Les océans de la planète sont beaucoup plus dynamiques que ce que l’on pourrait croire. Sous la surface, d’importants courants se manifestent et jouent un rôle majeur dans le maintien de l’écosystème mondial. Parmi eux, l’AMOC : un méga-courant qui circule à travers le globe, et permettant une meilleure répartition de la chaleur entre les eaux froides du nord, et celles plus chaudes du sud.
Mais l’AMOC s’affaiblit. Depuis plusieurs années maintenant, les scientifiques mettent en garde contre les émissions de gaz à effet de serre qui perturbent le climat et fragilisent ce courant. Une nouvelle étude parue mi-avril dans la revue Science Advances ajoute désormais qu’il pourrait perdre 51% de sa force d’ici la fin du siècle, ce qui est encore plus alarmant que les précédentes projections.
83 kilomètres à boucher
Face à cela, une équipe de scientifiques a imaginé une solution : un barrage géant dans le détroit de Béring pour redonner toute sa force à l’AMOC. Ils publient leurs résultats dans la revue Science Advances également où ils cherchent à savoir si cette solution peut être réalisable, et surtout utile.
Commençons par l’aspect technique. Le détroit de Béring est une bande de mer entre l’Alaska et la Russie, étroite de 83 kilomètres à l’endroit le plus fin. Il fut longtemps un passage clé, jalousement gardé entre les deux blocs pendant la Guerre froide, mais il s’agit surtout du point de liaison entre l’océan Pacifique et l’océan Arctique.

Imaginer un barrage ici représenterait un chantier phénoménal, mais d’après les auteurs, ce serait tout de même réalisable. Le détroit est peu profond : il ne plonge qu’à 59 mètres sous le niveau de la mer. À titre de comparaison, la digue de Saemangeum, en Corée du Sud, est profonde de 57 mètres.
Cette même digue mesure également 33 kilomètres, signe que l’on sait aussi construire des structures de ce type de très grande taille. Le détroit de Béring est certes très large, mais en s’appuyant sur les quelques îles au milieu, la construction apparaît envisageable dans l’esprit des chercheurs. Certes, ce chantier aboutirait au plus grand barrage du monde, mais sans être extrêmement éloigné des records actuels.
Un bémol cependant : les autres constructions similaires se trouvent dans des eaux plus calmes et des milieux plus hospitaliers que le froid de l’Arctique. En outre, elles ne relient pas deux puissances mondiales aux relations tumultueuses, voire conflictuelles.
Ça peut marcher, mais…
Même à supposer que cela soit envisageable aussi bien financièrement qu’en termes de génie civil, quel serait l’effet sur l’AMOC ? Pour le savoir, les chercheurs ont modélisé le comportement de l’océan et du courant selon ce scénario. Durant le Pliocène, il y a trois millions d’années, le détroit n’était pas ouvert comme aujourd’hui, donc la force du courant ne se perdait pas vers le Nord. Ils ont estimé qu’avec ce barrage fermant le détroit de Béring, l’AMOC pourrait être renforcé, mais uniquement sous certaines conditions.

Pour que l’effet soit intéressant, il faut que le courant soit encore assez fort. S’il faiblit trop, une fermeture du détroit ne fera que l’affaiblir encore plus. De plus, ce renforcement ne se fera que si, d’ici là, les émissions mondiales de gaz à effet de serre sont réduites. Sinon, l’effet sera nul.
En résumé, ce projet de géo-ingénierie n’est pas une solution miracle, mais plutôt un dernier recours face à l’urgence. Et il ne doit pas représenter une porte de sortie sans autres mesures drastiques à côté.
Enfin, les auteurs préviennent que la construction d’une telle digue aura sans doute un impact conséquent sur la biodiversité locale, mais aussi sur la circulation des navires en Arctique. Des variables à prendre en considération au moment de se lancer dans ce chantier.
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