Une nouvelle étude apporte de solides preuves que l'extinction des dinosaures a été provoquée par l'impact de la météorite, et non à cause des éruptions volcaniques. Toutefois, contrairement à l'affirmation des chercheurs, la question reste ouverte.

En archéologie, l’extinction des dinosaures n’est pas une question fermée. Les indices sur la cause exacte ne permettent pas de tirer une conclusion définitive. Les deux pistes privilégiées par les scientifiques sont les éruptions volcaniques et/ou une météorite : les traces géologiques attestent que ces deux événements sont survenus quasiment au même moment, il y a 66 millions d’années. La datation commune pointe vers la fameuse « extinction Crétacé-Paléogène » (K-Pg), qui a signé la mort des dinosaures et plus globalement la fin des trois-quarts de la biodiversité terrestre.

Une étude parue ce 17 janvier 2020 dans le journal Science affirme apporter des preuves que la météorite est bel et bien la seule et unique coupable de cette extinction de masse. Si les recherches de ces géologues de l’université de Yale sont aussi intéressantes que solides, il faut prendre les conclusions avec quelques pincettes.

Les trapps du Deccan. // Source : Rajgad Fort / Pabe Ghat

Les effets des éruptions trop antérieurs à l’extinction

La thèse d’une mort quasi subite des dinosaures causée par un astéroïde massif provient de la découverte d’un cratère, au début des années 1990, dans la péninsule du Yucatán au Mexique. Les datations permettaient de corréler cet impact de météorite avec l’extinction Crétacé-Paléogène.

Cette découverte n’a toutefois jamais totalement évincée l’idée qu’une suractivité volcanique pourrait être la cause ou a minima l’une des causes. Les volcans de la province magmatique des trapps du Deccan, en Inde, sont entrés en éruption il y a 66 millions d’années. Ils ont éjecté des kilomètres de lave ainsi que des gaz tels que du dioxyde de carbone et du dioxyde de souffre. Cette surabondance magmatique et gazeuse aurait provoqué un changement climatique de grande ampleur et, en finalité, la Terre serait devenue inhabitable pour les dinosaures. L’impact d’une météorite, dans ce contexte, n’aurait qu’« achevé » le travail.

Le dégazage volcanique commence et se termine avant l’impact de la météorite

Dans leur étude, les chercheurs de Yale expliquent avoir modélisé le cycle des émissions gazeuses, en corrélation avec les paléotempératures de l’époque, pour mieux comprendre le dégazage provoqué par les volcans il y a 66 millions d’années. Car il est plus probable que la cause de l’extinction soit les gaz et non la lave. Les données qu’ils tirent de leur simulation concluent que le pic de dégazage « commence et se termine nettement avant l’impact » de l’astéroïde. Or, les preuves sont solides quant à un effondrement colossal de la biodiversité après cet impact. Ce décalage temporel ne laisse pas de place au doute, selon les chercheurs.

La suractivité volcanique a donc bien causé un réchauffement climatique, de l’ordre de 2 degrés, mais dont les effets se seraient dissipés au moment de l’extinction des dinosaures. Les chercheurs combinent cette conclusion avec d’autres indices, comme les sédiments fossilisés au fond des océans : les éruptions des trapps du Deccan n’auraient finalement pas tant que cela été nocives pour la vie marine et les océans auraient connu, bien avant l’extinction de masse, un refroidissement.

La question reste ouverte

De fait, seul l’impact de la météorite coïncide exactement avec cette extinction. « Beaucoup de gens ont spéculé que les volcans ont un lien avec l’extinction K-Pg, et nous affirmons que ‘Non, ce n’est pas le cas », atteste l’un des auteurs de l’étude. Pour eux, il est clair que les éruptions n’ont même pas préparé le terrain de l’extinction : la fin des dinosaures ne serait causée que par l’astéroïde. Ils proposent même une thèse presque inverse, à savoir que le timing du volcanisme aurait aidé la vie à renaître après le cataclysme.

Cette étude fait preuve d’une méthodologie solide. Elle prend en compte les données, découvertes, recherches et théories des quarante dernières années avec beaucoup de précision, ce qui rend les conclusions tout à fait viables. La méthode scientifique réclame ceci dit de ne pas s’emballer : contrairement à ce que les auteurs de l’étude laissent entendre, les résultats ne peuvent encore être considérés comme des faits incontestables.

Ces recherches répondent elles-mêmes à d’autres recherches, publiées encore récemment et qui approfondissaient la thèse du volcanisme comme cause de l’extinction K-Pg. Une étude publiée dans la même revue, Science, en février 2019, affirmait que si l’impact de l’astéroïde était la première cause de l’extinction, celle-ci s’était transformée en extinction de masse à cause des éruptions volcaniques indiennes. Si le nouveau papier publié début 2020 vient contredire de telles conclusions, de nouvelles contradictions peuvent encore apparaître. C’est la preuve d’une seule chose : nous ne savons pas encore ce qui a causé l’extinction. Toutefois, oui, l’étau se resserre.

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