Chercher à se faire peur en regardant un film d'horreur ou en visitant une maison hantée peut sembler paradoxal. Pourtant, le cerveau retire des effets positifs des moments où nous suscitons notre propre frayeur.

Pourquoi aimons-nous nous faire peur le 31 octobre (et les 364 jours restants de l’année) ? C’est la question que ce sont posés trois chercheurs dans une étude le 11 octobre 2018 au sein de la scientifique Emotion, publiée par l’Association américaine de psychologie. Margee Kerr, Greg Siegle  et Johala Orsini de l’université de Pittsburgh mettent en évidence les bienfaits psychologiques que la frayeur peut procurer, lorsque nous l’expérimentons en l’absence d’un véritable danger — en fêtant Halloween, par exemple.

Pourquoi certaines personnes s’exposent-elles délibérément au risque d’avoir peur — avec un film ou un jeu vidéo, par exemple — quand d’autres prendraient leurs jambes à leur cou ? Selon les chercheurs, l’explication repose sur « les gains secondaires » que l’on peut retirer de cette décision.

Que fait le cerveau quand on est effrayé ?

Dans un article publié par Scientific American le 29 octobre 2018, Margee Kerr explique avoir cherché à savoir « ce qui se passe réellement dans le cerveau des gens au moment où ils se font plaisir avec des émotions fortes et des frissons. »

Nous avons peur pendant Halloween… mais il n’y a pas de véritable danger. // Source : Pexels/CC0 photo recadrée

Pour en savoir davantage, les auteurs ont choisi d’observer les réactions de personnes majeures qui se sont rendues dans une attraction à sensations fortes « hantée » — dont ils choisissent délibérément de taire le nom. Les scientifiques se sont demandés « comment les gens se sentaient sur le moment, mais aussi comment la réactivité de leurs ondes cérébrales avait changé après avoir fait quelque chose d’effrayant. »

Conclusion ? « D’abord, nous avons appris que les participants se sentaient significativement mieux après avoir été effrayés qu’avant, et que plus l’expérience était terrifiante, intense et exaltante, plus cet effet était fort  », explique Margee Kerr. Les participants les plus inquiets à l’idée d’aller dans l’attraction étaient beaucoup moins anxieux une fois leur expérience achevée.

Un regain de confiance en soi

Le sentiment dominant chez les personnes qui se sont prêtées à l’expérience semble avoir été un regain de confiance en soi, suscité par l’idée d’avoir révélé un défi. « Ils ont affronté leurs peurs et appris quelque chose de nouveau sur eux-mêmes », note la spécialiste. Au niveau de leurs ondes cérébrales, ces retombées positives se sont traduite par une diminution de l’activité électrique du cerveau (signe d’un apaisement).

L’étude a été menée sur les visiteurs et visiteuses d’une attraction de maison hantée. // Source : Pixabay/CC0

Avoir peur aide à vivre l’instant présent

Dans le sous-sol des lieux, les universitaires ont obtenu l’autorisation d’installer un « laboratoire temporaire » constitué de 3 ordinateurs, de casques bluetooth conçus pour l’électroencéphalographie, ainsi qu’un moniteur et un clavier. Pendant deux mois, ils ont enregistré des données sur 262 visiteurs de l’attraction, avant et après leur expérience.

Avant d’entrer dans l’attraction, les visiteurs ont du signer une renonciation dans laquelle il était écrit qu’ils étaient informés du « risque » encouru, mais qu’ils pouvaient choisir de partir à tout moment. À l’intérieur, les participants ont vécu une expérience saisissante : ils ont été plongés dans des scènes angoissantes avec de réels acteurs pendant 40 minutes.

Paradoxalement, l’expérience de la peur semble montrer que cela aide le cerveau à « changer la manière dont nous traitons les informations. » Lorsque nous décidons de braver une situation inquiétante, cela nous aide à être « davantage enracinés dans l’instant présent » au lieu de nous laisser absorber par d’autres pensées.

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