L'UNEP, le programme environnemental des Nations Unies, a publié un rapport analysant les plans de relance de 50 grandes économies. Il s'avère que les budgets alloués à la relance ne s'inscrivent pas assez dans un programme durable.

La pandémie liée au coronavirus SARS-CoV-2 a aussi eu, comme effet secondaire, de mettre en exergue notre impact désastreux sur l’environnement. Pendant les confinements de 2020, nous avons réduit notre bruit sismique ; la pollution a temporairement baissé ; sans compter que notre rapport à la nature a été remis en perspective (les zoonoses épidémiques proviennent de l’exploitation des animaux sauvages). Mais, malgré les prises de conscience potentielles, et malgré la chute de la pollution mondiale, une crainte restait de mise : les plans de relance pourraient être des désastres environnementaux.

C’est justement l’impact écologique des plans de relance qu’a étudié l’UNEP, le programme environnemental des Nations Unies ; en partenariat avec l’Observatoire mondial de la relance basé à Oxford. Cela se traduit par un rapport, publié ce 10 mars 2021, et intitulé Reconstruisons-nous mieux ? Données de 2020 et pistes pour des dépenses incluant une relance écologique. Quelles sont les conclusions et alertes dressées par ce document ?

18 % des dépenses de relance sont écologiques

De nombreux pays du monde s’étaient engagés à une « relance verte ». Il se trouve même qu’une quarantaine de grandes villes, dont Paris, ont passé un accord international destiné à guider une reprise écologique après les confinements.

La Tour Eiffel // Source : Wikimedia Commons/Tony Grist

Le rapport de l’UNEP, qui se penche justement sur les budgets des programmes de relance déployés par 50 grandes puissances économiques, montre que seulement 18 % des dépenses annoncées peuvent être considérées comme « vertes » (368 milliards de dollars sur les 14 600 milliards prévus). Pour l’UNEP, il s’agit alors de faire un constat difficile : les budgets ne sont pas à la hauteur des engagements pris par les pays pour reconstruire les économies de manière plus durable face à la crise climatique.

Sur les 368 milliards de dépenses « vertes », on retrouve entre autres 86 milliards pour les transports (électriques, vélos, zones piétonnes…), 66 milliards dédiés à l’énergie bas carbone (notamment en Espagne et en Allemagne), ou encore 35 milliards pour une meilleure efficace énergétique des bâtiments (particulièrement en France et en Angleterre). Cela reste grandement insuffisant.

Pour la directrice exécutive de l’UNEP, Inger Andersen, l’humanité étant confrontée à la fois à une pandémie, à une crise économique et à un effondrement écologique, « nous ne pouvons nous permettre de perdre sur aucun front ». L’UNEP estime en effet qu’une reconstruction la plus « verte » possible aurait l’avantage de garantir une bonne santé économique tout en répondant aux inégalités sociales et aux objectifs environnementaux urgents.

Quant à Brian O’Callaghan, auteur principal du rapport, il estime que les quelques mesures positives prises par certaines puissances ne répondent pas encore au besoin de «  reconstruire mieux ». En revanche, il n’estime pas que toutes les opportunités soient encore perdues : « Les occasions de dépenser judicieusement pour la relance ne sont pas encore passées. Les gouvernements peuvent profiter de ce moment pour garantir une prospérité économique, sociale et environnementale à long terme ».

5 questions clés pour la relance écologique

L’UNEP dresse 5 questions que les budgets de relance doivent se poser afin de devenir plus écologiques :

  • Alors que les pays engagent des ressources sans précédent pour la relance, quels sont les enjeux ?
  • Quelles pistes de dépenses pourraient renforcer à la fois la reprise économique et la durabilité environnementale ?
  • Quel est le rôle des budgets de relance dans la lutte contre les inégalités qui ont été exacerbées par le Covid-19 ?
  • Quels types d’investissements de relance les pays réalisent-ils actuellement pour lutter contre le changement climatique, l’effondrement écologique et la pollution ?
  • Que faut-il faire de plus pour assurer une reprise durable et équitable ?

« Ce rapport est un signal d’alarme. Les données de l’Observatoire mondial de la relance montrent que nous ne reconstruisons pas en mieux, du moins pas encore. Nous savons qu’une reprise verte serait une victoire pour l’économie comme pour le climat — nous devons nous y mettre maintenant », conclut le professeur d’économie durable Cameron Hepburn.

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