Ubisoft a annoncé la nomination de plusieurs personnes à la tête d'une nouvelle entité au Canada, qui sera en charge de la licence Assassin's Creed au niveau mondial. Parmi les nouvelles personnes en charge, on trouve un créatif qui a été mis en cause pour son comportement abusif dans une enquête du média Gamasutra.

L’arrivée d’Assassin’s Creed Infinity, le renouveau de la franchise sous la forme d’un jeu en ligne, est une nouvelle très importante pour Ubisoft, et représente sans doute l’un de ses projets les plus ambitieux de ces dernières années.

La nouvelle n’est pas arrivée seule. Ont également été annoncées dans un communiqué de presse la fusion des équipes de Montréal et de Québec dans une structure « cross studio » chargée du futur de la licence Assassin’s Creed, et plusieurs nominations à des postes de management. Marc-Alexis C. sera le nouveau producteur en chef de la licence Assassin’s Creed, et le lead créatif d’Infinity sera assuré en partie par Jonathan D. à Ubisoft Québec.

Si l’arrivée d’Infinity est une bonne nouvelle pour les fans de la saga, la nomination à la tête du pôle créatif de Jonathan D. n’est pas anodine. Il a fait l’objet d’une enquête l’année dernière par le média anglophone Gamasutra, qui le décrit comme un « manageur abusif ».

Un caractère abusif et violent

Jonathan D., qui était auparavant le directeur monde pour Assassin’s Creed Syndicate à Ubisoft Québec et directeur de la création sur Assassin’s Creed Odyssey, serait très critiqué en interne, selon Gamasutra.

L’ambiance dans les studios de Québec aurait été «  toxique », et provoquée par des « personnes abusives ». Plusieurs personnes interviewées par Gamasutra ont notamment raconté au média que Jonathan D. aurait fait partie des « pires  », et qu’il serait, entre autres, connu pour son caractère agressif et violent. Plusieurs témoins auraient raconté à Gamasutra qu’il «  faisait peur aux employés, qu’il claquait les portes, frappait les murs, jetait des objets, et faisait preuve de violence verbale contre les salariés du studio ». Il viserait en particulier les femmes, en leur disant comment s’habiller et quand sourire, utiliserait des insultes homophobes, et aurait fait pleurer plusieurs personnes. « C’est un tyran », a notamment témoigné une personne, décrivant Jonathan D. comme quelqu’un qui pousserait à bout les employés.

Les révélations de Gamastutra l’année dernière étaient d’autant plus accablantes que, toujours selon les sources du média, le comportement de Jonathan D. aurait été un « secret de Polichinelle ». L’article décrit : «  Les gens se sont plaints de son style de management explosif, mais le management du studio n’a jamais fait quoi que ce soit pour améliorer la situation à part en lui disant de ne plus interagir avec certaines personnes en particulier ».

« Le management d’Ubisoft est complice »

Mais Jonathan D. n’était pas le seul cité dans l’enquête de Gamasutra. Le comportement de Marc-Alexis C., le directeur des équipes d’Assassin’s Creed Infinity nouvellement nommé, était également critiqué. Le nouveau directeur n’est pas directement mis en cause dans l’enquête de Gamastutra, mais il est en revanche accusé d’avoir été au courant du comportement de Jonathan D., et de l’avoir laissé faire.

Les studios d’Ubisoft Montréal // Source : Ubisoft Montréal

« Il savait ce qu’il se passait avec Jonathan D. », expliquait une source de Gamasutra, restée anonyme. D’autres personnes précisent qu’il aurait été un « manipulateur subtil qui savait comment bien se faire voir pour faire évoluer sa carrière ». À plusieurs reprises, il aurait également manipulé plusieurs employés et créé une ambiance compétitive en promettant les mêmes choses à plusieurs personnes.

« [Jonathan D.] a été l’auteur des actes, mais le management d’Ubisoft est complice », écrit Gamasutra. La nomination de Marc-Alexis C. au poste de producteur en chef de la licence Assassin’s Creed est une forme de signal curieux envoyé par Ubisoft, au vu des nombreuses promesses faites l’année dernière.

Ubisoft connait de nombreux problèmes de harcèlement

Depuis 2020, Ubisoft est secoué par des vagues de témoignages et par plusieurs enquêtes de Libération et Numerama, qui ont toutes pointé du doigt une ambiance toxique et un management qui a longtemps laissé les manageurs et les hauts placés avoir des comportements inacceptables envers leurs employés.

Comme Numerama l’avait révélé dans une série d’enquêtes l’année dernière, Ubisoft est rongé par des problèmes de management dans de très nombreux studios, que ce soit dans le siège de Montreuil, au Canada, à Montpellier, au encore au sein du studio parisien Nadeo. Plusieurs témoignages ont également révélé du harcèlement sexuel et moral, et des agresseurs protégés par un «  mur des RH », qui veillait à protéger les managers accusés.

Après les départs très médiatisés de Serge Hascoët, de Tommy François et de plusieurs autres manageurs accusés de harcèlement moral et sexuel, Ubisoft avait promis des enquêtes, et d’accorder la priorité au bien-être des employés. Contacté par Numerama , Ubisoft répondu qu’ils avaient « entièrement confiance dans les équipes d’Assassin’s Creed. Ubisoft prend très au sérieux toutes les allégations et a conduit une série d’enquêtes au cours de l’année dernière avec une entreprise indépendante, qui a pris des mesures rapides et appropriées  ». Ubisoft ne souhaite pas «  rentrer dans les détails », mais affirme que les cas des employés accusés de mauvais comportement ont tous été «  rigoureusement étudiés », et que ceux qui ont pu rester au sein de l’entreprise ont subi des sanctions appropriées. Ubisoft «  s’est engagé à créer une culture irréprochable », et assure avoir conduit de véritables changements au cours de l’année passée.

Mise à jour du 8 juillet 2021 à 14h : La réponse d’Ubisoft a été ajoutée à l’article. 

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