Twitter essaie de contrer une action en justice lancée par Donald Trump pour retourner sur le réseau social, qui l’a banni. Mais pour le site communautaire, la tentative de l’ex-chef d’État repose sur une conception erronée de la liberté d’expression.

Twitter contre-attaque face aux efforts de Donald Trump pour obtenir la levée de son bannissement du réseau social. Le site communautaire a adressé le 9 décembre ses observations à la justice américaine, citées par Bloomberg, en arguant pour l’essentiel que l’ancien chef d’État se fonde une conception erronée de la liberté d’expression pour réclamer son retour sur le site.

Une liberté d’expression différente sur les réseaux sociaux

La réflexion de Twitter repose sur la distinction qu’il conviendrait d’observer entre la liberté d’expression dans l’espace public, que le gouvernement doit garantir, et celle que l’on peut tenir dans l’espace mis à disposition par une entreprise privée, en l’espèce un réseau social. De ce fait, Twitter n’est pas obligé, en tant que groupe privé, d’accueillir tous les discours.

La société rappelle d’ailleurs que Donald Trump, en s’inscrivant sur son service, est censé avoir lu et accepté les conditions générales d’utilisation, qui renseignent sur ce qu’il est possible ou non de faire sur la plateforme. Pourtant, Donald Trump s’est retrouvé à plusieurs reprises à enfreindre les règles, malgré des mises en garde de plus en plus fortes de la modération de Twitter.

Donald Trump
Donald Trump pourrait rebondir sur Truth, un réseau social semblable à Twitter, mais beaucoup plus complaisant. // Source : Joyce N. Boghosian

La riposte judiciaire de Twitter s’inscrit dans le cadre de l’action en justice initiée par l’ancien locataire de la Maison-Blanche cet été. « La Big Tech est hors de contrôle », estime Donald Trump en annonçant des plaintes contre Twitter, Facebook et Google pour être dé-banni — les patrons de ces entreprises ont aussi été attaqués devant les tribunaux dans la foulée.

Twitter avance par ailleurs un troisième argument, en plus du cadre de la liberté d’expression et de l’approbation des conditions générales d’utilisation : celui d’un « choix éditorial » lors de la transition entre Donald Trump et Joe Biden, en estimant que les prises de position du premier pouvaient déboucher potentiellement sur des contestations ou de la violence.

Dans un premier temps, Twitter s’est efforcé de ne pas modérer trop sévèrement l’ex-président, en marquant certains tweets d’une mention prévenant le public que ces contenus sont potentiellement trompeurs, voire en les supprimant. Mais dans la mesure où le Donald Trump a persisté dans la même voie, tandis que des émeutiers prenaient d’assaut le Capitole (causant la mort de 5 personnes), décision a été prise de le bannir.

Truth, le futur « nouveau Twitter » de Trump

Twitter a été pendant des années une formidable caisse de résonance pour Trump : ses messages lui assuraient une visibilité maximale sur le réseau social et dans les médias. Son compte était d’ailleurs suivi par des dizaines de millions de personnes dans le monde. Aucun autre réseau social n’a joué, à son corps défendant, un rôle aussi grand dans la construction du phénomène Trump.

Aujourd’hui, c’est peut-être sur un autre réseau social que Donald Trump pourrait rebondir, si jamais ses efforts pour retourner sur Twitter finissent dans une impasse. L’homme d’affaires prépare sa propre plateforme, baptisée Truth. Celle-ci doit faire ses débuts au cours du premier trimestre 2022 et dispose de moyens conséquents : on parle en effet d’un milliard de dollars de financement.