Après des mois de polémique sur les spectacles du comédien Dave Chappelle contenant des blagues transphobes, Netflix a un message à faire passer à ses employés et futures recrues : il faudra être prêts à accepter de travailler sur des contenus qui ne leur plaisent pas.

« Si vous avez du mal avec la variété des contenus que l’on trouve chez nous, Netflix n’est peut-être pas la meilleure entreprise pour vous.» Le document public qui décrit la culture d’entreprise de Netflix a été récemment mis à jour, à la mi mai 2022, pour incorporer des précisions sur certains engagements moraux que la plateforme demande à ses employés.

En l’occurrence, il s’agit ici de leur demander d’accepter d’aider à produire tous les films, séries, documentaires ou spectacles originaux de Netflix, même si ceux-ci peuvent poser des problèmes, a relevé le Wall Street Journal.

« En tant qu’employés, nous soutenons le principe selon lequel Netflix propose une diversité d’histoires, même si nous trouvons certains titres contraires à nos propres valeurs personnelles. Selon votre rôle, vous devrez peut-être travailler sur des titres que vous percevez comme offensants ou problématiques », peut-on lire.

Le spectre de Dave Chappelle

La modification de la page officielle intitulée Netflix Jobs n’a rien d’anodin, au vu du contexte de polémiques dans lesquelles la plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) s’est embourbée ces derniers mois. En octobre 2021, le spectacle de l’humoriste Dave Chappelle, payé et diffusé par Netflix, a soulevé de nombreuses critiques à cause des remarques ouvertement transphobes du comédien.

Terra Field, une ingénieure trans, employée de Netflix à l’époque, s’était alors indignée publiquement sur Twitter de la manière dont le comédien « promouvait l’idéologie transphobe ». Elle avait ensuite été suspendue, puis réintégrée, avant de démissionner. Dans un billet de blog, elle ne demandait pas la suppression du spectacle de standup, mais que Netflix reconnaisse que la promotion de ces idées puisse avoir des conséquences gravissimes sur la vie des personnes trans.

Reed Hastings, le CEO, a toujours défendu Dave Chappelle et ses spectacles, assurant que The Closer, son dernier, avait été beaucoup visionné sur Netflix. Or, « la stratégie principale de Netflix est de plaire à nos abonnés », a-t-il assumé. « Nous continuerons toujours à réfléchir sur les tensions entre liberté et sécurité. Je crois que notre engagement envers l’expression artistique et le plaisir de nos membres est le bon choix à long terme pour Netflix, et que nous sommes du bon côté de l’histoire, mais seul le temps nous le dira. »

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Capture d’écran du spectacle The Closer de Dave Chappelle

Comment Netflix s’est forgé une image progressiste

Le storytelling de Netflix a évolué au fil des années. Au milieu des années 2010, alors qu’elle débutait dans la création originale, la plateforme s’est forgé une image d’entreprise particulièrement ouverte et sensible aux questions de diversité. Des succès comme Orange is the new Black ou Sense8 lui ont permis de toucher un public attentif à ces questions. Elle s’est aussi associée à de nombreux artistes minorisés, en passant par exemple des gros partenariats avec Ryan Murphy et Shonda Rhimes. Il existe un compte officiel Twitter dédié aux contenus queers de la plateforme, tenu par des employés et employées LGBTI+

Or en parallèle, la firme a développé de plus en plus de contenus plus classiques, grand public, voire attendus. Collant parfaitement à son image de « supermarché des contenus », Netflix héberge en fait une myriade de séries, films, documentaires et standups de qualités variables et plus ou moins respectueux des minorités.

Cependant, le spectacle de Chappelle a marqué un tournant, de par la récurrence de ses attaques contre les personnes trans en une heure, et la manière dont Netflix a pris la défense du comédien, avec qui la firme a passé un contrat en 2016, rémunérant à hauteur de 20 millions de dollars chaque épisode de standup qu’il sortirait pour eux.

« Nous laissons les téléspectateurs décider de ce qui leur convient, plutôt que de demander à Netflix de censurer des artistes ou des voix spécifiques »

Ce virage est entériné par la modification de la page officielle de la culture d’entreprise de Netflix, sept mois plus tard : « Ce que l’on trouve sur notre service ne plaira jamais à tout le monde. Bien que chaque titre soit différent, nous les abordons selon le même ensemble de principes : nous soutenons l’expression artistique des créateurs avec lesquels nous choisissons de travailler ; nos programmes sont pour une diversité de publics et de goûts ; et nous laissons les téléspectateurs décider de ce qui leur convient, plutôt que de demander à Netflix de censurer des artistes ou des voix spécifiques », peut-on lire.

Entendre : à partir du moment où Netflix a passé un accord avec un artiste, alors Netflix soutient ce créateur et ce qu’il produit. Dans les faits évidemment, rien n’est vraiment aussi simple, car la plateforme choisit ce qu’elle met en ligne et où elle met la limite (les contenus à caractère sexuel par exemple), elle fait de nombreux retours aux showrunners de séries, et oriente même parfois la manière dont une production doit être filmée pour correspondre aux modes de consommation de ses spectateurs.

Se présenter en opposition à « la censure des artistes », toutefois, sonne beaucoup mieux. Le milliardaire Elon Musk, en train de racheter Twitter, a d’ailleurs sauté sur l’occasion et répondu « bien joué, Netflix », en apprenant la nouvelle position de la plateforme. Trois semaines plus tôt, il critiquait le prétendu « virus woke » que représenterait Netflix, et qui lui aurait valu de perdre 200 000 abonnés en un trimestre.

Source : Montage Numerama

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