Trop hagiographique. Selon Steve Wozniak, le film "Jobs" qui s'intéresse aux premières années d'Apple dépeint un Steve Jobs qui était loin d'être aussi parfait et génial que le prétend le film avec Ashton Kutcher. 

Ce mercredi sort en salles de cinéma le film Jobs réalisé par Joshua Michael Stern, avec Ashton Kutcher dans le rôle de Steve Jobs. S'il a trouvé les acteurs très bons, y compris Josh Gad qui interprète son personnage, Steve Wozniak a en revanche très peu goûté le scénario et la réalisation du film, qu'il trouve beaucoup trop à la gloire de Steve Jobs, bourré d'erreurs et insultant pour ses associés.

En effet selon Woz, qui fut co-fondateur d'Apple avec Steve Jobs, l'ancien PDG de la firme de Cupertino est présenté dans le film comme le leader infaillible de l'entreprise, qui avait toutes les bonnes idées et tirait le meilleur de ses partenaires. Or Wozniak assure qu'avant son retour, où il a relancé Apple avec l'iMac et l'iPod, Steve Jobs avait "beaucoup de failles" qui ne sont pas dépeintes dans le film, et qu'en particulier il ne savait pas transformer une vision en succès commercial. 

Le film "donne l'impression que (Steve Jobs) a été forcé à quitter la société sans bonne raison", critique Wozniak, alors que le film se concentre justement sur la décennie qui aboutit au départ de Jobs en 1985. "Il ne traite pas des véritables raisons, ils n'ont même parlé aux gens qui étaient là pour savoir ce qui s'est passé", attaque-t-il dans une interview à Bloomberg.

Pour Wozniak, Steve Jobs était "un filtre" qui prenait le meilleur des idées et de "la sagesse" des gens qui l'entouraient, mais pas toujours avec réussite. Il rappelle qu'à l'exception de l'Apple II, tous les produits lancés sous Steve Jobs ont échoué à cette époque. Et il affirme même que Jobs avait tenté de tuer l'Apple II (conçu par Woz), qui était pourtant la poule aux oeufs d'or de l'entreprise, avec des "choses injustes et irréalistes" qui ne sont pas montrées.

"Il y a des gens très bons et intelligents qui ne méritaient pas" le traitement que leur réserve le film, s'indigne Steve Wozniak, qui cite l'exemple de Mike Markkula, "le mentor de Steve, qui a appris à Steve comment gérer et construire une entreprise", et qui serait au contraire présenté comme un incapable dont Steve Jobs corrigeait les erreurs.

Selon Wozniak, ça n'est que lorsqu'il revient plus de dix ans plus tard à la tête d'Apple, en 1997, que Steve Jobs s'affirme comme le génial entrepreneur que l'histoire gardera en mémoire. Or le film de Joshua Michael Stern ne fait pas cette distinction fondamentale, et traite de la première décennie en calquant le caractère qu'a eu Steve Jobs quinze ans plus tard.

Sur un plan plus personnel et anecdotique, Woz reproche aussi au film de prétendre que Steve Jobs l'a amené à un club de passionnés d'informatique pour apprendre à créer un ordinateur, alors que Wozniak avait déjà créé le siens depuis longtemps et l'offrait même aux membres du club "avant qu'il sache qu'il existe". Lorsqu'il parle de l'Apple II, Wozniak dit toujours "mon Apple II", et il estime que "l'iPod était l'Apple II" de Steve Jobs.

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