Fini Microsoft Azure, place au cloud souverain. Après des années de controverse liée au risque d’ingérence américaine, le Health Data Hub a officiellement annoncé confier l’hébergement des données de santé des Français à l’entreprise hexagonale Scaleway. L’épilogue d’un très long feuilleton politico-technologique.

Il y a des migrations informatiques plus symboliques que d’autres, et celle qui attend le Health Data Hub (HDH) en fait partie. Car voilà des années que la bascule du HDH vers un cloud souverain français était attendue, que ce soit l’écosystème tech hexagonal, l’Assurance Maladie, la CNIL et par une bonne partie de la classe politique.

Mais cette fois, on y est. Ce jeudi 23 avril 2026, le gouvernement et la direction de la plateforme ont conjointement indiqué que l’hébergeur français Scaleway (filiale du groupe Iliad, la maison mère de Free) a remporté le marché pour remplacer Microsoft Azure, dont la nationalité américaine posait de gros problèmes juridiques.

Source : Scaleway
Source : Scaleway

« La souveraineté numérique en santé franchit une nouvelle étape », s’est ainsi félicitée Stéphanie Rist, la ministre de la Santé. Avec ce choix, « nous faisons le choix d’un cloud souverain pour héberger nos données de santé, […] une avancée concrète au service des patients, des soignants et de la recherche française et européenne. »

Cette bascule avait été éventée la veille par Politico.

L’épilogue d’une interminable polémique liée au Cloud Act américain

Pour comprendre le soulagement général autour de ce dossier, il convient de remonter quelques années en arrière. Dès son lancement fin 2019, le choix de confier le Health Data Hub (ou Plateforme des données de santé en français) à l’Américain Microsoft avait déclenché une levée de boucliers, en raison de la nature des activités du HDH.

En effet, le service vise à centraliser les historiques médicaux, les feuilles de soin et diverses données personnelles de santé de millions de Françaises et de Français, au bénéfice de la recherche. Des informations très sensibles par nature et qui méritent une sécurisation et une confidentialité maximales sur le plan technique comme juridique.

Le nœud du problème tenait alors en deux mots : Cloud Act. Il s’agit d’une loi américaine dont les dispositions ont fait couler beaucoup d’encre. Dans des circonstances particulières, le texte permet en effet de contraindre des entreprises nationales à fournir des données, même si celles-ci sont hébergées sur des serveurs à l’étranger.

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La portée du Cloud Act américain a toujours suscité une vive inquiétude en Europe. // Source : Pete Souza

Il s’avère que Microsoft a accueilli le HDH dans un centre de données aux Pays-Bas. Pourtant, malgré les garanties techniques apportées par le géant de Seattle, mais aussi certaines mesures administratives (la France a fait passer un arrêté censé empêcher tout transfert hors de l’UE), le risque d’une ingérence extraterritoriale n’a jamais été totalement écarté.

Pendant un temps, il a été question de plier bagage fin 2022. Mais, de l’aveu même de la directrice du HDH à l’époque, les alternatives en France et en Europe n’étaient pas jugées au niveau pour absorber une telle masse de données sensibles. Le calendrier a alors glissé vers 2025, accompagné de rebondissements qui ont surgi le long de la route.

Un parcours du combattant de 350 exigences techniques

Et puis est venu Scaleway, dont la sélection n’a pas été une partie de plaisir. Il a fallu traverser une procédure longue de deux mois et demi, inscrite dans le cadre du marché « Nuage public » porté par l’UGAP. Elle a impliqué des experts dépêchés par la Direction interministérielle du numérique (DINUM), l’Inria et le ministère de la Santé.

Le cahier des charges était pour le moins drastique, comprenant plus de 350 exigences techniques. Plusieurs entreprises françaises (Oodrive, OVH, Outscale) avaient manifesté leur intérêt pour reprendre le dossier HDH, en se posant comme des alternatives viables. Mais en fin de compte, c’est bien l’offre de Scaleway qui s’est distinguée.

« L’analyse menée par la plateforme de santé a permis de sélectionner la solution la plus adaptée en matière de sécurité, de scalabilité et de résilience », commente le HDH. Son communiqué souligne par ailleurs la montée en gamme de l’offre hexagonale comme européenne.

L’évolution des offres de cloud « s’est fortement accélérée ces dernières années et les exigences de sécurité attendues sont immédiatement disponibles ou accessibles à court terme ». En creux, le marché français a gagné en maturité. C’est cela qui permet au HDH « d’enclencher cette migration », ajoute le communiqué.

La grande bascule est prévue pour fin 2026

Pour autant, la ligne d’arrivée n’est pas encore franchie. On a certes choisi le prestataire hexagonal, mais il y a maintenant le challenge technique de la grande migration des données. Un déménagement qui doit survenir dans les prochains mois — le calendrier prévisionnel avance une bascule entre fin 2026 et début 2027.

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