En citant la voiture électrique pour tous dans son discours de candidat au second tour, Emmanuel Macron souhaite probablement convaincre les indécis que l’écologie, la mobilité et le pouvoir d’achat ont leur place dans son programme.

Il a été reproché au candidat Emmanuel Macron d’avoir délaissé les enjeux écologiques dans son programme. Pour tenter de convaincre les électeurs déçus des résultats du premier tour de voter pour lui le 24 avril, le président et candidat Emmanuel Macron a remis en lumière cette thématique lors de sa prise de parole du dimanche 10 avril.

Dans son discours de candidat au second tour de l’élection présidentielle, une phrase a particulièrement capté l’attention de notre rubrique Vroom : « Une France, où la voiture électrique pour tous, viendra remplacer les coûteux pleins d’essence. »

De quoi parlait-il à ce moment-là ?

Derrière cette accroche, on retrouve un thème développé lors du meeting du 17 mars 2022 à Aubervilliers. Lors de cette allocution, Emmanuel Macron a présenté une proposition de son programme visant à accompagner les foyers les plus modestes à passer à la voiture électrique. Cette aide prendrait la forme d’une offre de location longue durée à moins de 100 €/mois. L’objectif de cette mesure est double. Elle est à la fois à vocation écologique, en remplaçant des véhicules polluants par des véhicules décarbonés, et de pouvoir d’achat, en réduisant l’impact du prix des carburants dans le budget de ces foyers.

Il ne s’agit pas de subventionner l’ensemble des achats de voitures électriques, comme peuvent l’être le bonus écologique ou la prime à la conversion. La mesure est une action plus ciblée pour permettre à 100 000 foyers modestes par an d’acquérir une voiture électrique en payant un loyer de location avec des mensualités encadrées.

Dacia Spring
Dacia Spring // Source : Dacia

Il faudra cependant attendre de voir qui seront les partenaires et/ou les constructeurs qui pourront permettre d’accéder à cette offre, et sur quels modèles de véhicules électriques, pour juger de l’attrait de la proposition. Les conditions des contrats seront aussi à étudier attentivement, pour que la mesure ne finisse pas par apporter plus de problèmes que de solutions à ces automobilistes.

Quid des craintes des usagers ?

La proposition va dans le sens des rapports du GIEC, en aidant la transition écologique vers des véhicules non émetteurs de gaz à effet de serre. Le parc automobile français est vieillissant, et les ménages les plus modestes conservent généralement le plus longtemps possible leur véhicule thermique. Il s’agit le plus souvent de voitures, dont les émissions de CO2 peuvent être élevées, et qui sont (ou seront prochainement) visées par les restrictions d’accès aux grandes villes.

Si la démarche est honorable d’aider ces ménages à passer à des véhicules non polluants, elle risque toutefois de se retrouver confrontée à la réalité du terrain. Beaucoup d’automobilistes ne sont pas prêts à passer au véhicule électrique.

Même si le principal blocage, concernant le prix des véhicules, pourrait être levé par ce contrat de location à moins de 100 €/mois, les contraintes de la recharge ne seront pas effacées. Il faudrait que soit lancé un plan d’investissement très onéreux pour l’installation de nombreuses bornes de recharge, notamment dans les banlieues défavorisées proches des villes, pour permettre d’accompagner cette transition.

La voiture électrique pour tous, est-elle un leurre ?  

La transition vers une mobilité électrique, que beaucoup redoutent, doit se dérouler sur un temps long, malgré les annonces pressantes de l’Europe pour accélérer le processus. Avec le contexte actuel de difficultés d’approvisionnement et de prix des matières premières en hausse, il est difficile d’imaginer que cette révolution de l’industrie automobile puisse se faire à l’échelle de tout le territoire français, et même de l’Europe entière, aussi rapidement que souhaitée.

Même si l’offre de véhicules électriques s’étend, elle ne répond pas aux aspirations des clients. Ceux-ci privilégient toujours les motorisations thermiques électrifiées, même si la part du 100 % électrique augmente. Les infrastructures progressent, mais ne sont toujours pas suffisantes pour accueillir un parc automobile tourné vers le 100 % électrique.

Quant à la production électrique, nécessaire pour alimenter un parc automobile tout électrique, et de préférence une production décarbonée, elle fait toujours débat.  

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Salon auto de Lyon et son hall dédié aux électriques // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

L’actuel chef de l’état aimerait pousser les automobilistes à investir massivement dans la voiture électrique. Mais avec un bonus écologique amené à disparaître, et qui ne couvre qu’une faible partie de l’offre commerciale disponible pour les clients, on se demande avec quels leviers, Emmanuel Macron pourrait bien convaincre les réfractaires à sauter le pas. Surtout si l’électrique doit se payer au prix fort.