Coup de tonnerre pour le programme Artémis : la mission Artémis III, censée permettre le retour des astronautes américains sur la Lune à partir de 2028, est annulée. Ou, plus exactement, elle est profondément remaniée : il est question désormais quelle soit réservée exclusivement à une mission de test en orbite terrestre basse.
Cette décision a été prise par la NASA et officialisée par Jared Isaacman, son administrateur, ce vendredi 27 février 2026. Une conférence de presse avait justement été annoncée la veille, pour « discuter des prochaines étapes de la campagne Artémis ». Ce bouleversement du programme a été relayé par les médias anglophones également, comme Ars Technica.
Cette décision est un choc pour le programme spatial habité américain, mais elle n’est pas infondée. Juste avant les annonces de Jared Isaacman, un comité chargé de la sécurité, nommé « Aerospace Safety Advisory Panel » (ASAP), a rendu un rapport sévère sur l’état du programme Artémis. En résumé, Artémis III pourrait faire courir un risque aux astronautes.
Dans sa forme actuelle, « Artémis III ne peut pas être accomplie sans des marges de sécurité appropriées. Le comité est convaincu qu’il n’y a aujourd’hui pas de stratégie de gouvernance pour prendre en compte ces risques dans l’architecture de la mission », est-il notamment asséné. Des voix appelaient même à annuler Artémis III.
Elles ont donc été entendues. Pourtant, le remaniement d’Artémis III ne signe pas l’abandon des ambitions américaines vis-à-vis de la Lune. La NASA a toujours l’intention de mener à bien Artémis II, dont le profil de mission n’a pas fondamentalement changé : on parle toujours d’un survol habité durant un voyage d’une dizaine de jours.
Retrouver la mentalité Apollo des grandes années de la NASA
Si les buts Artémis II restent globalement inchangés, c’est bien la lenteur générale du programme et les difficultés rencontrées au fur et à mesure qui ont mis le feu aux poudres. Plus de trois ans se sont écoulés depuis Artémis I avec la fusée Space Launch System (SLS). Une cadence trop lente pour être en mesure de contrer la rapidité de la Chine.
Comme le rapporte la journaliste spatiale Kristin Fisher sur son compte X (jadis Twitter), la NASA assume totalement ce retour à la « mentalité Apollo », du nom du fameux programme spatial américain mené dans les années 1960 et 1970 et qui a permis aux États-Unis de battre l’URSS à la course à la Lune et de procéder à plusieurs alunissages habités.

Concrètement, la NASA ne veut plus brûler les étapes : à ses yeux, le saut à effectuer pour passer d’Artémis II (où l’on ne fait « que » un tour de la Lune) à Artémis III (l’alunissage) est trop haut, et risqué faute d’essai préalable des atterrisseurs. La dépose d’astronautes sur la Lune est donc repoussée à la mission Artémis IV, fixée à 2028.
Avant cela, la mission Artémis III est avancée à 2027 et servira de « crash-test ». L’idée ? Mener une répétition générale en orbite terrestre basse : ici, la capsule Orion devra s’amarrer aux futurs atterrisseurs fournis par SpaceX (Starship) et / ou Blue Origin (Blue Moon). Tout dépendra du résultat du processus relancé de sélection de la NASA.
Ce vol, naturellement moins risqué, car beaucoup plus proche de la Terre avec moins de contraintes, servira à éprouver les systèmes, les procédures d’amarrage, les combinaisons spatiales, en conditions réelles — de la même façon qu’Apollo 9 en 1969 a pavé la voie à Apollo 11 en étant lui aussi un test et un rendez-vous spatial en orbite terrestre basse.
Le nouveau calendrier d’Artémis
Voici comment se dessine le nouveau calendrier officiel de la NASA :
- Artémis II (début 2026, date à confirmer) : Mission maintenue dans son concept initial. Un équipage effectuera un survol de la Lune (sans s’y poser) pendant une dizaine de jours.
- Artémis III (courant 2027) : L’alunissage est annulé. La mission devient un vol de test habité en orbite terrestre basse pour s’amarrer aux atterrisseurs commerciaux et éprouver les nouvelles combinaisons.
- Artémis IV (début 2028) : L’alunissage glisse sur cette mission qui aura la lourde tâche de ramener les astronautes américains sur le sol lunaire.
- Artémis V (fin 2028) : Il est prévu cependant un deuxième alunissage habité la même année, ce qui concrétiserait le début d’une cadence accélérée, avec au moins une mission à la surface par an.
Standardiser pour accélérer : le grand coup de balai industriel
Si l’objectif est de sécuriser les vols, il est aussi d’accélérer drastiquement la cadence. L’ambition de Jared Isaacman est de passer d’un lancement tous les trois ans et demi à un vol tous les 10 à 12 mois, au lieu des 3 à 3 ans et demi actuels. Pour y parvenir, l’administrateur de la NASA taille dans le vif et abandonne l’idée de faire du sur-mesure à chaque mission :
- La mort de l’évolution du SLS Block 1B : La version améliorée de la fusée géante SLS, qui devait intégrer un nouvel étage supérieur plus puissant (et très coûteux, développé par Boeing), est annulée. La NASA choisit de standardiser sa fusée dans sa configuration actuelle.
- L’abandon de la nouvelle tour de lancement : Par ricochet, la construction du second pas de tir mobile, dont la facture avait dérapé pour atteindre 1,8 milliard de dollars, passe à la trappe.
Tout cela s’apparente à une thérapie de choc pour espérer corriger le tir et atteindre un objectif malgré tout extrêmement agressif. En effet, même si Artémis III est refondue, la NASA a maintenant l’ambition, et non des moindres, de conduire deux alunissage habités sur une même année (Artémis IV et V). Un rythme que l’on a connu du temps d’Apollo.
+ rapide, + pratique, + exclusif
Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.
Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.
Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Tous nos articles sont aussi sur notre profil Google : suivez-nous pour ne rien manquer !











