He Jiankui a utilisé la technique CRISPR-Cas9 pour modifier génétiquement des embryons. En l'absence de preuves sérieuses, la communauté scientifique s'inquiète pour la santé des enfants nés après cette manipulation.

La santé de Lulu et Nana, les deux bébés dont un scientifique chinois assure avoir modifié l’ADN avec succès, a peut-être été compromise. Le 29 novembre, le chercheur He Jiankui de la Southern University of Shenzhen a d’ailleurs été contraint de suspendre ses activités de recherche par les autorités chinoises.

Les résultats de cette expérience scientifique semblent pourtant contestables. Comme l’ont relevé nos confrères de The Verge le 29 novembre, He Jiankui n’a ni publié un compte rendu de cette manipulation génétique dans une revue scientifique ni permis à d’autres scientifiques de se pencher sur le cas de ces deux bébés.

Le 26 novembre 2018, He Jiankui assurait qu’il avait réussi une modification génétique sur un des embryons en utilisant la méthode controversée CRISPR-Cas9. Il justifiait cette expérience par la nécessité d’immuniser de futurs enfants contre le VIH responsable du sida, lorsqu’au moins un des parents est séropositif.

La méthode du ciseau génétique a été utilisée sur des embryons. // Source : Pixabay/CC0 (photo recadrée)

Ciseau génétique

He Kiankui a eu recours à la méthode du « ciseau génétique », consistant à couper dans l’ADN à l’aide de l’enzyme Cas9. Le scientifique a utilisé cette technique pour éteindre le gène CCR5, également impliqué dans la seule guérison du sida connue à ce jour.

Des diapositives peu convaincantes

Lors d’un sommet international consacré aux modifications du génome humain, organisé du 27 au 29 novembre à l’université de Hong Kong, le chercheur est venu présenter comment il avait procédé à cette manipulation avec une série de diapositives.

Les documents présentés par He Jiankui lors de ce sommet international. // Source : He Jiankui

Un risque de mosaïcisme : de quoi s’agit-il ?

Interrogé par The Verge au sujet de ces documents, le chercheur australien Gaetan Burgio spécialiste de la génétique estime que ces éléments ne sont pas satisfaisants. «  Je ne peux pas croire qu’il ait réussi, car c’est si mauvais », affirme-t-il.

D’après lui, les enfants nés de cette expérience ne sont probablement pas immunisés contre le VIH. La manipulation de He Jiankui a dû créer ce que l’on appelle le mosaïcisme, c’est-à-dire la coexistence de cellules avec des génotypes différents.

Comme tous les humains, Nana et Lulu ont chaque gène en 2 exemplaires (1 de chaque parent). Seul un exemplaire du CCR5 a été modifié. Selon Gaetan Burgio, cela signifie que les bébés possèdent toujours un gène qui n’a pas été modifié, et que cela ne les immunise donc pas contre le VIH.

Seul un gène CCR5 a été modifié

En juin dernier, des scientifiques ont mis en garde contre les effets possibles d’une utilisation de CRISPR-Cas9 sur le reste du code génétique. Dans la revue Nature, ils ont expliqué que cette modification pouvait empêcher à d’autres systèmes protecteurs de fonctionner correctement — ils évoquent le cas du cancer de l’œil. En 2015, une autre étude évoquait les plus grands risques de mourir de la grippe en cas de mutation du gène CCR5.

Alors que le scientifique a assuré qu’une autre grossesse impliquant des embryons génétiquement modifiés était en cours, la communauté scientifique attend d’avoir la preuve que He Jiankui a bien modifié avec succès l’ADN de Lulu et Nana, sans nuire à leur santé.

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