Des chercheurs chinois utilisent la technique du « ciseau génétique » CRISPR sur des embryons humains. Ils modifient leur ADN pour tenter d'éviter que les futurs bébés soient porteurs du VIH. Au prix de questionnements éthiques inévitables.

Une université située à Shenzhen en Chine réalise des essais cliniques pour tenter de modifier génétiquement des embryons humains. Un document publié le 26 novembre 2018 sur un registre chinois d’essais cliniques mentionne clairement une méthode consistant à modifier un gène.

La Southern University of Science and Technology a proposé à des couples souhaitant avoir des enfants et concernés par la séropositivité de procéder à une modification de l’embryon afin d’éliminer un gène baptisé CCR5. L’objectif avancé est d’immuniser le futur enfant au VIH (responsable du sida).

Le 26 novembre, Associated Press a relayé que 2 jumelles seraient nées après la modification génétique de leurs embryons. Le scientifique He Jiankui, responsable de ce projet, assure qu’une grossesse est arrivée à son terme, sur les 7 couples qui ont accepté les tests.

La méthode du ciseau génétique

Comment ces universitaires chinois procèdent-ils ? Ils emploient une technique connue sous le nom de CRISPR-Cas9. Cette méthode controversée consiste à modifier un patrimoine génétique en coupant l’ADN à l’aide de l’enzyme Cas9. C’est pourquoi on désigne aussi le procédé en utilisant l’image d’un « ciseau génétique » qui a le pouvoir d’éteindre un gène donné.

La méthode CRISPR utilisée pour modifier un gène. // Source : Flickr/CC/Ernesto del Aguila III, National Human Genome Research Institute, NIH

Pourquoi le gène CCR5 ?

En parcourant le document relatif à cet essai clinique, on découvre que le test mené en Chine s’inspire de l’histoire du « patient de Berlin. » Ces mots font référence à Timothy Brown, un Américain qui est le seul patient connu à avoir été guéri du sida. Infecté en 1995, il a été reconnu guéri en 2012 puisqu’il ne montrait plus de signe d’infection depuis 2007.

Timothy Brown a reçu 2 greffes de moelle osseuse en 2007. Le Dr Hütter, qui a eu l’idée de cette intervention, avait recherché des donneurs possédant des cellules immunitaires résistantes au VIH. Dans le monde, seul 0,3 % personnes possèdent cette immunité, entraînée par la mutation d’un gène, CCR5. C’est lui qui intéresse aujourd’hui les chercheurs de l’université chinoise.

La mutation d’un gène qui immuniserait contre le sida

« Grâce à l’édition du gène CCR5 de l’embryon humain dans un système de tests complet, nous prévoyons d’obtenir des enfants en bonne santé en évitant le VIH et en fournissant de nouvelles perspectives pour l’élimination future des principales maladies génétiques chez les jeunes embryons humains » , mentionne le document.

Une fois modifié génétiquement grâce à la méthode du ciseau génétique, l’embryon est inséré dans l’utérus des femmes ayant accepté de participer à l’essai clinique.

Le procédé risque de susciter un vif débat éthique. // Source : Pexels/CC/Martin Lopez (photo recadrée)

D’inévitables questions éthiques

« L’essai clinique en cours est fondé sur la recherche préclinique sur des lignées cellulaires, des modèles animaux et des déchets d’embryons humains, mentionne le document. Il consiste à recruter des parents séropositifs atteints d’infertilité  » — l’université précise que ces personnes sont informées des risques éventuels de ces tests.

D’après le document, cet essai clinique a commencé le 7 mars 2017 et devrait se poursuivre jusqu’à la même date en 2019. Sollicité par MIT Technology Review, le chercheur He Jiankui n’a pas souhaité répondre aux questions de nos confrères. Tout comme les tests censés estimer le futur QI d’un embryon, les travaux menés par les chercheurs de Shenzhen risquent de susciter un vif débat éthique dans la communauté scientifique.

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