Le vélo électrique iweech s'éloigne de tout ce que l'on a pu tester sur le secteur. La jeune entreprise marseillaise s'est débarrassée du cahier des charges inconscient d'un vélo pour répondre point par point aux exigences des urbains qui redécouvrent la ville à deux roues. Un pari aussi étonnant que réussi.

Tester de nombreux produits d’une même catégorie conduit à un paradoxe : le journaliste est plus cultivé et plus connaisseur de son sujet, mais il a tendance dans le même temps à créer une grille de lecture permettant de juger d’autres produits avant même de les avoir en mains. Cette expertise vient avec un inconvénient, car tout produit sortant des cases va inconsciemment provoquer un doute. Pire, si le produit s’inscrit volontairement dans des cases connues pour être mauvaises, le jugement inconscient du journaliste se forme négativement.

C’était pile le cocktail que nous vendait le vélo marseillais « iweech ». Un mélange de bullshit-buzzword (intelligence artificielle, smart, connecté) et de communication clickbait en publicité Facebook, sur un vélo où a priori pas grand-chose ne correspond à ce que l’on attend d’un modèle urbain. Mais voilà, iweech avait peut-être envie de nous donner une leçon : aussi hors des codes soit-il, un produit n’est pas forcément mauvais. Bien au contraire.

Design urbain

La première chose qui frappe quand on s’approche d’un vélo électrique iweech, c’est sa taille. Nous sommes aujourd’hui habitués à des vélos électriques plutôt massifs, qui accueillent, quand ils font bien les choses, une batterie dissimulée dans le cadre. Mais le vélo que l’on a devant nos yeux est vraiment compact.

On sent que l’entreprise française a cherché à optimiser son modèle pour la ville, sans penser uniquement à la route : c’est un vélo qui, avec ses 18,5 kg, peut être porté sans mal dans un escalier. La potence ajustable à 90 degrés et les pédales qui se replient permettent de le ranger à côté d’une voiture dans un parking ou entre deux vélos sur la voie publique. Contrairement à la plupart des vélos urbains qui optent pour des roues de 27 ou 26 pouces, on se retrouve ici avec des roues de 24 pouces, qui renforcent ce côté compact et manœuvrable.

Source : Louise Audry pour Numerama

Ces roues sont entraînées par une courroie sur un unique pignon, ce qui signifie que le conducteur du vélo n’aura pas à penser aux vitesses. Il n’y en a qu’une et c’est le vélo qui la choisit. Pour compléter l’équipement, iweech a choisi des freins à disque hydrauliques puissants et un éclairage Supernova de grande qualité — il se déclenche sur commande ou à la nuit tombée.

Mais ce vélo malin, petit gabarit, sans tomber dans les extrêmes — et les contraintes — du vélo pliable, a surtout une électronique particulièrement musclée. Dans le pédalier, iweech a intégré un moteur Brose capable de délivrer 90 Nm de couple — l’un des plus puissants que nous ayons testé. Même le moteur le plus puissant de la gamme Bosch n’atteint pas cette valeur, très importante sur un vélo électrique, puisque c’est le couple qui va déterminer la capacité à accélérer et à soutenir l’effort en montée.

Le capteur est directement dans le pédalier et est connecté à un ordinateur de bord (un Raspberry Pi, pour l’anecdote), qui va calculer plusieurs fois par seconde l’effort délivré par le cycliste, pour l’ajuster au mieux. Ce faisant, iweech est un hybride entre les modèles de moteur haut de gamme qui multiplient la puissance de pédalage selon le mode et un modèle qui ajuste le moteur de manière dynamique — à la manière du mode eMTB développé par Bosch et présent notamment sur les vélos Moustache équipés de la gamme Performance. Cet algorithme, qui se transforme bien entendu en 2020 en intelligence artificielle est au cœur de la proposition du constructeur.

Guidon droit // Source : Louise Audry pour Numerama

Car c’est aussi cet ordinateur de bord qui va jouer sur la consommation de la batterie amovible de 500 W. En plus du confort de l’utilisateur, il va faire tout ce qu’il peut pour économiser de l’énergie, jouant tout à la fois avec le dénivelé, le pédalage musculaire et l’inertie du vélo. Cela permet à iweech de revendiquer 90 (mode normal) à 190 km (mode éco, moteur bridé) d’autonomie en une charge, ce qui est bien au-dessus des concurrents (de 60 à 120 km, en général). On notera enfin que le vélo ne s’embarrasse d’aucun écran : il a été conçu pour être utilisé sans information affichée (tout juste savez-vous que vous l’avez allumé). Une application compagnon sert de compteur et permet de faire les réglages si on le souhaite.

Une fois que l’on sait tout cela, une question se pose : est-ce que le vélo iweech est capable de répondre à sa promesse ?

Petit vélo, grande puissance // Source : Louise Audry pour Numerama

Sur la route

La réponse est oui. Les premiers tours de pédale sur un iweech sont grisants : le moteur répond instantanément à la poussée musculaire et l’entraînement depuis les pédales est quasi instantané. C’est bien simple : sur du plat ou de légères montées typiques des villes françaises, vous ne vous apercevrez même pas que vous pédalez. Vous êtes propulsés à 25 km/h en quelques tours de roue et le vélo va ensuite tout faire pour que vous conserviez cette cadence, qui est la limite d’assistance des VAE en France.

Les premières fois, nous avons utilisé le vélo avec son application pour contrôler qu’il faisait bien ce qu’il prétendait faire : amener confortablement à 25 km/h et garder cette vitesse. C’est tout à fait le cas et l’application est suffisamment bien faite pour vous montrer ce que le vélo utilise dans chaque situation (vos jambes ou le moteur). Plusieurs fois, en descente par exemple, le vélo a jugé que le pédalage n’était pas suffisamment soutenu pour être inconfortable et n’a pas activé le moteur à plein régime. En revanche, dès que la pente s’est inclinée, le moteur a pris le relai.

L’application compagnon // Source : Louise Audry pour Numerama

On constate que ces transitions se font de manière très fluide et jamais on a l’impression que le vélo nous lâche. Notre parcours a de très gros dénivelés et c’est seulement dans ces cas les plus extrêmes où l’on a regretté de ne pas avoir de vitesse : on plafonnait alors à 20 km/h, sans pouvoir accompagner le moteur, car la pente était trop raide. Notre test de la sortie de parking a été aussi moyennement concluant en départ arrêté. Il faut quand même mettre une belle poussée pour faire avaler la rampe au vélo, rampe qui passe sans le moindre problème avec un vélo à 10 vitesses. Mais, contrairement au VanMoof S3 qui était incapable de monter, le vélo iweech active son moteur et parvient in extremis à prendre le relai.

Ce qui nous a frappés en revanche, c’est à quel point les informations de conduite étaient inutiles quand un vélo fait bien son travail. Nous avons fait la majorité des 100 km de notre test sans l’application et nous avons beaucoup apprécié la conduite nerveuse et dynamique du vélo, même sans ces informations. Nous avons été impressionnés par la qualité de la tenue de route du vélo, malgré des pneus plus petits que les modèles que nous testons d’habitude : ils sont stables et amortissent très bien les chocs. Et c’est tant mieux, car la fourche carbone n’a pas de suspension et la tige de selle n’est pas suspendue.

Pour nous, iweech a réussi le pari du smart bike  : faire en sorte que l’intelligence du vélo soit au mieux cachée, au pire dispensable — le gros des actions peut se faire avec le jeu de clefs et badges ou avec le bouton central sur le vélo. Tout a été fait pour le plaisir d’un trajet efficacement réalisé et une fois que l’on se débarrasse des buzzwords et des éléments de langage, on trouve un vélo qui, dès sa première version, est capable de rivaliser avec les grands noms du milieu et prendre de haut les startups engouffrées dans la brèche de la mobilité urbaine.

Batterie amovible // Source : Louise Audry pour Numerama

Pour son vélo, iweech demande encore un prix un poil trop élevé à notre goût : 2 995 €, avec des services haut de gamme compris (localisation GSM, SAV, prêt d’un vélo en cas d’immobilisation, etc.). Ce tarif est probablement dû aux faibles volumes de commandes des pièces de qualité. Mais en prenant de la voilure, un VanMoof est parvenu en 2020 à améliorer sa gamme tout en baissant la facture de plus de 1 000 € — c’est tout ce que l’on peut souhaiter à iweech. En attendant, une chose est sûre : les premiers clients ne sont pas pris pour des bêta-testeurs. Le vélo iweech, s’il répond à votre cahier des charges, est déjà un excellent produit de mobilité urbaine.

En bref

Iweech Smartbike

Note indicative : 4/5

Vraiment, iweech est une startup étonnante. On la catégoriserait volontiers parmi les adeptes d’une communication trompeuse à base de buzzwords, mais elle a surtout réussi à tenir toutes les promesses d’un vélo urbain électrique, en s’offrant le luxe d’innover. Compact, le vélo iweech est un as pour se faufiler dans la jungle urbaine, mais aussi un génie pour se ranger — voire se porter. Sur la route, son assistance moteur est grisante et atteint la même dynamique qu’un VanMoof, sans passer par l’usage d’un bouton boost.

Alors certes, le vélo iweech n’est pas sans défaut et on aurait aimé un peu plus de contrôle de l’algorithme, quitte à choisir de moins économiser la batterie. Mais pour qui cherche un vélo électrique sans prise de tête et sans concession, cet engin déroutant venu de Marseille est déjà un choix à considérer

Top

  • Simplicité d'usage
  • Couple moteur grisant
  • Ultra compact et bien pensé

Bof

  • Design « gadget »
  • Prix un poil élevé
  • Porte smartphone aimanté simple à arracher

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