Quinze ans après avoir lancé le pari de la Zoé, Renault vient de franchir un cap plus que symbolique : celui du million de véhicules électriques produits en France. Et « ce n’est que le début », se réjouit François Provost.

En 2021, alors que la Renaulution remettait la production « made in France » au cœur de la stratégie du groupe pour ses voitures électriques, certaines voix affirmaient que c’était une hérésie économique et que ce choix pourrait mener Renault à sa perte face à la déferlante chinoise. « J’ai un très gros doute sur le fait que l’on puisse produire des véhicules électriques très compacts de façon rentable dans notre pays », commentait même Carlos Tavares, alors patron de Stellantis, dans une interview au Figaro en 2023.

Ce vendredi 10 juillet 2026, le groupe Renault prend sa revanche. L’entreprise se réjouit dans un communiqué de presse d’avoir passé le cap du million de véhicules électriques produits en France. Porté par le succès de la R5, le constructeur prouve qu’il est capable de participer à la réindustrialisation du pays tout en terrassant le vieux mythe des citadines non rentables.

La R5, cet accélérateur dont l’industrie française avait besoin

Le grand artisan de ce succès industriel s’appelle Renault 5 E-Tech. Le modèle a été lancé avec la lourde tâche de démocratiser la voiture électrique. La citadine réalise un carton plein : le cap des 100 000 exemplaires produits a été franchi fin 2025, et avant la fin de l’année, la R5 devrait déjà dépasser celui des 200 000. Plus de 70 000 exemplaires ont déjà trouvé preneurs, rien qu’en France.

Infographie de la production d'électrique en France // Source : Renault
Infographie de la production de véhicules électriques en France. // Source : Renault

L’usine de Douai a même dû passer la vitesse supérieure en augmentant ses cadences et en recrutant de nouvelles équipes de nuit. J’ai eu l’occasion de visiter les chaînes de production pendant que les équipes de nuit s’activaient à produire : R5, Mégane E‑Tech, Scénic E‑Tech, Alpine A290, Mitsubishi Eclipse Cross et Nissan Micra. Si les Renault 5 sont forcément les plus présentes sur la ligne d’assemblage, les autres modèles s’intercalent également dans la production, ce qui crée une étonnante variété à observer en remontant les différents postes.

Une Alpine A290 en production dans l'usine de Douai // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Une Alpine A290 en production dans l’usine de Douai. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Mais au-delà du succès d’estime, c’est sur le terrain de la rentabilité que le Losange bluffe son monde. Dans un entretien accordé le 6 juillet aux Échos, François Provost (CEO de Renault Group) a lâché une bombe pour les puristes de la vieille école automobile : « Sur la R5, la R4 et la Twingo, nous faisons des marges positives, et plus élevées que celles de la Mégane ou du Scénic, qui sont pourtant sur un segment supérieur. »

En rationalisant l’architecture technique, en éliminant les coûts logistiques liés aux batteries importées d’Asie et en optimisant l’écosystème local, Renault a renversé la logique historique qui voulait que les petites voitures soient vendues à perte. Un joli pied de nez à tous ceux qui jugeaient que le « made in France » n’était pas suffisamment rentable.

« Ce premier million n’est pas une ligne d’arrivée. Ce n’est que le début ! »

Si ce premier million est célébré à juste titre comme une fierté nationale, la direction garde la tête sur les épaules face à un marché compliqué. Sur son compte LinkedIn, François Provost a profité de l’annonce pour livrer un plaidoyer intéressant à plus d’un titre : « Au fond, ce million de véhicules démontre que la transition électrique n’est pas seulement une révolution technologique. C’est une formidable opportunité pour renforcer la souveraineté industrielle de la France, accélérer sa décarbonation et recréer de l’emploi qualifié dans les territoires. »

François Provost - CEO Renault Group // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
François Provost – CEO Renault Group. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Le patron reste bien sûr particulièrement conscient de la menace qui pèse et demande à l’Europe de se décider à définir une stratégie industrielle claire et compétitive : « Rien n’est acquis face à une concurrence de plus en plus féroce. Nos concurrents chinois bénéficient aujourd’hui d’un avantage de compétitivité de 30 % à 40 % et ont vu leurs parts de marché en Europe passer de 2 % à 10 % en moins de deux ans. Les Européens veulent des voitures électriques accessibles. Nous devons faire en sorte que ces voitures soient européennes, et même françaises. »

Le message envoyé aux législateurs est clair : Renault a fait sa part du travail en investissant 13 milliards d’euros en France depuis 2021 (et promet 13 milliards de plus d’ici à 2030), mais le constructeur ne pourra pas indéfiniment compenser seul les asymétries de concurrence fiscale et énergétique avec la Chine.

Production à l'usine Renault de Douai  // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Production à l’usine Renault de Douai. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

L’histoire retiendra qu’au début des années 2010, la Zoé ou le Kangoo Z.E. passaient pour de douces utopies de laboratoire. En 2026, l’automobile électrique française contribue à faire vivre 39 000 salariés directs et fait rouler une partie de l’Europe. Beaucoup n’y croyaient pas. Le plan, lui, a fonctionné.

Et comme le dit si bien François Provost : « Pour Renault Group, ce premier million n’est pas une ligne d’arrivée. Ce n’est que le début ! » Souhaitons à Renault que la courbe de progression exponentielle se poursuive et l’on pourra rapidement fêter les 2, puis 5, puis 10 millions de véhicules électriques « made in France ».

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