Les enfants nés après une expérience de modification génétique en Chine auraient une espérance de vie réduite de 2 ans. Des scientifiques ont étudié le cas d'individus présentant la même mutation que ces bébés, dont les embryons avaient été manipulés avec la technique CRISPR.

L’espérance de vie des « bébés CRISPR » serait réduite. Deux scientifiques sont arrivés à cette conclusion dans la revue Nature Medicine le 3 juin 2019. D’après eux, les enfants nés après une expérience de modification génétique sur des embryons à la fin de l’année 2018 en Chine risqueraient de connaître une mort précoce. Leur vie pourrait être raccourcie de presque 2 ans en moyenne, note le MIT Technology Review.

Les auteurs se sont intéressés au cas de deux jumelles, dont le chercheur chinois He Jiankui de la Southern University of Shenzhen avait affirmé avoir modifié l’ADN avec succès. Il a utilisé la méthode CRISPR-Cas9, le « ciseau génétique » controversé. D’après He Jiankui, cette méthode allait permettre d’immuniser les futurs enfants contre le VIH, responsable du sida, lorsqu’un des parents est séropositif. La nouvelle étude vient souligner, qu’en dépit de cet « effet protecteur de la mutation contre le VIH », la manipulation est aussi associée à « une espérance de vie réduite ».

CRISPR, la technique du ciseau génétique. // Source : Pixabay, montage Numerama

Comment fonctionne ce ciseau génétique ?

Pour le comprendre, il faut rappeler ce qui s’est passé lors de ce test génétique. La modification a été réalisée sur des embryons : elle a consisté à éliminer un gène, baptisé CCR5. Les scientifiques savent que la mutation de ce gène, connue sous le nom de « mutation CCR5 delta 32 », peut protéger les individus d’une infection par le VIH. C’est ce qui s’est produit pour le patient de Berlin, considéré comme guéri du VIH. Il a reçu une greffe de moelle osseuse : le donneur était porteur de la mutation CCR5 delta 32. Un autre patient semble avoir bénéficié de la même méthode en 2019.

Les deux scientifiques se sont intéressés à cette mutation dans leur étude. Ils ont utilisé les données de la UK Biobank, une collecte de données de santé sur 409 693 individus qui a été réalisée entre 2006 et 2010 au Royaume-Uni. Les chercheurs l’ont exploitée pour « étudier les effets de la mutation CCR5 delta 32 sur la santé », écrivent-ils.

Le récepteur CCR5, en jaune. // Source : Wikimedia/CC/Thomas Splettstoesser (photo recadrée)

Moins de chances d’atteindre l’âge de 76 ans

Résultat : les individus ayant cette mutation avaient « environ 20 % moins de chances d’atteindre l’âge de 76 ans » que les autres. Les individus présentant cette mutation auraient plus de chances d’attraper certaines maladies, comme la grippe ou l’infection au virus West Nile (transmis par les moustiques), comme le souligne Engadget.

Peu après l’annonce de cette expérience, une partie de la communauté scientifique s’était déjà inquiétée pour la santé des enfants. Ce nouveau travail rappelle à quel point cette expérience soulève des problèmes éthiques. « Il n’est pas certain que la mutation delta 32 soit bénéfique. Une mutation peut être avantageuse ou désavantageuse  » en fonction des conditions dans lesquelles elle est réalisée, insistent les auteurs. Les modifications génétiques ne sont pas sans risques, même si elles peuvent être utilisées à des fins qui semblent tout à fait louables.

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