La NASA a calculé le retard accumulé par le vaisseau Starship de SpaceX, toujours en développement : deux ans. En cause ? Le plan de SpaceX pour aller sur la Lune.

Il fut un temps où un aller simple vers la Lune ne nécessitait qu’une seule fusée : Saturn V. Le mythique lanceur des États-Unis suffisait à envoyer des humains fouler le sol lunaire. C’était la grande époque des missions Apollo. Plus d’un demi-siècle après, l’Amérique entend bien recommencer, avec le programme Artémis cette fois. Mais l’approche a changé.

L’agence spatiale américaine s’appuie désormais sur le secteur privé : la NASA a confié à SpaceX la lourde tâche de fournir l’atterrisseur lunaire. Celui-ci est dérivé du Starship. Derrière ce nom se cachent deux projets, qui sont toujours en développement : une fusée géante et un immense vaisseau spatial. C’est ce dernier qui sert de base de travail à l’alunisseur.

Le grand défi ? Faire le plein dans l’espace

Mais de la théorie à la pratique, il y a un pas gigantesque à faire. C’est ce qu’a récemment constaté officiellement un rapport de l’inspecteur général de la NASA, dont se fait l’écho Reuters dans son édition du 10 mars 2026. Le document observe que le développement du Starship lunaire traîne : il en est maintenant à deux ans de retard, au moins, depuis la signature du contrat en 2021.

La cause principale, selon l’audit, n’est pas tant la construction du vaisseau lui-même que la logistique ahurissante qu’il implique. Le vrai challenge pour Artémis n’est pas vraiment l’atterrissage sur la Lune, mais de parvenir à faire le plein avant de faire le trajet depuis la Terre. Car le Starship n’a pas du tout le même gabarit que les légers modules Apollo.

Source : SpaceX
Vue d’artiste d’un transfert de carburant. // Source : SpaceX

Le déroulé est éloquent : pour qu’un seul atterrisseur puisse déposer des astronautes sur la surface lunaire, SpaceX va devoir lancer plus de 11 autres vaisseaux en orbite terrestre basse. Un scénario aux allures de ballet orbital qui n’a pour l’instant pas été testé. Car voici comment tout cela est censé se dérouler :

  • Un premier vaisseau est lancé pour servir de dépôt de carburant dans l’espace.
  • Dix Starships ravitailleurs (et peut-être plus) décollent successivement pour venir s’y amarrer et le remplir.
  • Le Starship lunaire (l’atterrisseur) décolle à son tour, s’amarre au dépôt pour faire le plein, puis entame enfin son voyage vers la Lune.

On parle de cette manœuvre depuis un moment (en 2023, en 2024 et en 2025), mais elle n’a toujours pas été concrétisée. Pour l’instant, SpaceX se focalise sur des essais en orbite terrestre basse qui se limitent au vol de la fusée, à la capture du premier étage à son retour sur Terre et à la rentrée atmosphérique du vaisseau.

Des étapes également essentielles, qui sont toujours en rodage alors que le lanceur approche de son douzième essai en trois ans (le premier remonte à avril 2023). SpaceX a certes progressé sur cette période, mais a aussi connu des revers qui ont perturbé ou décalé son planning. Ce test de transfert de carburant pourrait toutefois advenir en juin.

Le challenge du transfert à des températures glaciales

Le défi est de taille : on parle de faire voler des réservoirs géants aussi hauts que des immeubles de quinze étages, et embarquant près de 1 200 tonnes de méthane et d’oxygène liquides. Des ergols hautement explosifs qu’il faut en outre maintenir à des températures cryogéniques, sous la barre des -150 °C. Et il faut faire ce transfert dix fois de suite.

Et ce n’est pas tout : réaliser ce transfert de fluides ultra-refroidis est une chose. Le faire dans une orbite terrestre basse déjà encombrée par le trafic satellitaire (causé, notamment, par SpaceX et son service Starlink) en est une autre. Cela ajoute indéniablement une touche de difficulté, surtout au regard de l’échéance fixée à 2028. Deux ans à peine.

D’où le commentaire de l’inspecteur général qui craint que ces technologies ne soient « pas suffisamment matures » à temps. Un mur technique pour lequel la NASA ne blâme pas SpaceX. Il s’agit juste d’acter le retard pris dans ce chantier. On saisit mieux, donc, ce qui a poussé la NASA à ajouter un test intermédiaire en 2027, avant d’aller vraiment sur la Lune.

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