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Reportage à ILM avec les magiciens de la Force

Depuis les premiers Star Wars, les studios ILM sont devenus une légende dans le cinéma en s'imposant comme la référence pour les effets spéciaux. Plongée dans ce monde de maquettes et d'ordinateurs avec Hal Hickel, magicien en chef de l'animation.

Pour beaucoup de touristes, San Francisco est souvent synonyme de maisons colorées, de rues en accordéon ou encore de lions de mers qui flânent sur la jetée. Mais tout bon nerd qui se respecte sait que la ville héberge un autre petit joyau : les studios ILM (Industrial, Light & Magic). Fondée en 1975 par Georges Lucas himself au lancement de la franchise Star Wars, cette structure a depuis lors concocté les effets spéciaux de plus de 200 films. Et pas n’importe lesquels : Jurassic Park, Star Trek, Pirates des Caraïbes, Rango, Pacific Rim… c’est eux.

Nichée au cœur du parc du Predisio — situé au nord de la ville — la célèbre société offre plus qu’une simple succession de bureaux. Chaque couloir est une invitation à un voyage cinématographique et le bâtiment a de quoi faire pâlir certains musées. Dès l’entrée principale, la « Yoda Fountain » donne le ton. Véritable icone, il est possible de venir observer librement la statue et de profiter du clapotis tranquille de son eau sans laisser-passer. Pour le reste, il faut être invité par un des membres du staff. En véritable petite veinarde, j’ai eu la chance de passer les portes du studio.

yoda
La sagesse tu auras

Dès le hall d’accueil, une petite montée d’adrénaline se fait sentir. C’est normal : posé entre deux bibliothèques siège le costume de Dark Vador en personne. On s’imagine déjà transpirer à grosses gouttes à l’intérieur de cette imposante tenue. On est également frappé par la taille gargantuesque de l’habit : plus de deux mètres de haut. Et on se souvient qu’à l’époque, avant Christensen, le rôle était attribué à David Prowse : l’acteur mesurait 1,96 mètre.

Le T-Rex de Jurassic Park... en vrai
Le T-Rex de Jurassic Park… en vrai

En s’avançant dans les couloirs des studios, chaque mètre carré est une ode à un blockbuster qui a marqué notre enfance. Pour n’en citer qu’un : Jurassic Park. À l’intérieur d’une vitrine à peine plus grande qu’un aquarium de poissons d’eau chaude se trouve le T-Rex original du film.

Inévitablement, on retourne sur l’île. Difficile de s’imaginer que le célèbre prédateur de l’époque n’était en fait qu’une réplique à peine plus haute qu’un caniche. Mais grâce à la magie des effets spéciaux, grâce à ILM, l’illusion était – presque – parfaite : qui n’a pas sursauté une fois ou deux, quand, en 1993, le film passait dans les salles obscures ?

Cinéma privé

Rencontre avec Hal Hickel, directeur de l’animation

Mais passé l’excitation des nombreux couloirs transformés en musée, les studios ILM, c’est surtout une fantastique fourmilière de talents, qui, chaque jour, s’active pour réaliser la crème de la crème de l’animation et des effets spéciaux. Parmi eux, Hal Hickel est en bonne position sur la liste des génies, en tant que directeur de l’animation. C’est en 1996 qu’il rejoint les studios comme simple animateur pour Jurassic Park : The Lost World. Son ambition ? Intégrer des personnages fantastiques et des créatures au cœur de films live.

Très vite promu responsable de l’animation, c’est sur un autre grand film qu’il a su faire ses preuves : Star Wars : Épisode I, la Menace Fantôme. Après avoir reçu plusieurs récompenses dont un oscar pour son travail sur Pirate des Caraïbes : le Secret du coffre maudit, il enchaîne ses collaborations avec des réalisateurs prestigieux.
En 2014, il s’envole à Londres pour travailler sur le prochain épisode hors canon annoncé par Disney,  Star Wars : Rogue One. Entre deux voyages, il a trouvé le temps pour nous parler de son travail si essentiel pour la magie des blockbusters américains.

stormtrooper

Hello Hal. Ravie d’échanger avec vous sur votre travail et votre univers. J’imagine que travailler sur une franchise aussi cool que Star Wars doit amener quelques étoiles dans les yeux. Mais d’ailleurs, il faut avoir quoi comme background pour être embauché dans les studios de Georges Lucas ?

En fait il y a plein de backgrounds différents. On trouve beaucoup de scientifiques ou ingénieurs dans les bureaux. Certains ont suivis des études de mathématiques, et d’autres de graphisme ou d’effets spéciaux. Tout dépend du job que vous voulez faire ! On a aussi pas mal de gens qui ont suivi des cours de programming. Et évidemment, des profiles qui sortent d’écoles d’art, de dessin…

 

Un exemple de profil inattendu parmi vos collègues ?

Par exemple, au début, c’était possible de croiser un ex-mécanicien. Quand j’ai commencé il y a 20 ans, beaucoup de gens venaient d’horizons différents. Moi par exemple, j’ai toujours su que je voulais faire ça, alors j’ai fait une école d’art. Mais à l’époque il y avait beaucoup plus d’ouverture d’esprit. Maintenant il y a tellement de très bonnes écoles d’animations à travers le monde que c’est plus facile d’être spécialiste. Mais on trouve toujours des gens qui se reconvertissent, comme des artistes peintres, qui, à la suite d’une rencontre, intègrent le milieu. Mais c’est bon pour le business d’avoir plusieurs crazy backgrounds !

 

Quels sont les différents jobs qu’on peut retrouver dans un film du côté de l’animation ?

Il y a plusieurs niveaux d’animateurs, des juniors aux superviseurs. Il y a d’autres jobs reliés, comme les personnes qui s’occupent des dialogues, de la structure de l’animatique ou encore de la narration. Ce sont des choses séparées mais reliées entre elles. Il y a aussi des technical animators  : ceux qui savent parfaitement utiliser les softwares.

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Combien de personnes travaillent dans votre division pour un film ?

Chez ILM, pour la section des personnages sur un gros projet, je dirais 60 animateurs. Comme par exemple pour Pirates des Caraïbes 2 ou Rango, où nous étions 50.

 

En effet ça fait pas mal de monde ! Et au niveau des moyens techniques, qu’est-ce qui est en vogue en ce moment ?

Pour l’animation des personnages, je dirais que c’est le facial motion capture. Quand on a fait Davy Jones il y a 10 ans, on l’utilisait déjà… Maintenant on utilise de plus en plus de capteurs sur des acteurs pour obtenir le plus de détails possible. Dans The World of Warcraft qui sortira l’été prochain, il y a eu un gros effort sur l’expression des visages. On essaye juste de faire toujours mieux que la fois précédente.

 

Le pouvoir de calcul permet désormais de réaliser des images de synthèse beaucoup plus rapidement. Mais vous souvenez-vous d’avoir travaillé sur un projet où vous avez été limité par la technologie ?

Je crois qu’on est toujours limité à un moment. Les réalisateurs peuvent être très exigeants et dans chaque projet on peut être poussés aux limites de la technologie. Récemment j’avais une conversation sur tout ce qu’on ne pouvait pas faire à l’époque…

 

Et ?

Par exemple, quand on voulait visionner une scène, il fallait demander au responsable des machines de nous retrouver la bobine. Tout était beaucoup plus lent. C’est fou d’imaginer que maintenant les iPhone ont plus de capacité que nos machines de l’époque !

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À propos de pousser les limites, est-ce que vous avez le souvenir d’un réalisateur qui vous ai poussé à vous surpasser ?

Gore Verbinski par exemple, avec Pirate des Caraïbes et Rango. Il avait une vision très précise de ce qu’il voulait et ne lâchait pas le morceau tant que l’on ne s’était pas approchés le plus possible de ce qu’il avait à l’esprit. Mais en même temps, c’est un homme intelligent et sympa. Il sait aussi écouter nos remarques. Guillermo Del Toro nous pousse aussi toujours dans nos limites mais le fait également d’une manière intelligente. J’imagine que j’ai toujours été super chanceux car j’ai eu la chance de travailler avec des gens sympathiques et ouverts d’esprits.

 

Qui donne l’impulsion sur la direction des effets spéciaux ? Vous ou les réalisateurs ?

La plupart des idées viennent quand même du réalisateur. Même si l’équipe participe quand même activement au développement et donne son avis, l’univers visuel sort tout d’abord de leur imaginaire !

 

Entre les années 70 et maintenant, l’industrie de l’animation a beaucoup changé, notamment avec le développement de techniques de plus en plus poussées. Est-ce qu’il y a d’autres aspects qui ont évolué et qui échapperaient aux spectateurs ?

Selon moi, le travail en animation n’a pas trop changé au fil des ans. On donne la vie à des personnages. Ce qui a changé le plus, c’est le business de l’animation. D’un côté, l’industrie est beaucoup plus large et il y a beaucoup plus de canaux d’emplois pour les animateurs (Films d’animations, télévision, effets spéciaux, jeux vidéos). Il y aussi beaucoup plus d’écoles spécialisées.

Mais de l’autre côté, beaucoup de compagnies demandent toujours plus d’effets spéciaux avec des délais de plus en plus courts et moins de moyens. Ceci a entraîné une diffusion du travail d’animation partout dans le monde et notamment dans certains pays où il est possible d’obtenir des productions rapides et peu coûteuses. Mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous et cet effet participe à dévaloriser notre travail. Du coup… je dirais surtout l’industrie !

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Hal Nickel et sa statuette
Crédits : Robyn Petillo

ILM et Star Wars ont une longue histoire. Est-ce que dans l’esprit collectif les spectateurs lient toujours le studio aux films de la saga ?

C’est évident que les films et le studio sont liés. Ils ont permis au studio de grandir, financièrement et techniquement. Les gens penseront toujours à ILM via Star Wars, ce qui est plutôt cool. Avec le nouveau cycle en production nous sommes une fois de plus à la recherche de nouvelles techniques, c’est assez excitant.

Pour moi, l’épisode IV, c’est le plus Star Wars des Star Wars

 

Tenez d’ailleurs, en parlant de la Guerre des Étoiles… quel est votre épisode préféré ?

Pour moi, c’est l’épisode IV. Il a tout le fun naïf et l’excitation nécessaire à bon Star Wars. C’est le plus « Star Wars » des Star Wars !

 

Selon vous, comment s’est faite la transition entre Georges Lucas et J.J. Abrams ? Est-ce que vous pensez qu’ils ont une manière particulière de travailler ?

Ce sont deux personnes très différentes donc c’est sûr qu’il y a deux visions différentes. Je ne sais vraiment pas le type de conversations qu’ils peuvent avoir l’un avec l’autre, mais je pense que ce sera vraiment le film de J.J. Je suis vraiment impatient de voir le résultat et la réception ! L’idée d’avoir un Star Wars qui ressemble à un Star Wars mais avec une autre approche est super. L’univers de la saga s’en trouvera épanoui.

 

Est-ce que vous pensez que J.J. Abrams a de nouvelles exigences par rapport à Georges Lucas ?

J.J. adore construire un maximum de choses et use beaucoup de practical effects. Là on devrait être servis ! Je pense que les fans seront ravis. Du coup, c’est sûr que pour nous, il y a plus d’exigences de ce côté-là.

Rendez-vous le 16 décembre pour le verdict. Et en attendant, pourquoi ne pas vous refaire tous les Star Wars ?

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Photographie : Greg Salsedo / ILM / Lucasfilm / Disney

 

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