est l’annonce qui vient d’être faite par voie de communiqué de presse ce 18 mars 2024. Les premières stations V-Green seront forcément développées prioritairement au Vietnam, mais l’entreprise ne s’en contentera pas.

Encore un investissement de plusieurs centaines de millions d’euros

Le communiqué de l’entreprise précise que V-Green va investir 370 millions d’euros (404 millions de dollars) durant les deux prochaines années pour construire de nouvelles stations, moderniser et compléter son réseau existant. C’est un investissement apparemment triplé par rapport à ce qui avait été initialement prévu par Vinfast.

Station de recharge V-Green de Vinfast // Source : Vinfast
Station de recharge V-Green de Vinfast. // Source : Vinfast

L’ambition première est de faire du Vietnam l’un des leaders en matière d’infrastructure de recharge pour les véhicules électriques. Il va pourtant falloir s’accrocher pour égaler les 2 millions de points de charge disponible en Chine. La France, elle, a mis des années pour dépasser le seuil des 100 000 bornes. L’objectif de V-Green semble particulièrement ambitieux, d’autant que l’entreprise ne s’arrête pas aux frontières du Vietnam, visant partout où des véhicules Vinfast sont en vente.

Comme Tesla et ses Superchargeurs quelques années plus tôt, les bornes V-Green seront réservées aux véhicules Vinfast au moment du lancement. La marque réfléchira ensuite à l’idée d’ouvrir son réseau à d’autres fabricants de voitures électriques d’ici à 5 ans. À moins de vouloir offrir la charge gratuite et illimitée à ses clients, pour les convaincre d’acheter un modèle comme le faisait Tesla à ses débuts, on voit mal l’intérêt d’un réseau exclusif à Vinfast en 2024. La rentabilité, même de stations payantes, risque d’être délicate vu les faibles volumes de vente (en dehors de son marché local).

Vinfast enchaîne les dépenses astronomiques, mais où sont les ventes ?

Les 370 millions investis les deux prochaines années dans les stations de recharge V-Green ne sont qu’un détail, comparé à la liste des dépenses déjà engagées par le groupe Vinfast.

Au Vietnam, l’entreprise a construit une usine ultramoderne qui n’est certainement pas rentabilisée et est bien loin d’avoir atteint sa capacité maximale. Ce qui n’empêche pas Vinfast d’avoir déjà engagé la construction de nouvelles usines :

  • Aux USA, pour bénéficier des aides américaines et échapper aux droits de douane, avec un investissement estimé d’environ 4 milliards d’euros,
  • En Inde, pour y produire surtout des scooters et autres rickshaws, un projet estimé à 2 milliards d’euros,
  • Une usine en Indonésie est également envisagée pour un investissement plus raisonnable de 200 millions d’euros.
Usine Vinfast // Source : Vinfast
Usine Vinfast au Vietnam. // Source : Vinfast

Il n’en manquerait plus qu’une en Europe, mais cela ne semble pas au programme du groupe.

La marque prévoit son développement commercial dans 50 pays en 2024. Vinfast souhaite notamment conquérir quelques pays du continent asiatique comme l’Inde, l’Indonésie, la Thaïlande, les Philippines. Mais, l’appétit du groupe vietnamien vise aussi un développement au Moyen-Orient (Oman) et en Afrique (Nigeria et Ghana). Tout cela va nécessiter encore de nombreux investissements. Quand on voit que la marque dépense sans compter pour sa présence sur les principaux salons, il s’agit encore de plusieurs investissements de plusieurs millions d’euros dilapidés.

VinFast VF6 arrière
Vinfast au mondial de Paris 2022 avec deux nouveautés. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

La situation ne serait pas si ubuesque, si les voitures électriques Vinfast avaient réussi la conquête des trois premiers marchés extérieurs dans lesquels la marque s’est lancée, à savoir les États-Unis, le Canada et l’Europe. Hélas, il n’en est rien : Vinfast a clôturé l’année 2023 avec 34 855 voitures électriques vendues, dont 72 % ont été achetées par la compagnie de taxis du groupe Vinfast. Le reste s’est essentiellement vendu au Vietnam, car ni l’Europe, ni l’Amérique du Nord enregistrent réellement des ventes depuis des mois.

Alors qu’ils devaient initialement arriver sur le marché européen fin 2022, les premiers modèles Vinfast n’ont finalement été immatriculés qu’en 2023. Enfin, il n’y a eu sur l’année passée que 39 immatriculations de VF8 en Europe, dont 9 en France (selon Jato / AAA Datas). Il doit en plus s’agir principalement de stock pour les besoins de l’entreprise.

Les pertes risquent de commencer à donner le tournis dans le service comptable du groupe. Mais cela n’empêche pas le patron de Vinfast de continuer à dépenser pour paraître comme le nouveau Tesla vietnamien.

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