À quel point les astronomes peuvent-ils anticiper le moment du passage des étoiles filantes dans le ciel ? C'est parfois possible à la minute près, mais pas pour tous les essaims. Pour autant, cela n'a pas beaucoup de sens de conseiller de lever les yeux pile à cet horaire.

« Pluie d’étoiles filantes : à 19h09 et 21h57, levez les yeux ! », pouvait-on lire ce 9 octobre 2021 au sujet des Draconides dans Le Dauphiné. Le titre peut surprendre, comme l’a fait remarquer avec une note d’humour l’astrophysicien Eric Lagadec, de l’observatoire de la Côte d’Azur, sur Twitter : « Certains journaux savent prédire avec exactitude l’heure à laquelle voir des étoiles filantes ! C’est impressionnant ». Il semble y avoir une confusion avec des horaires indiqués en 2011, lorsque cet essaim d’étoiles filantes généralement calme a connu une période d’activité plus rare.

Mais, surtout, on peut s’interroger : peut-on vraiment prévoir avec autant de précision l’observation des étoiles filantes ? Et cela a-t-il un sens d’indiquer des horaires aussi précis aux observateurs et observatrices du ciel ? Les réponses, dans l’ordre, sont : oui et pas vraiment.

« Oui, on est capables de le dire »

« C’est justement mon travail de prévoir les pluies de météores, explique à Numerama l’astronome Jérémie Vaubaillon de l’Observatoire de Paris. Tant que l’on connait le corps parent [ndlr : de l’essaim], en général une comète, et qu’on connait bien son orbite, la réponse est : oui, on est capables de dire, soit à la minute près, soit à 30 minutes près, que tel jour et telle heure, il y a aura une pluie visible. Et on est capables de dire sur quelle partie de la Terre ce sera observable ou pas. »

Les Perséides. // Source : Flickr/CC/Tyler Gerritsen (photo recadrée)

Pour rappel, une étoile filante ou un météore (le phénomène lumineux), sont provoqués par un météoroïde (un petit corps solide se déplaçant dans l’espace), lorsque ce dernier entre en contact avec l’atmosphère de la Terre — il peut arriver que cela provoque une météorite, si le corps est assez massif. « Le météore est littéralement un grain de sable, d’une taille de l’ordre du millimètre. On n’a aucun moyen de les voir, si ce n’est lorsqu’ils nous tombent dessus sous forme d’étoiles filantes », explique l’astronome. Cependant, il est possible de pouvoir anticiper avec une certaine précision les étoiles filantes, car « tant qu’on sait quelle comète a éjecté les grains, on peut le simuler sur ordinateur, ainsi que toute leur trajectoire en fonction du temps, et examiner si la Terre va rentrer dans le nuage de poussières cométaires, ou pas ».

L’instant du maximum de l’essaim

Mais de quoi parle-t-on exactement, quand on indique des horaires comme « 19h09 » ou «  21h57 » ? Jérémie Vaubaillon nous indique que cela correspond « à l’instant du maximum de la pluie. Mais en général, elles durent quelques dizaines de minutes. Les pluies qui durent moins longtemps sont rares. L’ordre de grandeur est de quelques dizaines de minutes, voire quelques heures ».

Déterminer ainsi l’instant du pic d’intensité des essaims n’a pas toujours été aisé. En cause, une certaine géante gazeuse du système solaire : « Jupiter joue les trouble-fête en décalant les comètes et les nuages associés, raconte l’expert. Pendant des décennies, les astronomes se sont cassé les dents dessus. Depuis, on a compris que l’orbite de la comète n’était pas le même que celle des grains, parce qu’ils sont plus petits, qu’ils sont éjectés et que Jupiter ne perturbe pas les orbites de la même manière. Leur position dans le système solaire n’est donc pas la même. Quand on a compris cela, on a pu déterminer l’instant des pluies. »

« Mais on a toujours des surprises »

Ainsi, lors du passage des Léonides en 2002, les prévisions ont pu être particulièrement proches de la réalité. « On était à moins d’une minute de précision, pour une pluie qui a duré au moins deux heures. Pour les Arides cette année, on était à quelques dizaines de minutes », détaille Jérémie Vaubaillon. Anticiper les horaires avec une telle précision est possible avec les corps que l’on connaît depuis longtemps et dont l’orbite est relativement stable, par exemple la comète 55P/Tempel-Tuttle (corps parent des Léonides) ou 109/Swift-Tuttle (corps parent des Perséides). « Mais on a toujours des surprises, rappelle l’expert. Cette année, les Perséides ont connu un regain d’activité que personne n’avait prévu jusqu’à présent. »

En outre, ces indications ont assez peu d’intérêt lorsqu’on veut faire un peu d’astronomie en amateur ou amatrice, en observant les fameuses étoiles filantes. Lever les yeux vers le ciel pile à 19h09 en espérant voir « une pluie exceptionnelle d’étoiles filantes » s’abattre n’est pas un conseil très opportun (vous risquez d’être déçus). « Souvent, on dit de regarder pendant une heure ou une demi-heure, aux alentours de l’instant du maximum », recommande l’astronome. Quand on veut espérer bien voir un essaim, il est de toute façon conseillé de laisser ses yeux s’habituer à l’obscurité pendant au moins plusieurs minutes.

En plus des moments du pic, les astronomes peuvent également anticiper la position des étoiles filantes dans le ciel, avec plus ou moins de précision. « C’est de la géométrie orbitale : on est capable de dire dans quelle région du ciel les étoiles filantes semblent provenir. En prolongeant les trajectoires des étoiles filantes dans le ciel, elles se coupent toutes à un endroit qu’on appelle le radiant », résume Jérémie Vaubaillon. C’est vers cet endroit que vous pouvez vous tourner lorsque vous tentez d’observer un essaim. Il est parfois possible pour les scientifiques d’être encore plus précis sur leur emplacement, mais pas à tous les coups : « Pour les Arides cette année, on était jusqu’à 0,1° de la position prévue. Ce n’est pas toujours le cas. »

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