Toyota affiche des bénéfices records, pourtant le constructeur vient de remplacer son PDG Koji Sato par son directeur financier, Kenta Kon. Une décision qui ne va probablement pas améliorer la place de la voiture électrique dans la stratégie du groupe.

Toyota change de capitaine en plein succès. L’adage veut pourtant qu’on ne change pas une équipe qui gagne. Le constructeur japonais a conservé sa place de numéro 1 mondial de l’automobile malgré les embûches de 2025. Anticipe-t-il un retournement de situation en 2026 ?

Le 6 février 2026, Toyota a annoncé le départ de son PDG, Koji Sato, après seulement trois ans de mandat. À sa place ? Kenta Kon, l’actuel directeur financier (CFO). Passer d’un ingénieur passionné de produit à un expert des bilans comptables n’est jamais un hasard. Surtout quand le monde entier (sauf Toyota, visiblement) a les yeux rivés sur la fin du moteur thermique. Le média Nikkei Asia qualifie même l’annonce de « décision surprise », surtout que Koji Sato ne quitte pas l’entreprise.

Toyota s’accroche à l’hybride

Sur le papier, Toyota est une machine de guerre. Les prévisions de ventes de véhicules hybrides et hybrides rechargeables ont été revues à la hausse et les bénéfices de l’entreprise devraient suivre la même courbe. En Amérique du Nord, les ventes grimpent, portées par le succès des modèles hybrides après l’arrêt des subventions pour les voitures électriques.

Future gamme électrique Toyota en 2021 // Source : Toyota
Future gamme électrique Toyota en 2021 // Source : Toyota

Mais c’est là que le bât blesse. Pour Toyota, l’hybride est devenu une zone de confort si lucrative qu’elle en devient paralysante. En nommant Kenta Kon, le message envoyé aux investisseurs est limpide : Toyota va optimiser les coûts, protéger les marges face aux taxes de Trump, et continuer à vendre des RAV4, Corolla et autres hybrides jusqu’au bout.

La marque ne ferme pas la porte aux autres technologies, y compris l’hydrogène. Elle multiplie d’ailleurs les promesses non tenues sur l’électrique depuis plusieurs années pour ne pas décrocher, mais l’entreprise n’y croit pas vraiment.

Koji Sato avait promis de poursuivre l’électrification de Toyota

À son arrivée à la tête de l’entreprise en 2023, l’une des missions de Koji Sato était d’accélérer le 100 % électrique pour rattraper le retard colossal accumulé face à Tesla et aux ogres chinois comme BYD, qui ose même s’attaquer désormais au marché japonais. Il parlait de nouvelles plateformes dédiées, de « BEV Factory » et de révolution logicielle. Pour autant, Koji Sato n’a jamais été convaincu par le rôle de la voiture électrique dans le monde.

Sa mise à l’écart – enfin, son transfert vers un poste de directeur des opérations industrielles – ressemble quand même à un désaveu. La situation n’a que peu évolué sur le 100 % électrique. Toyota propose de nouveaux modèles, mais sa part de marché sur le secteur reste anecdotique.

Toyota présentait en avant-première au salon de Lyon la C-HR+ // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Toyota présentait en avant-première au salon de Lyon la C-HR+ // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Pourquoi ce changement de direction est risqué

Pendant que Toyota peaufine ses seuils de rentabilité avec un financier aux commandes, le marché mondial change :

  • La Chine n’attend pas : BYD et consorts inondent le monde de véhicules électriques abordables et technologiquement supérieurs sur l’infodivertissement.
  • Le retard logiciel : En remisant l’ingénieur au placard, Toyota risque de délaisser la partie « Software-Defined Vehicle » (le véhicule défini par le logiciel), là où se joue la vraie valeur de demain.
  • L’effet Nokia : À force de dire que « le marché n’est pas prêt » (ce qui aide bien à écouler ses stocks d’hybrides), Toyota prend le risque d’être le constructeur qui avait raison sur le passé, mais tort sur le futur.

Nommer un dirigeant financier ne pousse généralement pas les entreprises dans une phase d’innovation produits, voire de révolution technologique. Kenta Kon est probablement l’homme de la situation pour naviguer entre les droits de douane et les taux de change. Mais pour les fans de tech et d’innovation, ce changement de direction a un goût amer et laisse beaucoup d’incertitude pour l’avenir.

Il convient malgré tout d’attendre que le nouveau dirigeant confirme sa vision stratégique, lors de sa prise de fonction en avril.

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