Le 13 avril 2026, le Muséum national d’Histoire naturelle a annoncé le lancement en France de « Bugs Matter », une initiative qui propose aux automobilistes de contribuer à la recherche sur le déclin des insectes, encore difficile à mesurer à grande échelle.

Et si les impacts d’insectes sur votre véhicule étaient en réalité…une ressource précieuse pour la science ? Le 13 avril 2026, le Muséum national d’Histoire naturelle a annoncé rejoindre une initiative baptisée « Bugs Matter » — déjà déployée au Royaume-Uni et en Irlande. Renommée « Les insectes, ça compte ! » en France, son but est de mettre en avant la disparition progressive des insectes volants.

Si vous conduisez depuis longtemps, vous l’avez peut-être remarqué : les pare-brise se salissent moins qu’avant. Et ce n’est pas qu’une impression. En mai 2023, l’établissement rappelait un constat alarmant : selon diverses études menées ces dix dernières années, les populations d’insectes ont diminué de 70 à 80 % dans les paysages européens mixtes agro-industriels. Un déclin bien connu, mais qui suscite moins de réactions, ces espèces étant largement considérées comme indésirables.

Pour autant, malgré l’abondance de travaux sur le sujet, les scientifiques peinent encore à estimer précisément l’évolution des populations d’insectes volants. Une difficulté qui tient notamment au manque de données à grande échelle. Mais bonne nouvelle : chacun peut, à son niveau, contribuer à la recherche.

L'initiative Bugs Life Matter arrive en France.  // Source : MNHN
L’initiative Bugs Life Matter arrive en France. // Source : MNHN

En quoi consiste l’initiative « Bugs Life Matter » ?

Les études historiques reposaient souvent sur des pièges entomologiques fixes, en nombre limité ou concentrés sur quelques sites. Difficile, dans ces conditions, d’extrapoler les résultats à grande échelle. Ce constat a poussé les scientifiques à lancer le programme Bugs Matter, afin d’élargir et d’affiner la collecte de données.

Concrètement, la participation est simple : il suffit de nettoyer puis de photographier sa plaque d’immatriculation avec l’application Bugs Matter (Android et iPhone), puis de reprendre une photo à la fin du trajet et de compter les impacts via l’outil intégré.

Si l’on remarque souvent des impacts sur le pare-brise, ils sont en réalité bien plus nombreux au niveau du pare-choc. Surtout, la plaque d’immatriculation présente un avantage clé : ses dimensions sont standardisées sur tous les véhicules. De quoi produire, à grande échelle, des données comparables et scientifiquement exploitables.

L'application Bugs Matter. // Source : MNHN
L’application Bugs Matter. // Source : MNHN

En 2025, en Irlande et au Royaume-Uni, l’initiative a permis d’analyser plus de 25 000 trajets et de mettre en évidence, entre 2021 et 2025, une baisse moyenne de 19% des traces d’insectes par an. Son déploiement en France doit désormais permettre d’obtenir des indications à l’échelle nationale. La saison d’étude s’étend d’avril à septembre, précise le Muséum.

Reste la question de la confidentialité des données. Selon la documentation du projet, outre la plaque d’immatriculation, l’application enregistre aussi le type de véhicule, la vitesse de circulation, la météo ou encore les paysages traversés — autant de paramètres qui influencent l’aérodynamisme et les collisions avec les insectes.

L’application Bugs Matter est gérée par Kent Wildlife Trust, une ONG de conservation britannique responsable du traitement des données. Celles‑ci sont, selon Kent Wildlife Trust, collectées dans le cadre d’une mission d’intérêt public : piloter l’enquête, analyser les populations d’insectes et publier des résultats scientifiques. Le projet assure un stockage sécurisé, avec des accès encadrés, et indique ne pas revendre les données.

Comme pour tout service en ligne, un risque résiduel existe en cas de faille ou de piratage — à mettre en perspective avec l’intérêt scientifique du programme. Car cet enjeu est loin d’être anecdotique : le déclin des insectes fait l’objet d’alertes répétées depuis plusieurs décennies.

Le déclin des insectes, un combat de longue date

Ses causes sont multiples, rappelle le communiqué. Parmi elles, différentes formes de pollution — lumineuse, sonore ou chimique — qui perturbent ou fragilisent ces espèces. La lumière artificielle nocturne, par exemple, désoriente de nombreux insectes et augmente leur mortalité.

L’agriculture intensive joue également un rôle central. Simplification des paysages (disparition des haies, des mares ou des jachères), monocultures, usage massif d’intrants — pesticides, herbicides, fongicides — : autant de pratiques qui détruisent les insectes ou les privent des ressources dont ils dépendent. À cela s’ajoutent la destruction et la fragmentation des habitats, liées à l’urbanisation, aux infrastructures ou encore au drainage des zones humides.

Enfin, le changement climatique et les espèces invasives accentuent encore le phénomène. Modification des saisons, hausse des températures, perturbation des régimes de pluie : ces bouleversements désynchronisent les cycles de vie et favorisent certaines espèces opportunistes, souvent au détriment d’insectes locaux plus spécialisés.

Quelques chiffres partagés par le MNHN // Source : MNHN
Quelques chiffres partagés par le MNHN // Source : MNHN

Pourtant, bien que souvent boudés, les insectes assurent des fonctions écologiques clés : pollinisation (une grande partie des cultures et plantes sauvages), décomposition de la matière organique, recyclage des nutriments, contrôle naturel de certains ravageurs, alimentation de nombreux oiseaux, chauves-souris, poissons, amphibiens…Un effondrement continu des insectes menace donc la production agricole, la régénération des écosystèmes, et toute la chaîne alimentaire, avec des effets en cascade sur de nombreux autres groupes d’espèces.

Les institutions scientifiques (Académie des sciences, CNRS, Muséum, IPBES) considèrent désormais ce déclin comme une urgence de biodiversité, au même rang que celui des oiseaux ou des amphibiens.

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