À 25 milliards de kilomètres de la Terre, les sondes Voyager luttent contre le froid et l’épuisement de leurs batteries nucléaires. Pour éviter le silence définitif, la NASA lance une opération de la dernière chance baptisée Big Bang. Objectif : réorganiser totalement la consommation d’énergie pour gagner de précieuses années de vie interstellaire.

Cela a dû être un crève-cœur pour les ingénieurs de la NASA. Après quasi un demi-siècle de bons et loyaux services, le LECP s’est tu. Le 17 avril 2026, il a été décidé d’envoyer une commande fatidique à la sonde Voyager 1, pour éteindre cet instrument scientifique dédié à la détection de particules à faible énergie (Low-Energy Charged Particles).

Mais si cela a eu des allures de supplice pour le Jet Propulsion Laboratory (JPL), le centre qui veille sur le programme Voyager, il fallait le faire, justement, pour lui permettre de survivre. En effet, l’extinction du LECP entre dans le cadre d’un programme spécial, surnommé projet Big Bang, qui doit prolonger un peu plus encore la durée de vie de Voyager 1 et 2.

Vue d'artiste de Voyager 1. // Source : NASA/JPL-Caltech (image recadrée)
Vue d’artiste de Voyager 1. // Source : NASA/JPL-Caltech

Les équipes qui supervisent Voyager 1 et 2 connaissent depuis longtemps les données du problème : chaque sonde fonctionne grâce à des générateurs thermoélectriques à radioisotope qui convertissent la chaleur du plutonium en électricité. Chaque année, ces piles nucléaires perdent environ 4 watts de puissance.

Sauf qu’après 49 ans d’odyssée dans l’espace, ces générateurs ont bien faibli. Par conséquent, « les marges de puissance sont devenues extrêmement faibles. » Il faut donc prioriser et, donc, déterminer les systèmes et les instruments que l’on peut débrancher pour focaliser l’énergie restante sur l’essentiel, mais aussi le chauffage, capital face au froid intense de l’espace.

En effet, JPL doit faire face à des contraintes opposées : faire des économies d’énergie à bord de Voyager 1 et 2, mais continuer à en consommer de sorte que les sondes ne refroidissent pas au point que leurs conduites de carburant gèlent. Et, accessoirement, continuer à amasser de la science, recevoir des instructions et transmettre ses mesures.

Projet Big Bang : redistribuer autrement l’électricité des sondes

C’est ici que le projet Big Bang entre en scène. Jusqu’à présent, la tactique consistait à couper graduellement des instruments. Concernant Voyager 1, sept instruments sur onze ont été désactivés, tandis que deux autres sont défectueux. Il n’en reste donc que deux opérationnels : un magnétomètre et un récepteur d’ondes de plasma.

Mais une nouvelle stratégie, bien plus radicale, a émergé : plutôt que de continuer à éteindre les instruments un par un jusqu’au silence complet, les ingénieurs prévoient de réorganiser totalement la gestion de l’alimentation électrique. L’idée du Big Bang est de permuter plusieurs dispositifs de bord en une seule opération groupée.

Ainsi, il s’agit d’éteindre d’un seul coup un ensemble d’appareils électriques et de les remplacer par des alternatives moins gourmandes en énergie, sans nuire au chauffage de l’engin ni à sa capacité de collecte et de transmission de données. C’est, en somme, un recâblage logique, pour basculer sur un mode basse consommation.

Tout cela en sachant que Voyager 1 et Voyager 2 se trouvent à 25 et 21 milliards de kilomètres de la Terre.

Voyager 2, le cobaye qui va essuyer les plâtres dès ce printemps

La NASA sait qu’elle avance sur des œufs avec son projet Big Bang. Aussi, pour limiter les risques, l’agence spatiale américaine a un plan de bataille en deux temps : la mise à jour électrique sera d’abord appliquée à Voyager 2, avec des tests en mai et juin 2026. Si les choses se passent bien, on passera alors à Voyager 1 en juillet de la même année.

Pourquoi Voyager 2 en premier ? Parce que la sonde a un peu plus d’énergie en stock et est un peu plus proche, « ce qui en fait un sujet d’essai plus sûr » juge la NASA. Il était de toute façon hors de question de faire la mise à jour en même temps sur les deux sondes. Aussi a-t-il fallu trancher en se basant sur des critères objectifs.

Voyager 2 essuiera donc les plâtres, puis ce sera à Voyager 1, mais le jeu en vaut la chandelle. Si le Big Bang produit les résultats escomptés, il sera peut-être possible de rallumer le LECP sur Voyager 1 — l’extinction de l’outil vise à offrir un an de répit aux ingénieurs pour finaliser ce projet. Il est même évoqué l’hypothèse d’en relancer d’autres ; l’enjeu est donc de taille.

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