Considéré comme le pire échec de l’année 2022, Babylon’s Fall ne trahit pas du tout cette réputation. Ce jeu développé par PlatinumGames est tout simplement une honte.

Ma première soirée en compagnie de Babylon’s Fall a tourné au vinaigre. Alors que j’ai voulu lui donner sa chance, en y allant à reculons, certes, un message de maintenance a d’abord eu raison de ma curiosité. Développé par PlatinumGames et édité par Square Enix, ce RPG orienté action s’inscrit dans la catégorie du jeu-service, ces expériences — à la Fortnite pour citer le plus connu — pensées pour durer dans le temps (grâce à des mises à jour régulières) et, surtout, faire de l’argent avec des microtransactions. D’où ces nécessaires heures d’interruption. Soit.

Mes essais suivants ont été un peu plus fructueux et j’ai pu jouer pendant une petite dizaine d’heures à Babylon’s Fall, un temps de jeu suffisant pour se rendre compte à quel point il constitue un immense fiasco. Et qui explique pourquoi les serveurs ressemblent aujourd’hui à un No Man’s Land, malgré une sortie récente (le 3 mars 2022). Quand bien même ce Babylon’s Fall serait free-to-play (il coûte 70 €…), on ne le conseillerait même pas. C’est simple, il n’y a pas grand-chose à sauver de ce projet, en dépit des grands noms qui se cachent derrière. Il pourrait presque être un cas d’école, à montrer à des étudiants pour qu’ils ne le reproduisent jamais.

Babylon’s Fall
Envie de sauter dans le vide // Source : Capture PS5

Qui a validé ça chez Square Enix ?

Mais qui diable a-t-il bien pu valider ce jeu dans les bureaux de Square Enix ? Cette question n’a cessé de me tarauder l’esprit pendant les quelques moments que j’ai accordés à ce Babylon’s Fall, revisite gênante de la Tour de Babel (un épisode biblique). Où, grosso modo, on incarne une Sentinelle censée récupérer des reliques en gravissant le Ziggourat, bien évidemment en plein conflit. Ce peu épais socle narratif, jamais aidé par la mise en scène, devient un prétexte à un empilement de quêtes basiques, jouables en solo ou en coopération (si tant est que vous trouviez des gens).

C’est pénible, manette en mains

Le premier constat accablant est visuel. Certes, les graphismes ne feront jamais un jeu. Mais il y a des limites, notamment incarnées ici par un filtre disgracieux qui rend tout flou. En l’état, Babylon’s Fall ne ressemble vraiment à rien, sinon à une production sortie à la toute fin de l’ère PlayStation 2. Le RPG est tellement vilain, qu’il ferait passer la Nintendo Switch pour un monstre de puissance, et plusieurs titres de son catalogue pour autant de vitrines techniques. La structure n’a pourtant rien de très exigeant à afficher : de simples couloirs qui relient des arènes étriquées et un hub central qui a tué toute notion d’extase. Pour ne rien arranger, les animations sont risibles. Trop souvent, on a l’impression d’incarner un pachydermes. Et c’est pénible, manette en mains, surtout quand on nous demande d’atteindre des hauteurs.

Babylon’s Fall
Oui, on n’y voit rien // Source : Capture PS5

« Selon moi, le principal problème est visuel », estime d’ailleurs Dashiell Wood, dans une interview accordée à Rock Paper Shotgun et publiée le 10 mai. L’intéressé a récemment fait parler de lui en se retrouvant seul sur les serveurs de la version PC — un vrai indicateur d’échec cuisant pour un jeu encourageant les sessions à plusieurs. Le dernier des Mohicans ajoute : « J’imagine que c’est rédhibitoire pour beaucoup de monde. » On ne peut qu’être d’accord avec lui. PlatinumGames peut-il rectifier le tir ? Le chantier s’annonce colossal.

Heureusement que PlatinumGames, capable du meilleur (Bayonetta, Nier Automata) comme du pire (Anarchy Reigns), sait assurer le strict minimum en matière d’action. Ici, le principal argument est à aller chercher du côté de la capacité du héros à pouvoir porter quatre armes en même temps, grâce à deux bras fantômes consommant une jauge dédiée. De quoi déchaîner des combos impressionnants pour éliminer les quelques ennemis qui nous barrent le chemin. Gros hic néanmoins ; les combats sont excessivement longs, au point de devenir insipides, voire énervants. Ce défaut implique une difficulté moins liée à la puissance des adversaires qu’à notre patience devant leur barre de vie qui se réduit millimètre par millimètre. Le calvaire ne fait que se creuser.

Babylon’s Fall
Un boss // Source : Capture PS5

Dans Babylon’s Fall, la progression n’a rien de motivant non plus. Il y a l’incessante course au butin, qui permet d’augmenter son nombre de dégâts entre chaque mission (l’équipement est figé quand on part en raid). Mais on ne comprend toujours pas pourquoi on gagne des points d’expérience, ni à quoi servent les médailles qu’on récolte à l’issue de chaque affrontement. D’autant que l’attribution semble aléatoire : on a parfois reçu la récompense ultime en ayant l’impression de passer totalement à côté du combat. Des bizarreries qui ne donnent vraiment pas envie de poursuivre l’aventure, plombée par un nombre incalculable de tares. D’autres jeux du genre, comme Anthem et Marvel’s Avengers (lui-aussi signé par Square Enix), se sont pris un mur pour moins que ça.

Au regard de l’état déplorable dans lequel il est sorti, Babylon’s Fall est presque une insulte à l’aura de Square Enix (qui empile les mauvais projets depuis quelques mois), à l’héritage de PlatinumGames et à la confiance des joueuses et des joueurs. « Je suppose que je suis attiré par son impopularité. Bien qu’étant un MMO, personne n’en parle et j’imagine que peu de monde y a joué. Mais comme on peut finir une bonne partie du jeu en solo, il est intéressant d’être l’une des rares personnes à l’avoir approché. Ce n’est peut-être pas une bonne expérience, mais elle est vraiment unique », explique Dashiell Wood pour justifier son acharnement. De mon côté, je préfère avoir honte pour Square Enix.