Alors qu’il est accusé d’avoir conversé avec Vladimir Poutine en pleine guerre contre l’Ukraine, Elon Musk s’amuse avec sa bouteille de parfum à l’odeur de poils brûlés. Il est temps de sérieusement s’inquiéter.

Quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt. Dans le cas d’Elon Musk, c’est plutôt l’inverse : l’imbécile montre le doigt pour détourner l’attention de l’astre.

Alors que le milliardaire est soupçonné d’avoir partagé la propagande du Kremlin après avoir discuté en personne avec Vladimir Poutine, Musk utilise son compte Twitter à 108 millions d’abonnés pour partager, le 12 octobre 2022, la dernière création absurde d’une de ses entreprises : la vente d’un parfum à l’odeur de « poils brûlés ». Le produit est mis en ligne sur le site officiel de The Boring Company, sa société de construction de tunnels pensés pour accueillir des hyperloops, des trains à très grande vitesse.

Il n’a pas fallu 48 heures pour que 20 000 fans aveuglés se ruent sur le produit à 104 euros pièce. Musk y a gagné deux millions de dollars, mais surtout une forte couverture presse, qui lui a permis de saturer de nouveau l’espace médiatique par sa personne. Et, faire parler d’autres choses que ses égarements géopolitiques.

Elon Musk ne fait plus rire, mais il devrait inquiéter

Disons-le immédiatement : Musk n’a pas attendu d’être soupçonné de collusion avec la Russie pour faire la promotion d’objets saugrenus. C’est par l’entreprise Boring Company qu’il avait déjà commercialisé en 2018 un lance-flamme qui s’était aussi vendu à 20 000 exemplaires. À l’époque, on s’interrogeait déjà sur cette obsession de l’homme le plus riche du monde pour les produits dérivés décalés (des bières au sifflet, en passant par la planche de surf et la Tequila ou encore le mini-short).

Il y a quatre ans néanmoins, Elon Musk n’avait pas encore basculé dans l’extrême omniprésence, mettant son nez dans les conflits géopolitiques les plus graves et complexes du moment. Le milliardaire est de toutes les affaires, a un avis sur tous les conflits, pense qu’il peut tout changer grâce à ses merveilleuses idées — le plus inquiétant étant qu’il puisse réellement tout changer, mais uniquement grâce à son immense fortune et l’absence totale de contradiction qu’on lui oppose.

Il n’y a qu’à lire ses échanges SMS privés pour s’en rendre compte : Musk ne s’entoure que d’hommes complètement fans de lui, qui l’encensent dès qu’il ouvre la bouche et abondent dans son sens à chacune de ses idées les plus controversées. Sa dernière obsession en date : le rachat de Twitter, plateforme qui lui a permis d’asseoir sa domination médiatique en amplifiant sa parole, mais qu’il estime être trop orientée à gauche (alors que ses algorithmes favorisent en fait les propos de droite, et qu’il l’utilise régulièrement pour crier sa haine des personnes « wokes » et taper sur les personnes trans).

Une recherche
Une recherche « Elon Musk » sur Google.fr ce 13 octobre permet de mesurer le grand écart médiatique. // Source : Capture d’écran Google

Elon Musk est, comme Donald Trump en 2016, le même produit d’un écosystème numérique malade, qui a porté aux nues des bouffons divertissants parce qu’ils faisaient le show et permettaient d’engranger des clics. Le retour de bâton est catastrophique : une poignée d’hommes concentre les richesses, l’influence, le pouvoir, mais capte aussi désormais une grande partie de notre temps d’attention.

Le mélange des genres n’a jamais été aussi frappant : d’un jour à l’autre, on parle d’une des plus grandes trahisons géopolitiques, puis d’une fragrance « poils brûlés », puis de la destruction potentielle de la plateforme la plus influente du monde politico-médiatique. On bondit d’actualités en actualités comme des sauterelles extatiques en mal de divertissement, oubliant qu’il s’agit là de décisions d’un seul et unique homme.

Des experts commencent à suggérer que s’il tenait vraiment à sauver Tesla et SpaceX, Elon Musk devrait se mettre en retrait de leur présidence, afin de leur permettre de continuer à apporter des innovations salutaires pour la qualité de vie des femmes et hommes, ainsi que pour la recherche et la science.

Si l’on envisage aujourd’hui de préserver des entreprises, peut-être faudrait-il accorder le même degré d’attention à nos sociétés démocratiques, afin de les préserver, elles aussi, des milliardaires erratiques.


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