Peut-on marier l'artisanat, le luxe et un vélo confortable au quotidien ? C'est le pari de l'entreprise française Coleen, avec ses vélos à assistance électrique ultra haut de gamme vendus à des prix très élevés.

Dans l’univers des vélos électriques urbains, Coleen a fait un pari : celui du luxe. Un positionnement que l’on ne retrouve quasiment pas sur ces objets — bien au contraire, les vélos les plus onéreux sont des vélos de compétition, où toute l’ingénierie a été pensée exclusivement pour la performance. Alors évidemment, on s’est posé des questions avant de tester ce vélo sur Numerama : entre-t-il vraiment dans une ligne éditoriale qui entend recommander des produits ? Peut-on faire du luxe avec un objet si utilisé et soumis à de l’usure quotidienne qu’un vélo ? Et, la plus importante : est-ce que cette position luxueuse peut aussi s’appliquer aux sensations sur la route ?

Les photos de ce test montrent un Coleen Marinière. Nous avons testé longuement le modèle Opale, en tout point similaire.

Design et caractéristiques

Coleen est un vélo dont la version la plus bas de gamme coûte 6 800 € et la version la plus onéreuse s’obtient en échange de 7 760 €. D’après la cofondatrice de la startup française, Audrey Lefort, c’est la version la plus chère qui est la plus souvent choisie — un signe que le positionnement ultra-premium du vélo touche bien sa cible, prête à investir plus pour avoir les composants les plus onéreux. C’est aussi cette version que nous avons testée.

Côté look, le Coleen est la garantie que de nombreux passants vont se retourner sur votre passage. Nombre d’entre eux vous demanderont quel est cet étrange vélo. L’entreprise a choisi de reprendre le design d’une draisienne, plutôt contraignant si l’on veut des vélos dynamiques et rapides. Le vélo Coleen a un cadre tout carbone, doublé à l’intérieur pour lui donner de la rigidité. Un choix qui semble avoir été fait par Coleen bien plus pour proposer des finitions de qualité que pour réduire le poids de la machine : on se retrouve malgré tout au-dessus des 20 kg traditionnels des vélos à assistance électrique.

Le Coleen Marinière // Source : Louise Audry pour Numerama

Qui dit luxe, dit pour ces artisans made in France. Toute la conception est faite à Biarritz, des moulages aux soudures et jusqu’à l’assemblage. Les clients peuvent d’ailleurs visiter l’atelier pendant que leur vélo est construit. Côté mécanique, on ne trouvera que des composants haut de gamme : freins à disque hydrauliques par les britanniques Hope, éclairage puissant des Allemands Supernova, pédalier Alfine de Shimano et selle sur tige suspendue pour minimiser les vibrations. La fourche en carbone elle aussi est surmontée d’un guidon de taille variable pour s’adapter au gabarit du client et les roues de 27 pouces embarquent nativement des pneus Schwalbe anticrevaison (sans chambre à air). Bref, quiconque connaît un peu le marché du vélo aura vu dans ce paragraphe une liste de composants aussi onéreux que fiables et pensés pour durer.

Mais dans un vélo électrique, le cœur du concept reste son duo moteur / batterie. Coleen a opté pour un design entièrement maison. Impossible de se fournir chez des géants du secteur à cause du format non conventionnel du cadre : toute l’électronique a été conçue à Bordeaux et s’ajuste parfaitement dans le cadre. La batterie amovible 48 V possède un mode fast charge qui permet de récupérer 80 % en 1h30 de temps. Elle alimente un puissant moteur 48 V / 250 W logé dans la roue arrière. Ce choix de Coleen permet, d’après eux, de ne pas perdre de puissance : le moteur entraîne directement la roue qui est attachée à la courroie — et donc aux pédales. Le tout est relié à un ordinateur de bord minimaliste, affichant la vitesse et l’autonomie ainsi que le mode d’assistance choisi — un port USB vous permettra de recharger votre smartphone.

En clair, entre la conception entièrement française, les matériaux de luxe comme le carbone (qui, peut-être, tire le prix vers le haut pour un gain minime…) et le duo électronique propulsant l’engin, on sait au moins que Coleen ne survend pas son vélo. Mais que vaut-il sur la route ?

Le couple transmission à courroie + moteur puissant // Source : Louise Audry pour Numerama

Un vélo grisant

Comme pour tous nos tests, nous avons fait plusieurs trajets avec le Coleen dans Paris et en banlieue parisienne, comptant au total pour une soixantaine de kilomètres parcourus, avec d’importants dénivelés. Nous testons également toujours les vélos dans les conditions les plus stressantes, aux heures de pointe où livreurs, automobilistes seuls dans leurs SUV et autres deux roues motorisés sur les pistes cyclables tentent d’entraver votre progression. Et disons-le d’emblée : le Coleen est l’un des vélos électriques les plus grisants qui nous aient été donnés de tester.

Nous avions un peu peur du choix de la marque de déporter le moteur dans la roue arrière, ce qui entraîne souvent un décalage entre le pédalage et l’entrée en action de la motorisation. Ici, ce n’est absolument pas le cas : le moteur de Coleen est extrêmement réactif et un quart de tour de pédale suffit à lui donner la consigne de s’activer. Et quelle activation ! Un peu à la manière d’un VanMoof et son bouton boost, on sent une poussée particulièrement plaisante à l’accélération, permettant au cycliste toujours soucieux de sa sécurité de démarrer bien avant les voitures et la plupart des motos thermiques.

La selle sur tige suspendue peut ne pas être en cuir // Source : Louise Audry pour Numerama

Ce souci du plaisir de rouler est reproduit de la même manière à l’autre extrémité du spectre : le moteur en s’arrête pas net à 25 km/h, ce qui provoquerait une sensation désagréable. Coleen a préféré lisser la courbe d’assistance en jouant avec l’inertie, comme le fait Bosch : plus vous approchez des 25 km/h, moins le moteur vous aide s’il ne détecte pas un effort démesuré (comme une montée). Résultat, on a cette impression d’accélération linéaire, qui se poursuit même après les 25 km/h. Car comme sur tous les vélos à assistance électrique, la limite maximale du moteur ne concerne pas vos jambes : sur du plat et un beau goudron permis par la piétonnisation des berges de Seine, nous sommes montés à 38 km/h au compteur en adoptant une conduite sportive.

Et c’est tout ce qui nous a plu sur le Coleen : ses airs de vélo antique cachent en réalité une petite bête nerveuse, parfaitement adaptée à la conduite urbaine la plus exigeante. Quand on parvient à contenter ces cyclistes qui aiment freiner avec des freins puissants et repartir à toute vitesse juste après, alors on peut contenter tous les autres. Pour une ballade apaisée, en assistance moyenne, le Coleen fait tout aussi bien le travail et la selle sur tige suspendue vous permettra d’amortir chaque secousse des pavés ou irrégularités de votre ville.

Peut-on lui trouver des défauts ? Oui. Le premier est que sur notre modèle à pignon fixe, il nous a été impossible de déclencher le moteur sur l’un de nos dénivelés de test (le plus raide). Il est possible d’opter pour une option à vitesses, mais le modèle standard va buter sur des rampes de parking souterrain, n’ayant pas assez d’action des pédales pour décider d’activer le moteur. Un vélo électrique équipé de nombreuses vitesses passe très facilement cette étape.

Le cadre existe en 3 tailles pour s’adapter à toutes les morphologies // Source : Louise Audry pour Numerama

Le second, c’est le côté connecté. Même si Coleen compte maintenir dans le temps son vélo et apporter des services haut de gamme (tracking GPS + GSM, notamment), on peine à voir l’intérêt d’un écran aussi grand dans le cadre. Il n’affiche que quelques informations qui auraient pu tenir sur une intégration plus maline (des petites diodes, comme chez VanMoof ?) et ne saura, de toute façon, pas remplacer votre cher smartphone. Vous voudrez toujours utiliser vos apps parfaitement conçues et intégrées dans votre routine (navigation GPS, apps de sport…) plutôt que celles d’un constructeur tiers. Dès lors, cet espace aurait pu être utilisé différemment.

Pour autant, ces défauts ne se remarquent pas au quotidien. On les souligne, parce qu’on se dit qu’un tel produit devrait être irréprochable, que ses concepteurs auraient dû penser à tout. Force est de constater que les vélos connectés, au-delà de l’effet de mode, peinent à justifier l’électronique qu’ils embarquent, même dans l’ultra haut de gamme. Au moins, Coleen a eu le bon goût de ne pas rendre l’usage de l’app obligatoire.

En bref

Coleen Opale

Note indicative : 4/5

Difficile de noter un produit de luxe. Bien entendu, son prix est trop élevé pour le service rendu — rouler d’un point A à un point B. Mais la proposition de l’entreprise française est-elle trompeuse ? Assurément pas. Vous ne sentirez pas à l’usage que votre vélo a été conçu à Biarritz, mais vous saurez en revanche parfaitement reconnaître toute la qualité du produit sur la route. Chaque composant, chaque réglage, est parfaitement ajusté pour vous donner une sensation grisante en vélo à assistance électrique.

En bref, on peut se rassurer en disant que Coleen n’a pas fait du luxe pour faire du luxe. À chaque instant, proposer une expérience complète sur la route a été au cœur du projet de ce vélo audacieux. Il ne conviendra pas à toutes et tous, ne se vendra assurément qu’à une niche de clients, mais saura les rendre heureux au-delà de l’idée même d’avoir dépensé pour un bel objet.

Top

  • La conduite grisante
  • Le style du vélo
  • L'artisanat made in France

Bof

  • Le prix
  • Le carbone était-il judicieux ?
  • L'écran trop central pour son usage

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