Bluesky désire concevoir un protocole ouvert et décentralisé pour les médias sociaux. Pensé pour Twitter, le projet est maintenant distinct du site communautaire possédé par Elon Musk. C’est aussi un réseau social, pour l’heure uniquement accessible avec un code d’invitation.

Qu’est-ce que Bluesky (ou Bsky) ?

Bluesky désigne un réseau social — un client de microblogging — qui repose sur un nouveau protocole : le protocole AT. Celui-ci « est une technologie de réseautage créée par Bluesky pour alimenter la prochaine génération des applis sociales », d’après la présentation qui en est faite. Selon Bluesky, le protocole AT « est sur le point d’être achevé. »

En des termes simples, Bluesky cherche à proposer un réseau social à la Twitter, mais décentralisé. Ce n’est pas la première fois qu’une initiative de la sorte émerge. Diaspora s’était lancé sur ce créneau face à Facebook. Il y a aussi eu Mastodon, en alternative à Twitter. Né en 2017, ce projet a bénéficié d’un regain d’intérêt en 2022 avec le rachat de Twitter par Elon Musk.

Visuellement, Bluesky présente une ressemblance frappante à Twitter. Les quelques captures montrent une mise en page similaire et des fonctionnalités identiques : les internautes peuvent publier des « skeets » — l’équivalent des tweets sur Bluesky. Chaque skeet peut accueillir du texte, des liens ou des images, mais aussi des émojis ou des mentions.

Bluesky Social iOS
Quelques captures de l’interface Bluesky sur l’app iOS. // Source : Bluesky

Les fonctionnalités aussi sont semblables : on peut répondre à d’autres, on peut retweeter (« reskeeter » ?), mettre des appréciations à des skeets (des « likes ») ou afficher deux fils d’actualité (le sien, basé sur ses abonnements, et un global, basé sur des tendances). On peut aussi voir ses mentions, utiliser de la recherche et avoir un profil, avec son avatar, sa bannière et son pseudo.

Comme le pointe The Verge, qui a pu obtenir un accès, des fonctionnalités font encore cruellement défaut : il n’y a pas de message privé pour le moment ni la possibilité d’envoyer des vidéos. L’audience de la plateforme est encore très restreinte. On ne comptait que quelques dizaines de milliers d’inscrits, à la fin du mois d’avril 2023.

Comment aller sur Bluesky ?

Bluesky existe sous la forme d’une application mobile qui peut être téléchargée pour Android (via Google Play) ou iOS (via l’App Store). Il existe aussi une plateforme web pour publier du contenu via son navigateur. L’adresse est staging.bsky.app. Il s’agit de tout évidence d’une adresse temporaire. La mention « staging » dans l’URL désigne généralement un environnement de test.

D’où vient Bluesky et quel rôle pour Jack Dorsey ?

L’extrême proximité entre Twitter et Bluesky n’est en réalité pas du tout étonnante lorsque l’on sait que les deux projets viennent de la même personne : Jack Dorsey. L’Américain, connu pour avoir fondé le célèbre réseau social en 2006, a commencé au tournant des années 2020 à animer un projet de recherche autour d’une version décentralisée de Twitter.

« Twitter finance une petite équipe indépendante composée de cinq architectes, ingénieurs et concepteurs de logiciels libres afin de développer une norme ouverte et décentralisée pour les médias sociaux. L’objectif est que Twitter devienne à terme un client de cette norme », écrivait Jack Dorsey en 2019. Il avait partagé un long fil sur Twitter pour expliquer les raisons du projet.

Deux ans plus tard, la directrice de Bluesky a été choisie en la personne de Jay Graber. Un an plus tard, en 2022, le projet est devenu indépendant, avec la mise en place d’une entreprise ad hoc : Bluesky PBLLC. Les liens entre Twitter et Bluesky ont été coupés à la fin 2022, d’un commun accord. C’est aussi à la fin 2022 qu’Elon Musk a racheté Twitter.

Jack Dorsey. // Source : Ryan Lash / TED
Jack Dorsey, en 2019. // Source : Ryan Lash / TED

À lire le message initial de Jack Dorsey en 2019, Bluesky est censé être Twitter tel qu’il aurait dû être. « Twitter était si ouvert au départ que beaucoup y ont vu un potentiel de standard internet décentralisé, comme SMTP (protocole de mail). Pour diverses raisons, toutes raisonnables à l’époque, nous avons emprunté une voie différente et centralisé de plus en plus Twitter. »

Le fondateur du réseau social listait plusieurs difficultés qu’une infrastructure plus décentralisée pourrait régler ou, du moins, atténuer. La modération à un niveau international, les algorithmes de recommandation, la mise en avant de contenus suscitant des réactions indignées, au lieu de publications mesurées et positives, étaient mentionnés.

Jack Dorsey relevait également que des technologies, comme la blockchain, ouvraient de nouvelles perspectives. « La blockchain offre une série de solutions décentralisées pour l’hébergement ouvert et durable, la gouvernance et même la monétisation. Il reste encore beaucoup à faire, mais les principes fondamentaux sont là », écrivait-il alors.

L’intéressé reconnaissait toutefois que ce chantier ne serait pas achevé en un jour — il faudrait des années pour décentraliser Twitter, avec un protocole « solide, évolutif et utilisable ». Finalement, les péripéties liées à la propriété de Twitter ont mis fin au rêve de décentraliser l’oiseau bleu. Mais désormais, Bluesky imagine fournir une structure adéquate pour d’autres.

Comment fonctionnent les identifiants ?

Là où Bluesky s’éloigne de Twitter, c’est dans la gestion des identifiants qui n’est pas sans rappeler les instances Mastodon. Au lieu d’avoir un identifiant de la forme @numerama, un nom tel @numerama.bsky.social ou @redaction.numerama.com est envisageable, en s’appuyant sur le fait que l’on possède le nom de domaine numerama.com.

« Vous pouvez savoir quels comptes sont authentiques en fonction des sites web auxquels ils sont associés. Les domaines personnalisés sont un moyen décentralisé pour nous d’atteindre un niveau de vérification des comptes », explique Bluesky. Les noms utilisant @votrepseudo.bsky.social utilisent en fait la plateforme fournie par Bluesky, mais il est possible de changer.

« Vous pouvez conserver un nom de domaine personnalisé lorsque vous changez de service. Si vous utilisez le service bsky.social que nous gérons, mais que vous décidez que vous n’aimez pas nos politiques et que vous voulez passer à un autre service, vous pourrez conserver le même identifiant de domaine », écrit le service. En clair, vous n’êtes pas pieds et poings liés.

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Un exemple d’identifiant basé sur un nom de domaine personnalisé. // Source : Bluesky

Un pseudonyme peut par ailleurs resservir sur d’autres sites utilisant ces domaines personnalisés et le protocole AT. Jay Graber, le patron du projet, prend en exemple son nom de domaine, jaygraber.com. Si son pseudonyme est @jaygraber.com, il peut prévenir ses proches que ce pseudonyme se trouvera sur n’importe quel autre site éligible.

Cette approche est un moyen « d’améliorer la confiance et le contrôle que les utilisateurs ont sur leurs identités sociales en ligne. Ils s’appuient sur l’infrastructure existante du DNS, le système de dénomination des sites web ». Le DNS permet de convertir l’adresse IP d’un serveur hébergeant un site en un nom beaucoup plus facile à manipuler pour l’internaute, plutôt que des chiffres.

Comment s’inscrire à Bluesky ?

Il est actuellement impossible de rejoindre directement Bluesky. L’accès à cette plateforme se fait aujourd’hui uniquement sur invitation — les inscriptions à la liste d’attente se déroulent sur cette page. Les accès sont envoyés au compte-goutte, selon les besoins de Bluesky et à sa discrétion. La plateforme ne dit pas s’il est prévu un jour de laisser n’importe qui la rejoindre.

L’autre possibilité de rejoindre Bluesky est la cooptation. La plateforme indique que les nouveaux membres ont droit à un code d’invitation toutes les deux semaines. Des codes d’invitation supplémentaires peuvent être octroyés aux membres qui se distinguent par des recrutements de valeur. Là encore, c’est Bluesky qui détermine les conditions d’attribution de ces codes.

Comment avoir un code Bluesky ?

Votre meilleure chance est d’avoir quelqu’un dans votre entourage qui est déjà sur Bluesky et qui a un code d’inscription inutilisé à partager. On vous détaille tout dans notre papier pour obtenir une invitation pour Bluesky. Guettez également ce qui se passe sur X (ex-Twitter). Parfois, des internautes annoncent avoir des codes et les donnent à celles et ceux qui répondent le plus vite.

Une fois que vous serez membre de Blue Sky, vous pourrez télécharger l’application et vous connecter comme sur n’importe quelle autre application. Vous recevrez aussi au bout d’un certain moment un code d’invitation. À votre tour, vous pourrez aussi le donner à un contact de votre choix ou le « mettre en jeu » au plus rapide qui vous répond.

Combien d’internautes utilisent Bluesky ?

Bluesky revendiquait 50 000 membres à la fin du mois d’avril. En février, ils n’étaient que quelques centaines. Le projet, relativement confidentiel depuis ses débuts, est en train d’attirer tous les regards. Des célébrités comme le cinéaste James Gunn et la parlementaire Alexandria Ocasio-Cortez ont rejoint la plateforme. Pour l’heure, ce sont surtout des Américains qui peuplent Bluesky.

Côté smartphone, l’application a dépassé le million de téléchargements au cours de l’été, ce qui est un indicateur notable de l’intérêt porté par le public pour ce projet, bien que son accès soit encore très restreint. La plateforme reste néanmoins encore à des années-lumière de X. Un certain engouement s’observe toutefois depusi cet automne, avec davantage de partages de codes.

Bluesky va-t-il causer un exode de Twitter ?

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L’interface sur Android. // Source : Bluesky

« [Le 27 avril 2023], le rival de Twitter qu’est Bluesky a connu son plus grand pic d’utilisateurs à ce jour », écrivait Ars Technica le lendemain, en se basant sur des statistiques obtenues par Bloomberg. « Entre mercredi et jeudi, Bluesky a doublé sa base d’utilisateurs ». Faut-il y voir les prémices d’un exode des internautes, qui ne trouvent plus leur compte dans Twitter ?

Il est sans doute trop tôt pour en avoir la certitude. Les statistiques de fréquentation sont encore très modestes — 50 000 membres, c’est insignifiant face aux dizaines de millions d’inscrits sur Twitter. En outre, l’essor de Bluesky reste freiné aujourd’hui par son mode d’inscription : il faut une invitation. Cela étant, cette inaccessibilité est aussi un élément qui attire des internautes désirant « en être »

Toute la question est de savoir si la fréquentation de Bluesky sera pérenne une fois passée la vague d’inscription des curieux.

L’histoire des réseaux sociaux est remplie d’initiatives prometteuses qui ont connu un pic d’intérêt fulgurant, mais provisoire, sans parvenir à renverser la table. Les Diaspora et autres Mastodon ont certes leurs fidèles, et peuvent être par ailleurs en croissance, mais ils n’ont pas encore trouvé la recette miracle qui leur a permis de faire chavirer définitivement le grand public.


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