Lors de la manœuvre à proximité de la Station spatiale internationale, tous les astronautes de la mission Crew-2, dont Thomas Pesquet, devaient être à bord de la capsule SpaceX. Des raisons de sécurité le justifient.

C’est le mercredi 21 juillet qu’a eu lieu une importante manœuvre autour de la Station spatiale internationale. En prévision de l’arrivée, à la fin du mois, de la capsule CST-100 Starliner de Boeing, le vaisseau spatial de SpaceX actuellement arrimé à l’ISS devait être déplacé. Au lieu de se trouver dans le prolongement du module Harmony, il devait se décaler sur le côté, à un autre port d’attache.

Si cette procédure n’était pas tout à fait inédite (elle a déjà eu lieu ce printemps, sauf que cette fois, elle impliquait deux capsules de SpaceX), elle a toutefois pavé la voie à une grande première : si tout se passe bien, c’est-à-dire si le Starliner réussit son coup, il y aura pour la première fois de l’histoire deux vaisseaux spatiaux américains différents et fournis par deux entreprises privées arrimés à l’ISS.

Crew Dragon
La capsule peut accueillir sept personnes, mais elle n’a été occupée que par quatre astronautes lors de la manœuvre. // Source : Nasa

Durant cette opération, qui est survenue en orbite autour de la Terre à près de 400 km de haut, les quatre membres de la mission Crew-2 (Shane Kimbrough, Mega McArthur, Akihiko Hoshide et Thomas Pesquet) ont embarqué à bord de la capsule SpaceX qui a été déplacée. Ce qui, évidemment, pose une question : pourquoi devaient-ils se trouver à l’intérieur du véhicule ?

D’aucuns diraient : parce qu’ils devaient pouvoir manœuvrer la capsule à proximité de l’ISS, en ayant une vue directe sur la carlingue, plutôt que de passer par des opérateurs restés au centre de contrôle ou bien par des commandes de bord automatiques. Mais dans ce cas, était-il nécessaire qu’ils soient tous les quatre à bord ? Ne pouvaient-ils pas être juste un ou deux ?

Faire rentrer d’urgence les astronautes en cas de besoin

En fait, c’est essentiellement pour des raisons de sécurité que la présence des quatre astronautes était requise à bord. Il s’agissait d’avoir tout le monde dans la cabine (la capsule a de la place pour sept personnes maximum) dans le cas très hypothétique ou ils ne seraient pas parvenus à se raccrocher à la Station spatiale internationale. Dans ce cas, il aurait fallu se désorbiter et rentrer sur Terre.

Si un scénario aussi problématique survenait, il vaudrait mieux alors rapatrier les quatre astronautes d’un coup, plutôt qu’un, deux ou trois, et laisser le reste de l’équipage dans l’ISS, sans avoir un moyen de transport pour rentrer — il y a certes la capsule Soyouz MS-18, mais elle ne peut transporter que trois personnes (et, en cas d’urgence, il s’agirait de Piotr Doubrov, Oleg Novitski et Mark Vande Hei).

capsule navette Soyouz
La navette Soyouz peut elle aussi rapatrier du personnel, mais en plus petite quantité. // Source : NASA on The Commons

C’est exactement cette procédure qui avait été suivie ce printemps lors du ballet spatial en prévision de l’arrimage des deux capsules SpaceX : les membres de Crew-1 (Michael Hopkins, Victor Glover, Shannon Walker et Soichi Noguchi ) ont dû monter à bord de celle déjà sur place, lors de son déplacement d’un port à l’autre du module Harmony. Tout s’était heureusement bien passé.

« Le quatuor doit être à bord du véhicule dans le cas peu probable où [il] ne pourrait pas se ré-amarrer. Cela permet de s’assurer qu’il n’y a pas plus de membres d’équipage sur la Station spatiale internationale que de sièges disponibles sur les vaisseaux d’équipage amarrés », en tenant compte, par exemple, de la place disponible sur le Soyouz. Car en cas de besoin, il faut pouvoir évacuer tout le monde.

Ces procédures ne sont pas récentes. On en trouve trace dès les premières années d’activité de l’ISS, par exemple en février 2001, quand la Nasa évoquait des manœuvres avec le Soyouz et, en cas de raté pour l’arrimage, la nécessité pour l’équipage à bord de la capsule de rentrer sur Terre. Parfois, il a même fallu configurer l’ISS pour qu’elle puisse se gérer automatiquement, sans équipage, au cas où.

(mise à jour de l’article pour tenir compte de la réussite de la manœuvre)

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