Electronic Arts a pris la décision d'annuler la refonte d'Anthem, qui restera un immense gâchis pour l'éditeur comme pour BioWare. Le studio va se recentrer sur ses licences fortes (Dragon Age, Mass Effect).

Le décor est planté : E3 2017, le plus grand salon de jeux vidéo au monde, lors d’une conférence de Microsoft. Les annonces s’accumulent pour la firme de Redmond, qui vient de lever le voile sur la Xbox One X. Pour montrer toute l’étendue de la puissance de sa console, elle peut compter sur l’ébouriffant Anthem, nouveau projet ambitieux développé par BioWare — studio à qui l’on doit les Mass Effect. «  Jetpack, exosquelette et open-world : avec Anthem, BioWare nous plonge dans une jungle déchaînée », avions-nous titré à l’époque, avec un engouement certain. Les premières images donnaient envie d’y croire. Nous sommes en février 2021 et, deux ans après son lancement, Anthem n’est plus que l’ombre de ses promesses. 

Dans un communiqué diffusé le 24 février, BioWare et Electronic Arts ont officialisé ce qui paraissait inéluctable : l’annulation de la refonte qui aurait pu sauver Anthem. Le jeu orienté multijoueur continuera d’être jouable, mais dans l’état qui est actuellement le sien. «  2020 a été une année comme aucune autre et, bien que nous continuons de faire des progrès sur tous nos projets, travailler depuis la maison pendant la pandémie a eu un impact sur notre productivité. Tout ce que le studio avait prévu avant le covid-19 ne peut être accompli sans imposer un stress excessif aux équipes », justifie le producteur Christian Dailey.

Anthem. // Source : Electronic Arts

Anthem, un véritable gâchis

À l’origine, l’envie de relancer Anthem en mobilisant une équipe dédiée était louable. Elle était même nécessaire, compte tenu des ambitions du jeu-service imaginé pour tenir de longues années grâce à des mises à jour régulières — comme Destiny 2. Elle matérialisait le mea culpa d’Electronic Arts alors que les joueurs ont eu vite fait de déserter les serveurs. Des exemples passés auraient pu donner raison à l’éditeur : No Man’s Sky, moqué à sa sortie, est devenu une expérience riche, généreuse et appréciée. Il fallait simplement s’accrocher, d’autant que les bases posées par Anthem étaient loin d’être mauvaises — le gameplay donnait l’impression d’enfiler le costume d’Iron Man.

Anthem était paralysé par des soucis structurels : des récompenses trop décevantes, un challenge parfois mal dosé ou encore un contenu loin d’être à la hauteur des attentes. Ces soucis de jeunesse ne paraissaient pas insurmontables pour un acteur comme Electronic Arts. Le mal était sans doute bien plus profond, comme l’avouait Casey Hudson, alors CEO de BioWare, en février 2020 : « Nous reconnaissons qu’il reste encore beaucoup de travail pour que le jeu déploie tout son potentiel, et cela passera par une réinvention considérable, beaucoup plus qu’une simple mise à jour ou une extension. »

Quelques mois plus tard, on apprenait que l’équipe chargée de faire un miracle n’était composée que de trente personnes. « Une petite équipe nous offre une souplesse qu’une plus grande ne nous autoriserait pas », justifiait à l’époque Christian Dailey. Ces employés travaillent désormais sur les autres jeux en préparation chez BioWare (les futurs Dragon Age et Mass Effect).

Il y a enfin une notion de timing à ne pas négliger : à quoi aurait servi de relancer un jeu sorti sur PS4 et Xbox One alors que les nouvelles consoles sont disponibles ? Développer des versions PS5, Xbox Series S et Xbox Series X aurait constitué une charge de travail supplémentaire pour BioWare.

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