La patronne de France Télévisions a tenu à mettre Salto, la future plateforme de SVOD française, à distance du service audiovisuel public, rappelant qu'il s'agissait avant tout d'une coentreprise, et lui revendiquant une autonomie propre.

Salto est une entité « totalement à part de France Télévisions », et sa présidente Delphine Ernotte a tenu à le rappeler très franchement, au cours d’une audition par la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale le 8 janvier 2020. « Il s’agit d’une coentreprise dans laquelle on investit », a expliqué la présidente, rappelant que la future plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) est une émanation des trois grands groupes français audiovisuels TF1, M6 et France Télévisions.

« Salto va prendre 0 euro de redevance », a-t-elle-même lancé, répondant de manière détournée à certaines critiques que l’on peut voir émaner, de-ci de-là, qui s’inquiètent du coût de développement d’une telle offre, malheureusement encore toujours très floue malgré son lancement promis pour 2020. Le projet a déjà accusé de nombreux retards, à cause des difficultés à s’entendre entre les groupes français, mais aussi dans l’attente de la validation de l’Autorité de la concurrence européenne, puis française.

Delphine Ernotte devant la Commission des Affaires culturelles // Source : AN

Sur le fond toutefois, cette affirmation soulève des questions. Car s’il est bien clair que Salto n’est pas une émanation unique de France Télévisions, la future plateforme de SVOD française sera tout de même financée à un tiers par le groupe audiovisuel, et donc par de l’argent public. Delphine Ernotte a d’ailleurs précisé que les investissements se situent à hauteur « d’à peu près 120 millions d’euros, divisés par trois », soit environ 40 millions d’euros pour TF1, M6 et France Télévisions chacun, étalés sur trois ans.

La redevance télé, dorénavant appelée « avances à l’audiovisuel public », sera redistribuée cette année 2020 à hauteur de 65 % vers France Télévisions (2,85 milliards d’euros), comme l’a relevé Capital. Reste à savoir si cette somme sera séparée des investissements dans Salto. Contacté, France Télévisions explique qu’il s’agit plutôt d’une expression générale de la part de la présidente Delphine Ernotte, qui implique une rentabilité, à terme, de Salto.

Au vu du peu de temps réservé par la présidente de France Télévisions à Salto au cours de l’audition de plus de deux heures devant la Commission des affaires culturelles, il semble en tout cas clair que l’objectif est de détacher le destin de la plateforme de celui du groupe public. « Entre coactionnaires, on s’est dit qu’on allait laisser salto communiquer elle-même ses enjeux  », a-t-elle précisé. En septembre dernier, la direction de Salto a d’ailleurs été confiée à Thomas Follin, un ex-cadre de M6, pour un mandat de deux ans, avec Gilles Pélisson, PDG du groupe TF1, en tant que président du conseil de surveillance. France Télévisions est quant à lui représenté par Danielle Attias, en tant que secrétaire générale.

Quels contenus sur Salto ?

Salto a encore beaucoup de chemin à parcourir pour parvenir à être une offre cohérente « d’appoint (…)  que les gens ont envie de prendre en complément », comme l’a décrit Delphine Ernotte, réaliste sur le fait que le service français ne viendra jamais concurrencer de front des mastodontes comme Netflix et ses 6 millions d’abonnés dans l’hexagone.

La page d’accueil de Salto.media // Source : Salto

La future plateforme doit ainsi composer avec de nombreuses barrières, sur le fond comme sur la forme :

Delphine Ernotte a toutefois souligné que Salto aura «  beaucoup de programmes qui seront strictement » exclusifs à la plateforme, et qui seront censés lui permettre de rayonner convenablement en tant qu’offre de SVOD secondaire  : « Le jour où Salto va arriver, il n’y aura plus de débat. Car sur on verra sur la homepage [page d’accueil] à quel point ce sera différent d’une simple agrégation des offres mères. » 

Verdict cette année ?

Article publié initialement le 9 janvier 2020

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