Si l’on excepte Kengan Ashura (ne ratez pas la seconde partie disponible depuis peu), la cuvée annuelle des séries Netflix est très décevante. Il est temps d’évoquer le vilain petit canard de la bande. Essayons de comprendre les raisons de l'échec de Saint Seiya.

Depuis la mise en ligne de sa bande-annonce, la nouvelle version des « Chevaliers du Zodiaque » n’a cessé d’être conspuée. Avant même la diffusion des six premiers épisodes l’été dernier, la série était clouée au pilori. On ne compte plus les vidéos YouTube, véritable catharsis pour les fans où chacun crache son venin à sa façon.

Pourtant, l’intention de faire au départ un remake de cette série culte n’était pas une mauvaise idée. Toutefois, le projet n’a cessé d’accumuler les mauvais choix de production. À commencer par l’utilisation de la 3D. La fanbase de la saga de Masami Kurumada est très attachée à l’animation traditionnelle en 2D, en particulier les fabuleux dessins de Shingo Araki.

En 2014 avec La Légende du Sanctuaire, la Toei avait déjà essayé en vain de moderniser l’œuvre en adaptant le fameux Arc des Chevaliers d’Or sous la forme d’un long-métrage en images de synthèse. Malgré de bonnes idées (le relooking des Chevaliers, Milo devenue une femme…), tout le monde n’aura retenu que l’embarrassante séquence de comédie musicale avec Deathmask. Ces quelques minutes auront suffi à ruiner tous les efforts réalisés par Keiichi Satô et son équipe (le film reste une belle démo technique).

© 2019 NETFLIX & TOEI ANIMATION

Les Écuyers du Zodiaque

Si aujourd’hui Saint Seiya version Netflix est en 3D, ce n’est pas pour essayer à nouveau de convaincre les fans qu’il s’agit du meilleur style graphique. Cela fait longtemps que la Toei se moque éperdument d’eux. Ce n’est pas non plus pour réduire les coûts de production. Au vu du résultat final si aseptisé, nous pourrions le croire, mais la conception d’un animé en 3D coûte pourtant bien plus cher qu’une série en 2D.

La véritable raison est de toucher le public américain, plus enclin à ce style visuel depuis l’avènement de Pixar. En effet, les aventures de Seiya n’ont pas connu la même effervescence là-bas qu’en Europe. La série est arrivée très tard aux USA, qui plus est, dans une version abusivement censurée (avec du sang bleu !) et un doublage catastrophique. C’est pourquoi aujourd’hui, la Toei essaye de conquérir l’Amérique.

Ainsi, c’est un scénariste américain qui s’est retrouvé avec la lourde responsabilité d’adapter à nouveau le manga. Eugene Son a une solide expérience dans le domaine puisqu’il a travaillé sur de nombreuses séries animées Marvel. Mais vient alors rapidement le deuxième problème de ce remake : il cible les enfants. Bien que Les Chevaliers du Zodiaque aient connu leur heure de gloire au Club Dorothée, ce n’est pas du tout ici une série pour les kids ! Au lieu de censurer les passages les plus trash, le scénariste a complètement revisité l’histoire pour qu’elle soit le plus accessible possible. Exit donc l’entrainement inhumain pour devenir Chevalier, la violence des combats, les sacrifices et les passages qui auront traumatisé toute une génération (« la mort noire » rongeant Seiya).

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L’affaire Shun·e

La série originale n’était pas exempt de défauts. On se rappelle tous des Chevaliers d’Acier, inventés de toutes pièces pour l’animé dans le but de vendre davantage de figurines. Mais cela reste plus acceptable que la plaque d’égout parlante, le nouveau méchant Vander Graad et son armée de mercenaires et bien sûr le sort réservé à Shun. En effet, ce qui déclencha les foudres des fans est la transformation du Chevalier d’Andromède en femme. Encore une fois, ce choix part objectivement d’une bonne intention. Dans le manga, les héros sont de jeunes garçons et les femmes sont reléguées au second plan. Et ce, malgré de superbes personnages (Marine, Shaina, Athéna…). Il paraît donc logique dans cette version modernisée de donner une place centrale à une héroïne. Quitte à aller dans les changements, les possibilités étaient multiples : autant intégrer Shaina ou Marine au groupe des Bronze Saints ou bien inclure un tout nouveau Chevalier, voire changer le genre de Seiya.

Mais la réflexion du scénariste s’est malheureusement arrêtée à la couleur de l’armure. Les Américains n’allaient quand même pas laisser un homme dans une armure rose ! Ainsi le sensible, pacifiste et empathique Shun devient une femme dans ce remake… seulement définie la couleur de sa cuirasse. Sûrement le pire choix possible. Ce qui devait être un acte progressiste eut l’effet inverse. Dans le manga ou la série originelle, le personnage de Shun était très avant-gardiste et cassait le mythe du héros viril qui était en vogue dans les années 80. Progresse-t-on vraiment à troquer la principale masculinité inclusive de la série originale pour une femme ramenée à des clichés ?

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Avec seulement six épisodes, Saint Seiya : Les Chevalier du Zodiaque est devenu la série la plus détestée de l’année côté animés. La seconde partie de cette première saison n’est pas encore datée et devrait couvrir l’Arc des Chevaliers d’Argent. On n’ose même pas imaginer ce qu’ils vont faire de l’affrontement si marquant entre Shiryu et Algol : nous ne sommes pas au bout de nos peines.

Les 6 épisodes sont disponibles ici.

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