Le stress thermique provoqué par les vagues de chaleur extrêmes, qui vont s'accroitre avec le changement climatique, touchent aussi bien les humains que les animaux d'élevage ou sauvages.

Il existe un seuil de chaleur à partir duquel la vie est menacée. Une étude publiée en juin 2021 dans The Lancet Planetary Health vient rappeler que ce seuil concerne certes les êtres humains, mais pas seulement.

« Si les gens sont exposés à des températures supérieures à 32°C avec une humidité extrêmement élevée ou à des températures supérieures à 45°C avec une humidité extrêmement faible pendant une longue période, cela peut être fatal », explique Senthold Asseng, chef de cette étude, sur le site de l’université de Munich.

Les auteurs ont constaté que les animaux d’élevage — comme le bétail, la volaille, mais aussi toutes les cultures d’organismes vivants, ont des niveaux de résistance au stress thermique (au sens des dégâts physiologique subis) au moins équivalents à ceux des êtres humains.

L’impact sur ces animaux a déjà pu être constaté lors de la canicule de 2003 en France. Dans l’ouest du pays, 1,7 million de décès d’animaux d’élevage étaient à déplorer en raison des excès de chaleur. Mais cela n’entraine pas toujours la mort. Parfois, il est question de « stress thermique » — une température corporelle devenant anormale, ce qui peut causer des troubles de santé. Par exemple, en cas d’humidité élevée, le stress thermique léger démarre à 23 degrés pour l’être humain, et à 24 degrés pour les bovins et les porcs. En cas d’humidité forte, le stress thermique démarre à 27 degrés pour les humains, et à 29 degrés pour les bovins et les porcs.

Les conséquences physiologiques du stress thermique

Comme pour nous, le stress thermique peut avoir des conséquences physiologiques importantes sur ces animaux. Par exemple, les vaches laitières souffrent de déshydratation grave lorsque 12 % de leur poids corporel a été perdu en eau. Si elles ne peuvent pas suffisamment s’abreuver pendant une vague de chaleur, alors, en raison du stress thermique, elles produiront 10 à 20 % moins de lait que d’habitude. La volaille, de son côté, est atteinte d’un stress thermique sévère à 37 degrés : c’est alors que les poules commencent à pondre significativement moins d’œufs. De manière générale, un stress thermique prolongé, ou répété, entraine des difficultés à se reproduire.

Ces effets directs sur les animaux qui sont proches de nous, et qui sont à l’origine d’une part de notre alimentation, sont significatifs d’un problème bien plus large : les menaces qui pèsent sur la biodiversité animale dans son ensemble. « L’adaptation génétique à un climat changeant prend souvent plusieurs générations. Le temps disponible est trop court pour de nombreuses formes de vie. Si les tendances climatiques actuelles persistent, de nombreux êtres vivants pourraient être gravement affectés, voire disparaître complètement de la Terre en raison du changement de température », alertent les auteurs de cette étude.

Un besoin de soutien et d’adaptation

La vague de chaleur record qui a touché le Canada, fin juin 2021, montre les conséquences dramatiques que peut avoir le réchauffement de la planète, en particulier sur la santé. Le thermomètre est monté jusqu’à 49,6 degrés Celsius dans la petite ville de Lytton, avant que s’y déclare un vaste incendie. Les câbles électriques ont fondu. Les services d’urgence, dans tout le nord-ouest du Pacifique, étaient bien souvent surchargés : dans toute la Colombie-Britannique, 486 décès sont attribués à la chaleur.

Pour cette raison, lors d’épisodes de chaleur extrême avec des températures bien supérieures à 40°C, « comme ceux que l’on observe actuellement sur la côte nord-ouest des États-Unis et au Canada », un soutien technique doit être mis en place envers les populations : de la climatisation individuelle dans les foyers et même des espaces publics climatisés.

C’est une problématique logistique qui va tendre à s’accroitre, car le changement climatique entraine une augmentation des températures. « D’ici la fin du siècle, 45 à 70 % de la surface de la Terre pourrait être affectée par des conditions climatiques dans lesquelles les humains ne peuvent pas survivre sans soutien technologique, comme la climatisation. » Les auteurs de cette étude estiment que ce type de soutien technologique doit également être envisagé pour les animaux d’élevage, qui souffrent donc tout autant que nous du stress thermique et de ses dangers accrus par le réchauffement de la planète.

Le niveau de résistance au stress thermique est assez similaire chez l’être humain et chez les animaux d’élevage. // Source : Pexels/Darwis Alwan (photo recadrée)

Parmi les solutions possibles, ils évoquent : une « augmentation de l’ombrage naturel (par exemple, les arbres) » et de l’ombrage artificiel ; une « nouvelle conception des villes et des bâtiments », générant des températures locales moins élevées — des couleurs de toit et de mur plus claires et réfléchissantes, une meilleure isolation des murs et du toit, des fenêtres éloignées de la direction du soleil levant et du soleil couchant ; une « augmentation de la circulation de l’air, de la climatisation intérieure et des systèmes de refroidissement ».

Selon les auteurs, afin de réduire le stress thermique, il s’agit de veiller à ce que les animaux d’élevage ne soient pas laissés à l’extérieur en cas de chaleurs extrêmes, mais bien dans des étables, développées à partir des techniques sus-citées afin d’y réduire l’impact du rayonnement solaire et d’y avoir des systèmes de climatisation et de ventilation.

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