Une semaine après l'annonce surprise du départ de Michel Ancel d'Ubisoft, Libération raconte les coulisses de sa démission dans une enquête sur le développement de son dernier jeu, Beyond Good and Evil 2. Burn-outs, « méthodes toxiques », mauvaise relation avec les équipes.. Le journal relate plus près de sept ans de galère.

« Une organisation ubuesque, pensée autour de sa personne ». À Ubisoft Montpellier, le studio chargé depuis plus de 7 ans maintenant du développement du jeu vidéo Beyond Good and Evil 2, c’est le soulagement depuis quelques jours. Le départ du directeur créatif, Michel Ancel, père de Rayman et véritable star d’Ubisoft, loin de désemparer les équipes, semble avoir levé un poids de bien des épaules.

Une semaine jour pour jour après l’annonce que Michel Ancel, le père de Rayman, a quitté définitivement Ubisoft et le monde des jeux vidéo, Libération revient ce 25 septembre 2020 sur les dessous de son départ dans une longue enquête et dans une interview avec l’ancien créatif.

Ces révélations interviennent alors que le groupe est plongé depuis des mois dans la tourmente, à la suite de révélations de Numerama et de Libération sur l’ambiance délétère au sein du service Édito, d’une culture du harcèlement et de l’inaction du service des ressources humaines pendant des années.

Des burn-outs et des demandes de mutations fréquentes

Beyond Good and Evil 2 est l’un des projets phares d’Ubisoft, pensé pour être un open world doté « d’ambitions techniques démesurées » qui doit permettre au groupe de venir concurrencer les références du genre, telles que The Witcher ou Skyrim. Mais le projet accumule les retards et les équipes les déconvenues. Le quotidien raconte notamment la confusion des équipes, amenées à jeter à la poubelle des mois de travail parce que Michel Ancel aurait finalement changé d’idée. Un des employés rapporte l’exemple de la ville du jeu, Ganesh City, qui a dû être refaite « quatre ou cinq fois ».

Beyond Good and Evil 2 // Source : Ubisoft

Aux journalistes, les employés du studio rapportent aussi des sautes d’humeur de la part du créatif, tantôt laudatif, tantôt rabaissant. « Il est capable de vous expliquer que vous êtes un génie, que votre idée est formidable, pour ensuite vous démonter en réunion en disant que vous n’êtes qu’une merde », peut-on notamment lire dans les pages de Libération. Parmi les employés d’Ubisoft Montpellier, les burn-outs, les dépressions et les demandes de mutations sont monnaie courante. « Croiser un collègue avec les larmes aux yeux, ça arrive souvent », rapporte encore un employé du studio à Libération.

Une équipe « traumatisée »

Le comportement de Michel Ancel était connu depuis longtemps par l’administration d’Ubisoft. Yves Guillemot, dont il était l’un des plus proches depuis les débuts de l’entreprise, lui avait encore il y a quelques mois renouvelé sa confiance, alors qu’il était déjà l’objet d’une enquête en interne, nous apprend Libération. Dès 2017, le CSE avait alerté le PDG, sans résultat. « Michel Ancel a un statut équivalent aux autres stars du milieu », aurait-il à l’époque déclaré, « c’est aux ressources humaines de trouver des moyens pour protéger les gens qui travaillent avec lui ».

Et en effet, pour protéger tant bien que mal les équipes, toute l’organisation du studio de Montpellier a été pensée pour limiter ses interactions avec les employés, décrit le journal. Une partie de l’équipe reste néanmoins « traumatisée » par cette expérience.

Beyond Good and Evil 2 // Source : Ubisoft

Interrogé par les journalistes de Libération sur l’enquête interne qui était en cours sur lui, Michel Ancel explique qu’il « savait que ça allait arriver », et estime que si ses actions étaient «  répréhensible[s], in fine, la boîte en sortira meilleure ». Sur la coïncidence « troublante » entre sa retraite et l’enquête de Libération, Michel Ancel explique cependant ne « pas trop voir le lien ». « C’est pas comme si, tout à coup, je quittais un temps plein sur BGE2 pour partir faire des burgers sur la Croisette ».

La semaine dernière, lors de l’annonce de son départ du milieu des jeux vidéo, certaines personnes travaillant à Ubisoft Montpellier confiaient cependant à Numerama y voir une tentative de préserver la réputation du père de Rayman avant la publication d’éléments trop compromettants contre lui.

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