Vous n'y connaissez rien au manga mais vous aimeriez découvrir toutes les richesses de la bande dessinée nippone ? Nous vous y encourageons fortement. Néanmoins, dans la pléthore de sagas, vous pourriez rapidement vous perdre. Voici un guide pour vous aider à faire vos premiers pas dans ce monde merveilleux.

Le manga est un monde bien particulier, à la fois homogène grâce à des codes scénaristiques et graphiques plus ou moins partagés et extrêmement diversifié dans les thématiques abordées, les univers créés et les personnages développés. Le manga c’est une sous-culture, avec ses références, ses classiques. Il n’est donc pas toujours évident de s’y intéresser sans être rapidement perdu. Alors on a souhaité vous aider.

Avant de vous lancer dans ce guide, sachez qu’il est loin d’être exhaustif. D’autant que les séries trop longues pour être commencées seulement maintenant sans se ruiner ont été écartées. Ainsi nous ne parlerons pas de Dragon Ball, ni de One Piece (et pourtant il s’agit de l’œuvre préférée de l’auteur de cet article), ou de Naruto. Sont listés ci-dessous des mangas parfaits pour faire ses débuts dans la lecture de bande dessinée nippone et qui respectent donc ces critères :

  • les titres bénéficient d’une relative célébrité et sont accessibles au grand public ;
  • les séries finies sont composées de moins de trente tomes et celles en cours de publication en comptent moins de dix ;
  • chaque œuvre fait preuve d’originalité dans le thème abordé, le dessin ou la mise en scène.

Allez, c’est parti !

Fullmetal Alchemist

De Hiromu Arakawa, 27 tomes, éditions Kurokawa — Série terminée

Fullmetal Alchemist
Fullmetal Alchemist

Bienvenue à Amestris, un État militaire où l’alchimie est une science universelle. Les jeunes frères Edward et Alphonse Elric parcourent le pays avec un but bien précis. En voulant ressusciter leur défunte mère, ils ont outrepassé un tabou de l’alchimie : la transmutation humaine. En plus d’essuyer un cuisant échec, « Ed », l’aîné, perd un bras et une jambe tandis que son cadet, « Al », y laisse carrément son corps — son esprit se retrouve alors enfermé dans une armure, carcasse vide dans laquelle il ne ressent ni la faim, ni la fatigue, ni la chaleur. Pour retrouver ce qui leur a été pris, les deux protagonistes recherchent la légendaire pierre philosophale.

Afin de faciliter leur quête, Ed, particulièrement doué dans la discipline, devient, à l’âge de 12 ans, un alchimiste à la solde de l’État et obtient le surnom de Fullmetal en raison de son bras et de sa jambe métalliques. Dans leurs aventures, les deux frères vont se retrouver sur les traces d’un complot génocidaire qui implique les plus hautes autorités de la nation.

Ce manga est un bijou. Ses personnages ont des personnalités complexes, son univers est riche, cohérent et bénéficie d’un background culturel et historique très développé. L’immersion du lecteur est totale. D’autant plus que l’œuvre amène à développer des réflexions politiques, philosophiques et mythologiques. Dans un monde où tout est régi par le principe d’échange équivalent, quelle est la valeur de la vie humaine ? Jusqu’à quel point l’État peut-il contrôler — et manipuler — le peuple ?

Plusieurs intrigues secondaires viennent enrichir le manga sans que l’auteur ne se perde dans le développement de son histoire principale. Rire, dégoût, tristesse, colère, soulagement : la mangaka maîtrise parfaitement son récit et nous fait passer par toutes les émotions imaginables. Elle alterne parfaitement scènes d’action, discussions essentielles à la compréhension de l’univers, moments légers et retournements dramatiques de situations. Le tout est sublimé par une patte graphique qui retranscrit à merveille une ambiance très 20e siècle avec une bonne dose de steampunk.

Ce manga est un bijou

Une histoire haletante et intelligente, des personnages attachants, de la baston et de l’humour. Fullmetal Alchemist est un incontournable.

Le premier tome est disponible à partir de 6,60 €.

Death Note

De Tsugumi Ôba et Takeshi Obata, 13 tomes, éditions Kana — Série terminée

DeathNote
Death Note

Ce nom vous l’avez forcément déjà entenduDeath Note est l’un des mangas les plus populaires du monde et a propulsé ses deux auteurs au rang de stars du milieu — alors que le scénariste utilise un nom d’emprunt et que presque personne ne connait sa véritable identité. Cette œuvre raconte l’histoire de Light Yagami, un lycéen qui trouve par hasard un mystérieux carnet. Rapidement, il se rend compte qu’il peut tuer une personne en y écrivant son prénom et son nom. Il est même possible de décider de l’heure, du jour et de la cause du décès. Le protagoniste fait ensuite la rencontre de Ryuk, le dieu de la mort propriétaire du carnet et décide d’utiliser son nouveau terrible pouvoir pour nettoyer la Terre de tous ses criminels. Assassin, magnat de la drogue, voleur… Plus aucun malfrat n’échappe à la justice implacable et cruelle de Light Yagami qui se fait très vite passer pour une puissance divine surnommée Kira.

Rusé, très sûr de lui et un brin narcissique, le lycéen est persuadé d’agir pour le bien de la planète. Or, au fur et à mesure que l’intrigue avance, c’est lui qui devient le pire criminel du monde. Ses actions attirent l’attention de tous les gouvernements et des agences d’espionnage et c’est ainsi qu’intervient le meilleur détective de la planète, à l’identité secrète et à la personnalité excentrique. Nom de code : L. Celui-ci se lance dans une bataille psychologique avec Kira où le but est de découvrir en premier l’identité de l’autre.

L contre Kira, c’est un duel d’intelligence insoutenable. Le suspense ne fait que monter en puissance tout au long de l’œuvre et devient étouffant. Le manga bouscule avec brio les valeurs du manichéisme en remettant profondément en question la différence entre le bien et le mal. Car au fond, Light est animé par l’intention utopiste d’améliorer le monde, mais c’est sa démarche qui est vicieuse et macabre. Plus encore, on ne peut s’empêcher de se demander ce que l’on ferait avec un tel carnet, de se demander quel nom on y inscrirait. Et le simple fait de se poser la question met déjà mal à l’aise.

Le lecteur se rend compte du génie terrifiant dont l’humain peut faire preuve

Côté graphisme, le dessin est léché, droit, très ordonné et illustre à merveille les fortes capacités de raisonnement des deux adversaires. Le lecteur plonge littéralement dans les méandres de l’esprit humain et se rend compte du génie terrifiant dont il peut faire preuve. Tout simplement jouissif.

Le premier tome est disponible à partir de 6,85 €.

À lire sur Numerama : Death Note, Naruto, Minority Report  : que regarder sur Canalplay en juillet 2016  ?

Soul Eater

De Atsushi Ôkubo, 25 tomes, éditions Kurokawa — Série terminée

Soul Eater
Soul Eater

Dans un monde loufoque, l’école Shibusen fondée par le maître Shinigami — ce mot signifie « Dieu de la mort » en japonais — forme des étudiants à devenir des meisters. Autrement dit, ces derniers apprennent à former une équipe avec leurs armes démoniaques, qui peuvent prendre forme humaine, afin de faucher les âmes des criminels. En mangeant 99 âmes humaines plus celle d’une sorcière, l’arme accède au rang de Death Scythe pour être au service du fondateur de l’école. L’objectif est loin d’être gagné d’avance puisque les adversaires sont coriaces et, dans l’ombre, se fomente un plan démoniaque pour faire sombrer le monde.

L’intrigue se concentre sur Maka, une meister, son arme Soul et leurs amis. Ces derniers vont se retrouver à affronter les plus grandes puissances obscures du monde et devront apprendre à travailler en équipe pour ne pas périr sous les coups ennemis et ne pas se noyer dans la folie, un mal insidieux dans le manga qui altère complètement la personnalité.

Chaque personnage de ce manga est totalement barré, entre Soul qui veut à tout prix être cool, Black Star qui hurle plus fort que les autres ou Death the Kid qui ne supporte pas l’asymétrie. Même le soleil et la lune ont des visages flippants. Les péripéties déjantées s’enchaînent sur un rythme endiablé.

Les péripéties déjantées s’enchaînent sur un rythme endiablé

Les graphismes sont en totale adéquation avec la thématique. Le coup de crayon est très moderne, parfois cartoonesque. Mais cela n’enlève en rien le côté dramatique de certaines situations et certains protagonistes ont droit à des moments ultra-badass qui font plaisir à voir.

Le premier tome est disponible à partir de 6,60 €.

A Silent Voice

De Yoshitoki Ôima, 7 tomes, éditions Ki-oon — Série terminée

A Silent Voice
A Silent Voice

Shoya Ishida est un pré-adolescent casse-cou. Ses amis et lui se lancent tous les jours des défis de courage pour s’amuser car l’idée fixe du jeune garçon est de lutter contre l’ennui. Un événement, a priori anodin, va chambouler sa vie : l’arrivée dans sa classe d’une nouvelle élève, Shoko Nishimiya. Cette dernière est malentendante et ce handicap fascine rapidement Shoya et va tristement représenter une véritable source de divertissement pour lui.

Il va alors la tourner en ridicule, en profitant du fait que les autres élèves n’apprécient pas vraiment Shoko qui retarde le reste de la classe. Mais la situation ne va pas durer et par un concours de circonstances c’est Shoya qui va finir par être moqué par les autres enfants. Il se rend ainsi compte de la gentillesse de la malentendante et de toute la souffrance qu’il lui a causée. Trop tard, la fille a déjà changé d’établissement.

Des années plus tard, au lycée, Shoya, marginal et sans ami, est bien décidé à expier ses fautes en demandant pardon à son ancienne victime. Il la retrouve et finit par sympathiser avec elle. Ensemble, ils vont chercher à renouer contact avec leurs anciens camarades de classe et essayer de faire fi du handicap de Shoko grâce, notamment, à la langue des signes.

Avec ce  manga, Yoshitoki Ôima signe une œuvre touchante qui parle avec justesse d’une part du handicap, de l’autre du harcèlement à l’école. Les deux personnages principaux ont tour à tour été victimes de brimades. Shoko parce qu’elle est malentendante, Shoya car, à force de se moquer d’elle, a fini par dépasser les bornes. À travers la belle relation qu’ils développent petit à petit, ils apprennent à se connaître, à s’accepter. Ce titre devient alors une jolie leçon de vie sur l’importance de savoir pardonner et d’accepter la différence.

Dans la mise en scène, le manga réussit la belle prouesse de faire passer les sentiments de Shoko sans qu’elle n’ait besoin de prononcer le moindre mot. Par ses yeux ou ses expressions, elle transmet toujours quelque chose. Le langage des signes est également très bien retranscrit. L’intérêt de Shoya réside, quant à lui, essentiellement dans ses nombreuses réflexions personnelles. Celles-ci, si elles peuvent avoir tendance à agacer, prouvent à quel point le jeune homme a mûri et qu’il souhaite tout simplement s’accepter et se pardonner. Un éternel problème adolescent.

Une jolie leçon de vie sur l’importance de savoir pardonner et d’accepter la différence

A Silent Voice a été le meilleur lancement manga de l’année 2015 en France, et c’est largement mérité.

Le premier tome est disponible à partir de 6,60 €.

Radiant

De Tony Valente, 4 tomes, éditions Ankama — Série en cours

Radiant
Radiant

Dans un monde fantaisiste, des monstres appelés Nemesis tombent du ciel et attaquent les être humains. Heureusement, des hommes et des femmes luttent contre ces bêtes mal intentionnées. Il s’agit des sorciers. Mais au lieu d’être perçus comme des sauveurs, ils sont essentiellement craints par la population, voire détestés.

Cela s’explique par le fait que ces derniers ont survécu à leur premier contact avec les Nemesis — alors qu’on est censé en mourir — et ont ainsi obtenu une immunité contre le pouvoir létal des créatures. Mais cela a un prix et les sorciers sont tous en quelque sorte contaminés à vie. Certains se voient pousser des cornes sur la tête, d’autres souffrent de maux de crâne permanents : à chacun sa malédiction. Ces chasseurs sont alors fréquemment traités « d’infectés ».

Seth est un apprenti sorcier. Le jeune garçon rêve de trouver une solution permanente au fléau des Nemesis. Son idée est simple : il suffit de détruire le mal à sa source. Ainsi, notre héros se lance à la recherche du Radiant, le prétendu berceau des créatures dévastatrices.

La patte française se fait clairement ressentir dans cette œuvre puisque Tony Valente y aborde des problématiques assez inconnues au Japon. Par exemple, dans Radiant, il est souvent question de racisme et de flux migratoire. Par son intrigue, la bande dessinée dénonce l’irrationalité du discours que l’on retrouve souvent dans les cercles d’extrême droite et xénophobes qui souhaitent à tout prix voir la criminalité comme le seul fait des immigrés… ou tout simplement, des gens différents.

La bande dessinée dénonce l’irrationalité du discours xénophobe

Les graphismes sont extrêmement agréables et n’ont absolument rien à envier aux bandes dessinées nippones. Radiant est d’ailleurs vendu au Japon et prouve sa légitimité même au pays natal du manga. Celui-ci utilise habilement les codes basiques du genre pour se les réapproprier. Il s’agit de l’une des meilleures preuves qu’un manga de qualité n’a pas besoin forcément de venir du pays du Soleil-Levant.

Le premier tome est disponible à partir de 7,95 €.

N’hésitez pas à nous aider à compléter ce guide en proposant vos pépites en commentaires !

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