Dans un mail interne, Yves Guillemot, le PDG d'Ubisoft, a confirmé que l'ancien vice-président du service éditorial d'Ubisoft Paris ne faisait plus partie de l'entreprise. Tommy François faisait l'objet d'une enquête interne après la publication de plusieurs articles de Libération et Numerama, où des femmes l'accusaient de harcèlement sexuel et sexiste et de tentatives d'agressions sexuelles.

C’est un mail laconique qui a été envoyé en interne. « Je voulais vous informer que Tommy a quitté Ubisoft avec effet immédiat », ont reçu plusieurs employés de la part d’Yves Guillemot, le PDG d’Ubisoft, vendredi 31 juillet 2020, dans un message que Numerama a pu consulter.

Tommy François était l’un des vice-présidents du service éditorial d’Ubisoft Paris, l’un des départements les plus mis en avant dans plusieurs enquêtes sur la culture interne toxique qui régnait au sein de plusieurs divisions de l’entreprise française de jeux vidéo. Il n’a pas été précisé si l’ancien chef a été renvoyé ou s’il a démissionné — contacté sur ce point, Ubisoft a seulement confirmé qu’il avait « quitté l’entreprise ».

« Il a tenté de m’embrasser, tout le monde rigolait »

Libération et Numerama, dans plusieurs articles, ont mis au jour des agissements problématiques d’hommes de pouvoir au sein de la firme, accusés de proférer des propos sexistes, homophobes et transphobes, mais aussi de harcèlement sexuel et tentatives d’agression sexuelle. Nous mettions également en exergue les dysfonctionnement d’un système de Ressources Humaines (RH) qui avait tendance à protéger les agresseurs en minimisant la parole des victimes présumées, voire d’ignorer tout simplement leurs signalements.

Tommy François travaillait à Ubisoft depuis 2006 après avoir été animateur de la chaîne de télévision française GameOne. Il avait gravi les échelons jusqu’à devenir l’un des vice-présidents du service « édito », qui supervise tous les projets et s’assure que la vision globale de la firme se retrouve dans ses jeux. Il était considéré comme le bras droit de Serge Hascoët, directeur créatif et numéro 2 de l’entreprise qui a démissionné le 12 juillet 2020 à la suite des enquêtes de Libération, Numerama et Bloomberg qui mettaient directement en cause son comportement et son inclinaison à protéger certains de ses employés problématiques.

François était notamment accusé par deux femmes, dont Numerama a relayé les témoignages, d’avoir tenté de les embrasser de force au cours de différentes soirées d’entreprises arrosées, entre 2013 et 2015. Selon une autre assistante, qui s’est confiée à Libération, il aurait également assuré que son manteau bleu avec une doublure rouge était un «  appel au viol », et aurait multiplié les références graveleuses, blagues sexistes et homophobes au travail.

L’ex-VP ne cachait d’ailleurs pas son affection pour les remarques provocatrices. En 2014, dans une vidéo retrouvée sur le web, il suggérait qu’il était facile de réaliser des attouchements sur les hôtesses des salons de jeux vidéo.  « À Ubisoft on a un peu moins de jeux accessibles facilement. Sur Nintendo, t’arrives, tu prends ta manette… tu peux faire la même chose avec les hôtesses, c’est cool tu vois  », lance-t-il au cours d’une interview qu’il sait être filmée.

De nombreuses mesures prises par Ubisoft

Dans le reste de son mail interne de fin juillet, Yves Guillemot fait savoir que « d’autres enquêtes sont toujours en cours » au sein d’Ubisoft. Récemment, le directeur adjoint des relations publiques a ainsi été licencié. « Nous restons engagés à prendre des mesures rapides et appropriées en fonction de leurs conclusions  », a conclu le PDG. Deux semaines plus tôt, Guillemot s’est dit « vraiment désolé », dans une vidéo interne au cours de laquelle il a remercié les personnes ayant « partagé leurs histoires ».

Il a annoncé de nombreuses mesures en interne pour changer durablement les problèmes de sexisme systémique, dont notamment la création d’un « Support and Recovery Center », destiné aux victimes de harcèlement, une refonte des services RH, un questionnaire envoyé aux 18 000 employés (que plus de 9 000 salariés ont déjà rempli) sur d’éventuels abus subis au bureau, ainsi que le remplacement des hommes renvoyés ou qui ont démissionné en donnant «  priorité à la diversité ».

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