Il existe des interrogations légitimes sur la 5G, que ce soit dans la santé, l'environnement, la surveillance, le piratage ou l'espionnage. Mais dans ce débat circulent aussi des théories du complot et des rumeurs de toutes sortes. En voici quelques-unes, déconstruites.

Depuis que la 5G est devenue un objet de discussion dans l’espace public, l’ultra haut débit mobile a soulevé un certain nombre d’interrogations et de doutes au sein de la population.

Celles-ci peuvent être regroupées dans cinq grandes catégories : des enjeux sanitaires et écologiques d’abord, qui pour les premiers ne sont pas avérés et pour les seconds discutables. Des problématiques de piratage, d’espionnage et de surveillance ensuite, qui dépendront surtout de l’usage qui sera fait de la 5G — ces sujets ne sont pas propres à cette norme de téléphonie mobile, mais ils pourraient prendre une nouvelle dimension à travers elle.

Mais parmi les réflexions dédiées à la 5G circulent aussi des rumeurs et des théories du complot auxquelles il est possible de tordre le cou. Car s’il y des interrogations légitimes sur l’ultra haut débit mobile, dont certains aspects doivent encore être résolus, le débat n’y gagnera rien à être pollué par de la désinformation. Sans prétendre à l’exhaustivité, voici quelques allégations qu’il est possible de balayer.

« La 5G propage le coronavirus »

Il n’existe aucun lien entre les fréquences utilisées par la 5G et la propagation du virus SARS-CoV-2, qui donne la maladie Covid-19.

La 5G consiste à se servir de certaines portions du spectre électromagnétique. Or, les champs électromagnétiques, explique l’Agence nationale des fréquences, sont liés à l’émission d’une particule nommée photon. La lumière visible est par exemple une petite portion du spectre électromagnétique. Il en existe d’autres : l’infrarouge, l’ultraviolet, les micro-ondes, les ondes radio, les rayons X, etc.

En ce qui concerne le SARS-CoV-2, il s’agit d’un agent pathogène appartenant aux virus. Il est visible au microscope électronique et, comme le rappelle l’OMS, sa propagation se fait par les gouttelettes respiratoires projetées par la parole, la toux ou l’éternuement — d’où le rôle des gestes barrières, comme le masque, pour limiter ce risque. L’infection peut aussi avoir lieu en touchant une surface contaminée puis son visage.

Le SARS-CoV-2 a une origine biologique et sa transmission se fait essentiellement par des gouttelettes contenant le virus. // Source : NIAID-RML

Preuve qu’il n’y a aucun rapport entre le coronavirus et la 5G, il suffit de constater la présence de la maladie dans de nombreux endroits du monde où il n’y a pas le moindre début d’un bout de réseau 5G. C’est le cas de la France, où il n’existe que quelques stations expérimentales en métropole, mais aucune en outre-mer. Or, la maladie sévit pourtant là-bas, parfois violemment, comme à Mayotte ou en Guyane.

Comme nous l’expliquions mi-avril lorsque des actes de vandalisme d’antennes 5G ont été rapportés, une carte a circulé en France en rapprochant prétendument la propagation de la maladie avec le déploiement de la 5G. Sauf que cette carte montre en fait l’évolution du réseau national en fibre optique et l’ultra haut débit mobile n’est pas lancé en France. Elle a même du retard à cause du coronavirus !

« La 5G provoque des lésions de l’ADN »

Il s’agit d’une rumeur signalée notamment par Korii. C’est affirmation ignore pourtant le fait qu’à ce jour, a rappelé le gouvernement le 22 septembre, « l’expertise nationale et internationale ne conclut pas à l’existence de risques sanitaires liés à une exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile, dès lors que les valeurs limites d’exposition du public […] sont respectées ».

Il peut y avoir des effets sanitaires dans des conditions spéciales, en laboratoire, lorsque les valeurs limites d’exposition du public ne sont pas respectées. Cela occasionne alors un échauffement des zones du corps qui sont exposées. Mais c’est pour éviter qu’un tel effet thermique ne se produise que des seuils réglementaires ont été fixés, très éloignés des mesures en labo, et que des contrôles ont lieu régulièrement.

Les connaissances scientifiques actuelles indiquent que les ondes envisagées pour les télécoms ne sont pas assez énergétiques pour causer des lésions aux cellules ou à l’ADN. // Source : Pixabay/CC0

Il s’avère que plus une onde électromagnétique a une fréquence élevée, plus elle contient de l’énergie.

Or, les ondes utilisées pour les télécoms se situent plutôt dans des segments bas du spectre, à la différence des rayons X (utilisées dans l’imagerie médicale) ou ultraviolets (qui sont la cause du bronzage ou, en cas d’excès, du cancer de la peau). Les ondes pour la téléphonie mobile occupent d’ailleurs des segments qui sont moins énergétiques que la lumière visible, celle à laquelle on est exposés en permanence.

Dans un rapport intitulé Déploiement de la 5G en France et dans le monde : aspects techniques et sanitaires, et remis en septembre 2020, il est rappelé que les ondes pour la téléphonie mobile sont des rayonnements dits non ionisants. Ils «  ne sont donc pas a priori considérés comme susceptibles d’induire [des] effets délétères », comme des lésions au niveau des molécules ou bien de l’ADN.

« Des décisions ont été prises lors de l’état d’urgence pour généraliser la 5G »

Cette affirmation a notamment été dite par Corinne Lepage, ex-députée européenne et ex-ministre de l’environnement. « Pendant la crise du Covid-19, le gouvernement viole discrètement les principes de prévention de précaution. Une ordonnance du 26 mars généralise là 5G en supprimant toutes les protections sanitaires existantes et malgré l’avis très réservé de l’Anses. Ils n’ont rien compris », écrit-elle.

Dans son tweet du 6 avril, l’intéressée fait référence à une ordonnance parue au Journal officiel du 26 mars, et intitulée ordonnance n° 2020-320 du 25 mars 2020 relative à l’adaptation des délais et des procédures applicables à l’implantation ou la modification d’une installation de communications électroniques afin d’assurer le fonctionnement des services et des réseaux de communications électroniques.

Comme a eu l’occasion de le démontrer Libération, ce n’est pas exact : sollicitant pour avis l’Agence nationale des fréquences et Alexandre Archambault, avocat spécialisé dans les télécoms et le numérique, le journal explique qu’il s’agit de requérir l’accord de l’ANFR pour l’installation d’une nouvelle antenne seulement si elle nécessaire pour assurer la continuité de service. Une explication confirmée par le régulateur des télécoms.

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Le coup d’envoi de la 5G en France ne surviendra que fin 2020, voire début 2021. L’ANFR sera chargée de vérifier que les installations respectent les exigences réglementaires en matière d’émission et d’exposition. // Source : ANFR

Il n’est certes pas impossible que pendant ces opérations des équipements déployés lors de cette période soient aussi compatibles avec la 5G et puissent dans le futur être utilisés en partie dans cette technologie, écrit l’autorité de régulation, mais l’ordonnance n’a pas spécialement pour objet de déployer l’ultra haut débit. Il n’y a en tout cas pas de secret, car cela paraît au Journal officiel, qui est consultable par tous.

Dans les faits, les opérateurs ne sont pas en outre jetés sur l’assouplissement conféré par cette ordonnance. Le 13 avril, soit environ deux semaines et demie après sa parution au JO, une seule demande a été déposée dans le cadre du dispositif d’urgence, sur une antenne existante — il faut dire que les entreprises du BTP étaient elles aussi touchées par la réalité du confinement. L’état d’urgence sanitaire a pris fin le 10 juillet, à minuit.

« La 5G menace la neutralité du net (et inversement) »

Principe clé des réseaux, la neutralité du net énonce que tout le trafic qui circule sur le réseau doit être traité de manière égale, c’est-à-dire sans discrimination, limitation ou interférence, quel que soit le destinataire, l’expéditeur, le type, le contenu, l’appareil, le service ou l’application. Quelques exceptions sont admises, si elles sont ciblées et ponctuelles, et justifiées pour des raisons techniques ou de sécurité.

Dès 2018, le président de l’Organe des régulateurs européens des communications électroniques (Berec), qui rassemble les autorités de régulation des télécoms du Vieux Continent, Johannes Gungl, a balayé l’hypothèse que la neutralité du net serait un frein à la 5G. Selon lui, le cadre fixé en Europe à travers le règlement sur l’Internet ouvert voté en 2015, et affiné en 2016 par des lignes directrices, est le bon.

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Dans le fixe comme dans le mobile, la neutralité du net s’impose. En Europe, du moins. // Source : Coyotechnical

« Selon nos conclusions, il n’y a pas de preuve sur la table [que la neutralité du net puisse être un frein à la 5G, NDLR]. Nous n’avons vu, jusqu’à présent, aucun cas d’utilisation qui ne serait pas possible dans le cadre des règles existantes. Par conséquent, nous pensons que le cadre actuel de la neutralité du réseau est suffisamment souple pour la 5G ». Et le fait qu’en Europe, plein de pays basculent dans l’ère 5G.

En France, l’autorité de régulation des télécommunications (Arcep), qui est membre du Berec, l’a aussi rappelé : la neutralité du net est un principe « indépendant de la technologie sous-jacente », qu’il s’agisse de la 4G, de l’ADSL, de la fibre optique, de la 5G, et des autres modes de connexion actuels ou futurs. Il n’y a pas « d’incompatibilité de principe ». Ce principe « restera donc garanti ».

« La 5G est un prétexte pour forcer les gens à changer de smartphone »

Selon une enquête conduite en 2018 par l’UFC-Que Choisir, les Français changent en moyenne de smartphone tous les trois ans. Et dans un cas sur cinq, il était même prévu de le faire dans moins d’un an. Le fait est que les mobinautes changent déjà assez souvent de smartphone pour diverses raisons et pour des critères qui ne sont pas forcément liés à la 5G (marque, prix, mémoire, taille, photo, solidité, etc.).

Il est tout à fait possible de « refuser la 5G », du moins dans un premier temps, en refusant d’acheter un nouveau smartphone. En effet, l’accès à l’ultra haut débit nécessitera, dans un premier temps du moins, d’acquérir un terminal compatible avec la bande de fréquence qui sera utilisée prioritairement (3,5 GHz). Cependant, il faut s’attendre à ce que tous les futurs smartphones finissent par être compatibles, tôt ou tard.

À plus long terme, l’opposition à la 5G sera effectivement difficile dans la mesure où les forfaits 5G remplaceront progressivement les abonnements 4G. Idem pour le catalogue des smartphones. En outre, la 5G se déploiera petit à petit sur de nouvelles bandes de fréquences. Outre des segments qui n’étaient pas encore dévolus à la téléphonie mobile, il est envisagé de recycler les bandes utilisées en 2G, 3G et 4G pour la 5G.

Samsung Galaxy S20 5G
Plusieurs smartphones compatibles 5G sont disponibles sur le marché, mais la couverture est encore trop faible pour qu’il soit justifié d’en acheter un. // Aaron Yoo

Quoiqu’il en soit, pour un particulier, il n’y a actuellement aucun intérêt à se précipiter sur un smartphone compatible 5G.

Actuellement, aucun réseau commercial n’est actif en France et, même quand ce sera le cas, il sera trop embryonnaire pour être intéressant. En somme, si vous devez renouveler votre smartphone, ce doit être pour une autre motivation (le fait qu’il soit compatible 5G ne sera pertinent que dans quelques années, une fois que la couverture des opérateurs aura vraiment progressé.

Même à court terme, la 5G pourrait s’avérer assez décevante.

Comme le pointe Le Monde, qui fait une synthèse internationale des retours d’expérience, les particuliers qui ont accès à la 5G ne sont pour l’instant pas vraiment bluffés. Il faut dire que les réseaux démarrent à peine et que la 5G n’exploite pas encore toutes les fréquences qui lui sont promises. En outre, les perspectives de la 5G se situent dans l’industrie, pas tant dans la téléphonie mobile grand public.

« 20 000 satellites 5G vont être envoyés dans l’espace »

Une infographie regroupant plusieurs affirmations sur la 5G a été réalisée par Zéro déchet Strasbourg et a circulé en juin 2020 — certaines des allégations qu’elle contient sont d’ailleurs traitées dans ce sujet. Parmi les assertions qu’on y lit figure celle selon laquelle il y aura 20 000 satellites de télécommunication en orbite autour de la Terre qui seront dédiés à l’ultra haut débit mobile.

En France, il n’est pas prévu de passer par l’espace pour acheminer la 5G. C’est vrai pour un horizon relativement lointain. Les opérateurs disposent en effet déjà de très nombreux sites terrestres qu’ils prévoient de mettre à profit pour la prochaine norme de téléphonie mobile. En outre, les installations actuelles en 2G, 3G et 4G auront à terme la possibilité d’être reconverties en 5G, lors du recyclage des fréquences.

Il faut également noter que dans le cadre du plan visant à amener le très haut débit à tout le monde, il est prévu de fibrer tout le pays. Dès lors, une liaison 5G par satellite ne sera pas nécessairement pertinente en France. En outre, ce plan concernera aussi le raccordement des installations terrestres 5G, pour les interconnecter entre elles ainsi qu’avec le réseau national.

Il est exact que certaines entreprises ambitionnent d’envoyer des milliers de satellites dans l’espace, comme Amazon et son projet Kuiper, OneWeb ou bien SpaceX avec Starlink, avec l’idée de fournir des méga-constellations de satellites de télécommunications, notamment pour connecter des régions mal ou pas desservies par les infrastructures terrestres, ou bien dévastées après une catastrophe naturelle.

Ces méga-constellations sont pour l’instant très virtuelles : SpaceX, qui s’avère être le plus actif dans ce domaine, en a mis 775 en orbite, selon des statistiques arrêtées à la mi-septembre. Certes, l’entreprise a suggéré qu’il pourrait y en avoir un jour 42 000, mais ce nombre est à considérer avec prudence, car il n’est pas sûr que la clientèle suive ou que cela soit viable économiquement.

Ces satellites ne sont en tout cas pas spécialement liés à la 5G, rappelle le régulateur des télécoms, en tout cas en France. Par contre, l’arrivée de ces engins, qui circulent à basse altitude pose des problèmes à l’astronomie. Des observations sont gâchées par leur passage, nourrissant des critiques justifiées. De futurs observatoires pourraient devenir inutilisables ou ne pas fonctionner à leur pleine capacité.

« La 5G est néfaste pour les insectes (ou les animaux) »

Tirée de la même infographie, il est affirmé que «  la 5G a un impact négatif sur la vie des insectes. Remettant en cause le bon fonctionnement des écosystèmes indispensables à notre propre survie ». Parfois, les animaux sont parfois mentionnés comme des victimes collatérales de la 5G. Des oiseaux morts ont ainsi été mis en avant, mais la piste d’un banal empoisonnement apparaît plus plausible, rapporte Le Monde.

Sur Facebook, une page d’Extinction Rébellion Strasbourg déclare que la 5G « entraîne la mortalité des insectes », en se basant sur une étude parue en 2018 dans Nature, l’une des plus prestigieuses revues scientifiques. Centrée sur quatre espèces d’insectes, elle entend observer leur absorption de la puissance électromagnétique sur des fréquences allant de 2 à 120 GHz.

Cependant, l’étude a des limites notables : d’abord, la borne haute de l’analyse est placée à 120 GHz, là où il n’est pas prévu d’aller au-delà des 86 GHz dans les télécoms. Cette bande est en outre seulement envisagée. En France, pour l’heure, la bande la plus élevée qui est prévue pour la 5G se situe à 26 GHz. En outre, les auteurs de l’étude ont admis ne pas avoir conduit une analyse thermique complète.

À la limite, si ça peut dégommer les moustiques avant qu’ils ne viennent pomper trois hectolitres de sang… // Source : Pixels

Ainsi, si l’insecte pourrait être « chauffé » par des ondes très énergétiques, il est également rappelé qu’il existe des «  incertitudes sur les capacités thermiques spécifiques des insectes et les mécanismes de dissipation de la chaleur ». L’étude ajoute que cela pourrait  affecter le comportement, la physiologie et la morphologie des insectes, mais ce ne sont que des hypothèses théoriques non démontrées.

Cette étude, qui se présente comme la première du genre, requiert que soient conduites des recherches supplémentaires, en particulier sur des bandes de fréquences exploitées effectivement par l’industrie des télécoms. En outre, il reste à montrer qu’une modification du comportement, de la physiologie ou de la morphologie d’un insecte, si elle a bien lieu, a une incidence sur leur mortalité.

Quant aux expériences impliquant des rongeurs, dont Le Monde se fait l’écho, elles sont à considérer avec prudence : une augmentation des risques de tumeurs cardiaques a été évoquée dans un rapport américain, mais aucun lien de causalité n’a pu être trouvé. En outre, les conditions des tests ne permettent pas de transposer ces résultats à l’homme, dont l’exposition aux ondes est moindre et ponctuelle.

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