L'augmentation de la mortalité causée par la chaleur provoquée par le changement climatique « est évidente sur tous les continents », d'après cette étude inédite.

Le changement climatique provoqué par les activités humaines (dit « anthropique ») n’est pas un événement lointain : c’est un processus enclenché il y a de nombreuses années, et dont les résultats sont déjà visibles, même en France dans les températures ou en causant par exemple des forêts fantômes aux États-Unis. Mais des effets sur la santé humaine peuvent d’ores et déjà être constatés, comme le montre une étude publiée le 31 mai 2021 dans Nature Climate Change.

Les auteurs de ces travaux, issus de la London School of Hygiene & Tropical Medecine, établissent que de nombreux décès associés à la chaleur sont imputables au réchauffement généré par le changement climatique d’origine humaine. « Dans de nombreux endroits, la mortalité attribuable est déjà de l’ordre de dizaines à des centaines de décès chaque année », écrivent les scientifiques dans l’étude.

Dans tous les pays étudiés à travers le monde (pas moins de 43), les auteurs ont relevé qu’en moyenne, entre 1991 et 2018, un tiers (37 %) des décès liés à la chaleur pendant la saison chaude « peuvent être attribués au changement climatique anthropique  » et que l’augmentation de la mortalité « est évidente sur tous les continents ».

Carte de couleur basée sur le taux de mortalité lié à la chaleur générée par le changement climatique anthropique (causé par les activités humaines). // Source : Nature Climate Change

Les régions les plus affectées par ce phénomène (50 % minimum des décès liés à la chaleur imputables au changement climatique) sont l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale, l’Asie du Sud-Est, l’Europe du sud. En Équateur et en Colombie, jusqu’à 76 % des décès provoqués à la chaleur sont reliables au réchauffement planétaire.

« Une fraction de ce qui pourrait se produire »

Comment les auteurs de l’étude en sont-ils arrivés à cette évaluation chiffrée ? Il s’agit d’une modélisation informatique, conçue à partir des données sanitaires et environnementales de 732 lieux dans 43 pays de 1991 à 2018. À partir de là, ils ont simulé informatiquement deux « mondes » différents : le nôtre ; et un autre où il n’y aura pas eu de changement climatique causé par l’être humain.

Cette modélisation a permis d’estimer combien de décès liés à la chaleur ne seraient pas survenus en l’absence d’un changement climatique. Les chercheurs ont pu identifier cette surmortalité annuelle à l’échelle de certaines villes : 136 décès supplémentaires par an à Santiago (Chili), soit 44,3 % du total des décès liés à la chaleur dans la ville ; 189 à Athènes (26,1 %) ; 172 à Rome (32 %) ; 156 à Tokyo (35,6 %) ; 177 à Madrid (31,9 %) ; 146 à Bangkok (53,4 %) ; 82 à Londres (33,6 %) ; 141 à New York (44,2 %) ; 137 à Hô Chi Minh-Ville (48,5 %).

« Nos résultats confirment l’urgence de mettre en place des stratégies d’atténuation et d’adaptation plus ambitieuses pour minimiser les effets du changement climatique sur la santé publique », concluent les auteurs. Car cette surmortalité s’est produite « avec une augmentation moyenne de la température mondiale de seulement ~1°C, ce qui est inférieur aux objectifs climatiques les plus stricts définis dans l’Accord de Paris (1,5-2°C) », ce qui représente « une fraction de ce qui pourrait se produire si les émissions ne sont pas contrôlées ». Si les températures continuaient d’augmenter à ce rythme, le nombre de décès liés à la chaleur imputables au changement climatique viendraient également à s’accroitre.

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