Déchue de son statut de planète depuis 20 ans, Pluton occupe toujours une place importante dans l’inconscient collectif, au point que certains voudraient son « retour ». C’est le cas de Jared Isaacman, qui a dit vouloir redorer son blason, réactivant ainsi une vieille polémique qui continue d’agiter le monde scientifique.

« Mon Vieux Toutou Médor Joue Sur Un Nuage. » Voici un exemple de phrase que l’on apprend aux enfants pour qu’ils mémorisent le nom et l’ordre des huit planètes de notre Système solaire. Mais il y a de cela quelques décennies, il fallait trouver d’autres solutions, par exemple, pour rester dans la même ambiance, « Mon Vieux Tonton Marcel Joue Sur Un Nouveau Piano. » Car oui, en ce temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, Pluton était bel et bien une planète.

Depuis 2006, elle a perdu cette place pour être rebaptisée « planète naine ». Une manière de dire qu’elle ne répond pas à l’ensemble des critères pour rentrer dans le club très fermé des planètes telles que nous les connaissons. Une décision qui avait fait grand bruit à l’époque et sur laquelle Jared Isaacman aimerait bien revenir.

Une déclaration politique et polémique

L’administrateur de la NASA a affirmé, lors d’une audition devant des parlementaires américains, qu’il était favorable à une décision visant à redonner son statut à Pluton. Une déclaration avant tout très politique : Pluton est la seule planète à avoir été découverte par un Américain, Clyde Tombaugh, en 1930. En plus, Tombaugh est originaire du Kansas, ce qui est aussi le cas du sénateur républicain Jerry Moran, qui a posé cette question à Jared Isaacman.

Clye Tombaugh, le découvreur de Pluton. // Source : Flickr/CC/K-State Research and Extension, NASA/JHUAPL/SwRI, montage Numerama
Clyde Tombaugh, le découvreur de Pluton. // Source : Flickr/CC/K-State Research and Extension, NASA/JHUAPL/SwRI, montage Numerama

En clair, on a demandé à Isaacman s’il pouvait réhabiliter la star locale et il a dit oui. Mais comment cela peut-il influencer la décision de 2006 ? En réalité, la NASA n’a aucun pouvoir dans ce domaine, c’est l’Union astronomique internationale qui avait décidé de faire de Pluton une planète naine. Jared Isaacman peut bien faire du lobbying en ce sens s’il le souhaite à titre privé, mais la NASA n’a aucun rôle à jouer. La décision de l’UAI avait été prise en vertu de certains critères de définition de ce qu’est une planète :

  • Elle doit tourner autour du Soleil ou d’une autre étoile.
  • Elle doit avoir une forme à peu près sphérique due à sa masse suffisante pour que sa gravité la maintienne dans cet équilibre.
  • Elle doit avoir « fait le ménage » sur son orbite proche pour qu’aucun autre corps comparable ne soit présent.

Dans cette définition, Pluton répond aux deux premiers critères, mais pas au troisième puisqu’on trouve d’autres astres comparables autour d’elle. Ainsi, Éris et Makémaké représentent des mondes quasiment aussi grands que Pluton et pourraient prétendre au même statut. Pourquoi ne pas inclure également les objets transneptuniens comme Ixion ou Sedna ? Sans parler de Cérès, entre les orbites de Mars et de Jupiter, qui présente peu ou prou les mêmes caractéristiques.

Une décision qui ne fait toujours pas l’unanimité

C’est cette multitude de possibles planètes qui a poussé l’UAI à rétrograder Pluton, et ainsi empêcher que les phrases à apprendre par les écoliers ne soient trop complexes. Mais la décision reste contestée, notamment par les Américains qui revendiquent la paternité de Pluton, mais pas seulement.

La planète naine à 1 :17 000 000 d'échelle // Source : GetDigital
Pluton est aussi restée extrêmement populaire parmi le grand public, ce qui pourrait avoir un impact sur sa requalification. // Source : GetDigital

Ainsi, un livre de 2023 écrit par l’astronome français Olivier de Goursac et intitulé « Pluton, la quête, l’exploration, la polémique » revient sur plusieurs faits troublants autour de ce choix. Notamment le fait que les membres de l’UAI étaient très peu nombreux au moment du vote décisif. Il dénonce aussi l’absence des géologues dans le débat, qui auraient eu d’autres critères à faire valoir concernant la définition des planètes. Ce qui aurait pu aboutir, par exemple, à un système à onze planètes avec seulement Pluton, Éris et Makémaké.

En attendant, si Jared Isaacman relance le débat, cela pourrait aboutir à un regain d’intérêt pour Pluton, qui avait déjà connu un pic de popularité en 2015 lorsque la sonde New Horizons avait fourni d’incroyables photos de sa surface et de son fameux cœur.

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