L’intrigue de la série Netflix Le Problème à 3 corps repose sur un casque de réalité virtuelle. Une fois porté, il projette son porteur dans un jeu vidéo ultra-réaliste. Apple, Meta et HTC peuvent-ils atteindre un tel niveau technologique dans un futur proche… ou lointain ?

« Au moins 50 ans, voire 150 ans plus avancé. » Dans la série Le Problème à 3 Corps, disponible sur Netflix depuis le 21 mars, un casque de réalité virtuelle est au cœur de l’intrigue. Utilisable uniquement « sur invitation », avec son design ultra-minimaliste en acier brillant, cet objet permet de plonger son utilisateur dans un monde virtuel, à la manière d’un Meta Quest 3 ou d’un Apple Vision Pro. Cela dit, il est différemment comparable aux casques de Meta ou d’Apple, comme l’un des personnages le constate : « Normalement il y a des logos si c’est un Sony ou un Oculus. »

Numerama a reçu le casque VR vu dans la série Netflix. Dans une vidéo dédiée, on le compare à la réalité actuelle :

Évidemment, il ne s’agit pas que d’une histoire de logos. Ce casque futuriste, qui utilise des technologies indisponibles en 2024, relève complètement de la science-fiction. Techniquement parlant, ce qu’il propose n’est pourtant pas totalement éloigné de ce qui existe aujourd’hui… et de ce qui pourrait exister demain.

Le casque VR de la série est beaucoup moins encombrant que les casques VR de 2024. // Source : Netflix
Le casque VR de la série est beaucoup moins encombrant que les casques VR de 2024. // Source : Netflix

Un design impossible à concevoir en 2024, mais pourquoi pas dans quelques années ?

Première observation : le casque du Problème à 3 Corps est très fin et très léger. Il ressemble à un déguisement, puisqu’aucune technologie n’est visible sur sa face extérieure (il ne possède pas d’écrans ni de capteurs). Son alimentation est aussi un mystère, alors que ce point est critique sur la plupart des casques VR de 2024. Il est impossible de discerner une batterie, un port de recharge ou un bouton sur l’appareil.

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On a pu tester le casque VR de la série Netflix le Problème à 3 Corps, le futur de l’Apple Vision Pro ? 🤭 #netflix #3bodyproblem #tech #numerama

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Du point de vue de l’encombrement, le casque de la série de Netflix est très en avance sur l’état actuel de la technologie. L’Apple Vision Pro, qui est l’appareil le plus sophistiqué en 2024, est extrêmement lourd et encombrant, alors que le casque de la série semble agréable à porter. Mais, d’ici 10 à 20 ans, atteindre un tel niveau d’encombrement ne semble pas impossible. Il n’y a que la question de la batterie et des performances qui reste sans réponse.

Des capteurs présents dans les casques de VR du vrai monde

La fiche technique du casque du Problème à 3 Corps n’est pas entièrement connue, mais quelques détails sont communiqués dans la série :

  • Le casque dispose d’un scanner rétinien, qui identifie un utilisateur pour lui donner accès, ou non, au jeu.
  • Le casque embarque un oxygénomètre, pour mesurer le niveau d’oxygène.
  • Le casque utilise un capteur d’ondes cérébrales pour interagir avec le cerveau.

Autre observation, le casque du Problème à 3 Corps est un casque de réalité virtuelle, et non pas de réalité mixte (il ne permet pas de voir le vrai monde). Par contre, il permet à l’utilisateur de voir ses mains, comme l’Apple Vision Pro ou le Meta Quest (le casque de Meta détoure les mains avec un contour bleu, celui d’Apple les détoure naturellement).

Le casque permet de voir ses mains en temps réel, comme l'Apple Vision Pro. Mais, a priori, il ne faut pas bouger ses mains pour ça. // Source : Netflix
Le casque permet de voir ses mains en temps réel, comme l’Apple Vision Pro. Mais, a priori, il ne faut pas bouger ses mains pour ça. // Source : Netflix

Cette fiche technique peut ressembler à de la science-fiction, mais correspond en réalité à ce que propose déjà l’industrie de la VR en 2024. L’Apple Vision Pro, par exemple, dispose d’une technologie nommée Optic ID, qui utilise l’empreinte de l’iris pour reconnaître son porteur. Le casque d’Apple, comme le Sony PS VR2 et le Meta Quest Pro, peuvent aussi suivre le regard de leurs utilisateurs. Ce n’est pas tellement différent du scanner rétinien de la série.

En ce qui concerne le reste des caractéristiques, elles n’auraient pas beaucoup de sens dans le vrai monde. L’oxygénomètre mesure la qualité de l’air, mais on ne sait pas pourquoi. Techniquement parlant, un tel composant dans un casque VR est possible, mais est-il utile ? Le capteur d’ondes cérébrales relève pour le moment de la science-fiction, même s’il sera probablement possible un jour d’utiliser cette technologie pour interagir avec la réalité virtuelle, sans doute dans des proportions moindres.

Des ondes cérébrales plutôt que des écrans : le plus grand défi du Problème à 3 corps

Quand un personnage porte le casque dans la série, il dit voir des images « indiscernables de la réalité ». Il peut aussi sentir des odeurs, ressentir la température et goûter un aliment. Sur cet aspect bien précis, le Problème à 3 Corps bascule en effet dans un futur lointain, du moins sous cette forme.

Les animations du casque quand on le porte ressemblent aux pubs d'Apple. // Source : Netflix
Les animations du casque quand on le porte ressemblent aux pubs d’Apple. // Source : Netflix

Depuis une dizaine d’années, plusieurs entreprises travaillent sur des appareils olfactifs pour faire sentir des odeurs en réalité virtuelle. C’est donc possible, mais cela implique d’utiliser des parfums. On se souvient notamment du Nosulus Rift de South Park, un dispositif pour ressentir des odeurs de pet quand on joue au jeu dérivé de la série animée (oui, c’est South Park).

Pour le goût et la température, rien n’est possible avec un casque sur la tête aujourd’hui. Les technologies de réalité virtuelle actuelles trompent le cerveau avec des images, mais ne vont pas plus loin. C’est justement là que la série s’émancipe de la réalité.

La boîte du casque VR dans la série. // Source : Netflix
C’est sans doute une coincidence, mais la boîte du Apple Vision Pro a la même forme et la même couleur. // Source : Netflix

Dans Le Problème à 3 corps, ce ne sont pas des images qui trompent le cerveau, mais les fameuses « ondes cérébrales ». Il n’y a pas d’écrans dans le casque (les yeux sont donc fermés et inutilisés), l’utilisateur est plongé dans une réalité alternative, où il voit son corps en entier, à partir de ses propres souvenirs. Ce raccourci élimine les problèmes d’éloignement entre les yeux et les écrans, les problèmes de champ de vision ou les problèmes de vue que l’on retrouve souvent en VR. Le casque ne semble aussi pas avoir de haut-parleur, le son vient directement au cerveau. Bref, il n’est pas comparable à un casque de réalité virtuelle de 2024, malgré sa forme similaire.

Une telle technologie est-elle vraiment possible ? Le passé a prouvé une chose : rien n’est impossible. Mais, en l’état, ne pas utiliser d’écrans pour faire de la réalité virtuelle relève du concept. Contrôler une interface informatique avec des ondes cérébrales est possible (Neuralink l’a rappelé récemment), mais voir une image comme si l’on était dans le vrai monde reste à plusieurs dizaines d’années de la réalité. Encore plus avec un dispositif auto-alimenté et aussi petit.

Les fameuses ondes cérébrales du casque VR, qui font de la série un programme de science-fiction. // Source : Netflix
Les fameuses ondes cérébrales du casque VR, qui font de la série un programme de science-fiction. // Source : Netflix

Autres questions : comment peut-on retirer le casque si le cerveau contrôle des mains virtuelles, plutôt que son vrai corps ? Peut-on voir autant de couleurs et de perspective avec sa pensée, sans ses yeux ? La série ne répond pas à ces questions.

En théorisant que le casque VR de la série est « 50 ans, voire 150 ans plus avancé » que le pic actuel de la technologie, la série a sans doute raison, tout en étant pessimiste sur nos capacités de progrès.

Le casque reprend les bases de la réalité virtuelle et partage de nombreuses technologies avec le présent, mais s’aventure sur des domaines inconnus en 2024. Rien ne dit d’ailleurs que les ondes cérébrales seraient meilleures que des écrans pour afficher la réalité, surtout quand on voit l’incroyable justesse de ce qui se fait de mieux aujourd’hui. « Ça a piraté mon cerveau » explique un personnage, mais était-ce utile ?

Seul constat amusant : quand une des personnages retire le casque, on constate qu’elle est ébouriffée et que ses yeux sont fatigués (alors qu’ils ne sont pas sollicités, mais bon). Le Problème à 3 Corps reprend ainsi un vrai problème de la VR, à savoir l’apparence quand on le porte. Même dans un futur lointain, une civilisation plus avancée que la nôtre ne semble pas avoir trouvé le moyen de nous rendre intelligents avec un casque sur la tête.

Source : Montage Numerama

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