Dans les vidéos que Sophie Adenot propose pour intéresser le public à l’actualité spatiale, on la voit très à l’aise. Elle se déplace dans la Station spatiale internationale (ISS) comme si elle volait, jongle avec des bouteilles ou joue avec des gouttes d’eau. Tout a l’air si facile dans l’espace, comme si l’astronaute française y était née.
Et pourtant, dans l’espace, le cerveau des astronautes est perturbé sans ses repères habituels, ce qui pourrait même être préoccupant pour de futures missions habitées loin de la Terre. Dans une nouvelle étude parue dans la revue The Journal of Neuroscience, une équipe de scientifiques belges s’interroge justement sur les risques liés à l’absence des effets de la gravité dans l’espace.
Un problème de poids
Le principal point d’attention concerne la microgravité dans l’ISS, qui aurait des effets sur les capacités motrices des astronautes. Ces derniers auraient plus de mal à réaliser des tâches, y compris relativement simples, car leur cerveau ne parviendrait pas à jauger correctement le poids des objets ainsi que leur comportement dans un tel environnement.


Concrètement, quand on prend quelque chose dans la main, qu’on le soulève ou qu’on le laisse tomber, notre cerveau anticipe un comportement particulier. Dans le cas d’un dictionnaire, on s’attend à ce qu’il soit lourd. Or, dans l’espace, sa légèreté causée par la microgravité déstabilise le cerveau. Même chose si on le lâche : on s’attend à ce qu’il tombe vers le bas.
On pourrait se dire que les astronautes finissent par s’habituer à ce cadre physique inhabituel. C’est en partie vrai, mais de vieux réflexes demeurent.
Pour cette étude, les chercheurs ont suivi onze astronautes qui ont passé au moins cinq mois consécutifs dans l’ISS. Ils devaient réaliser des expériences consistant souvent à manipuler des objets tout en se chronométrant. Il a alors été constaté que les astronautes avaient tendance à bouger plus lentement en l’absence de gravité et qu’ils tenaient les objets bien plus fermement que ce qu’ils auraient fait sur Terre.
Des décennies d’habitudes à défaire
Cela est dû à un « bug » de leur cerveau, car ils savent que cet objet leur paraîtra extrêmement léger dans la station, au point où ils pourraient le tenir entre deux doigts sans la moindre difficulté. Mais leur cerveau les a habitués à sentir le poids des choses avec de la gravité terrestre des décennies durant. Leur cortex avait donc « prévu » le poids de l’objet avant qu’il ne soit saisi, ce qui a influencé la saisie.

C’est comme si les astronautes appliquaient spontanément une marge de sécurité au moment de saisir les objets, craignant de les laisser s’échapper à cause des bouleversements causés par l’absence de gravité.
Comment cela peut-il être un problème pour de futures missions habitées ? En fait, ces changements ne posent pas souci dans l’ISS, car les astronautes ont trouvé comment manipuler des objets de manière sécurisée. Au moment de retourner sur Terre, leurs décennies d’habitudes prises avec la gravité reviennent en moins d’une journée. Le fait que le cerveau ne soit pas tout à fait habitué à l’absence de gravité rend le retour à la normale beaucoup plus facile.
Les dangers d’être « en mode Terre »
Mais au moment d’arriver sur une planète comme Mars par exemple, où il existe une gravité deux fois inférieure à celle de la Terre, le risque serait qu’ils repassent immédiatement « en mode Terre ». Cela pourrait avoir un impact sur leur aisance à manier des objets. En effet, si l’absence totale de gravité dans l’ISS demande une adaptation radicale, les différences plus subtiles entre deux planètes pourraient être plus difficiles à appréhender.
L’étude n’a pas pris en compte les retours d’expérience des astronautes qui ont marché sur la Lune (un sixième de la gravité terrestre) durant les missions Apollo. Mais étant donné qu’ils sont peu nombreux, que les séjours étaient courts, et qu’une grande partie des manipulations se faisait avec un lourd scaphandre, les données semblent trop parcellaires pour pouvoir en tirer une conclusion. Peut-être que les humains envoyés prochainement sur la Lune avec Artémis IV (ou lors d’une mission chinoise) pourront apporter quelques réponses avant de se lancer à la conquête de la planète rouge.
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