Numerama a joué environ cinq heures à Elden Ring, qui préfigure une aventure époustouflante. Elle est imaginée par un studio qui n'a pas peur de se réinventer.

Se réinventer sans se dénaturer. C’est le défi posé à Elden Ring, nouvelle production de FromSoftware, qui s’est rapproché de l’auteur George R.R. Martin (Game of Thrones) pour concevoir un univers inédit. Vu l’aura du studio japonais, à qui l’on doit des expériences marquantes telles que la trilogie Dark Souls, Sekiro : Shadows Die Twice ou Bloodborne, les fans se seraient aisément contentés d’un Dark Souls 4, autrement dit de la même formule avec des graphismes plus conformes aux standards actuels.

Mais FromSoftware aime relever des challenges. Et Elden Ring en est un : comment adapter l’expérience Dark Souls — maintes fois copiées — à un monde ouvert ? Le gameplay si exigeant peut-il s’épanouir dans une structure moins maîtrisable pour le studio ?

Après avoir joué environ 5 heures à Elden Ring (grâce à un accès anticipé à la bêta fermée qui démarre officiellement le vendredi 12 novembre), on peut affirmer une chose : FromSoftware a encore trouvé le moyen de bousculer ses propres codes sans se trahir complètement.

Elden Ring // Source : Bandai Namco

Elden Ring ressemble à Dark Souls autant qu’il s’en éloigne

Elden Ring débute dans une grotte sombre. La joueuse ou le joueur est alors lâché dans un inconnu hostile. Une petite virée par un contrebas lui apprendra les rudiments d’un gameplay que les aficionados des jeux de FromSoftware reconnaîtront tout de suite. Un coup faible et rapide, un autre plus fort mais plus lent, un bouton d’esquive, une touche pour parer… Les habitudes reviennent vite. Les premiers ennemis meurent en quelques attaques. Il faudra quand même penser à surveiller sa jauge d’endurance, qui se vide à la moindre action. On a l’impression de naviguer en terrains connus et, pourtant, on continue d’avancer à tâtons.

Car, au sortir de ce tutoriel déguisé, c’est la découverte totale : une fois à l’extérieur, Elden Ring déploie des environnements à perte de vue. Il y a une impression de grandeur, inédite chez FromSoftware, qui se dégage. Après l’extase liée à cet océan de possibles, la réalité nous rattrape illico. Alors que l’aventurier se dirige vers une première bâtisse plus accueillante que le reste, un chevalier jonché sur un cheval inonde l’écran de sa puissance et de sa barre de vie immense. L’aventure a à peine commencé que, déjà, un premier boss récalcitrant se présente, prêt à faire pleuvoir les game over.

Quelques secondes lui suffisent pour nous renvoyer au dernier « Site de grâce » visité (des points de passage). Il ne s’agit pas d’un obstacle à surmonter tout de suite, plutôt d’un signal d’alarme : oui, Elden Ring s’annonce difficile — ce qui ne veut en aucun cas dire impossible (n’hésitez pas à lire nos quelques conseils).

Oui, Elden Ring s’annonce difficile. Mais il y a des solutions.

Néanmoins, et c’est là où il se détache des Dark Souls et assimilés, Elden Ring offre une option intéressante : la fuite. En ce sens, il vient amener un nouvel équilibre dans cette notion de challenge a priori insurmontable. Vous bloquez face à un ennemi ? Vous avez la possibilité d’aller voir ailleurs, pendant des heures, afin de revenir plus tard pour mieux surmonter une situation tout d’abord mal embarquée. En quelque sorte, le monde ouvert permet à FromSoftware de diluer — un peu — la difficulté. Les moins doués apprécieront cette évolution, quand les acharnés pourront toujours foncer tête baissée, tout en faisant fi des quelques aides fournies (les esprits à invoquer, par exemple). Pour le développeur, il est important de sortir de sa zone de confort : l’idée n’est plus de prêcher les convaincus, mais d’étendre le public.

Dès le début, j’ai très vite pris mes marques dans le costume d’une classe spécialisée dans le corps-à-corps (le Loup sanglant). Et je suis parvenu sans trop de problème à tuer les six boss inclus dans la bêta (cinq optionnels, un seul obligatoire). Est-ce que cela sous-entend que Elden Ring est un peu plus accessible ? Est-ce la force de l’habitude, puisque j’adore les titres de From Software (et ceux qui s’en inspirent) ? La bêta de Elden Ring est-elle volontairement plus simple pour ne pas frustrer les participants ? Cela peut-être un mélange des trois.

Elden Ring // Source : Bandai Namco

Dans Elden Ring, rien ne sert de ménager sa monture

On a très vite compris que Elden Ring avait des allures de The Legend of Zelda : Breath of the Wild — formidable épopée que nous considérons comme le jeu le plus marquant de la décennie précédente. Il ne s’agit pas d’une mince comparaison et quelques heures passées à se balader dans l’Entre-terre suffisent pour la soutenir avec brio. C’est donc peu dire que l’exploration constitue un vrai argument en plus pour Elden Ring, qui fournit bien évidemment une monture pour se déplacer plus rapidement. Pour l’anecdote, c’est un réflexe qui m’a, dans un premier temps, échappé. Comme je ne me suis jamais déplacé dans un Dark Souls autrement qu’à pieds, faire appel au cheval spirituel n’a jamais été une évidence.

On imagine déjà qu’il y aura une frange de joueuses et de joueurs qui ne seront intéressés que par cette quête de la liberté. Ceux-là délaisseront totalement les enjeux qui soutiennent l’histoire pour assouvir leur envie de balades — quand bien même les environnements s’avèrent plus déprimants qu’ailleurs. Pourquoi se faire du mal face à des créatures, toutes plus effrayantes les unes que les autres quand on peut explorer sans fin ?

Parmi vos amis propriétaires d’une Nintendo Switch, vous en avez sans doute qui ont passé plus de 100 heures dans The Legend of Zelda : Breath of the Wild sans jamais faire avancer la quête principale de Link. Cette option est envisageable dans Elden Ring, en espérant que la taille de la carte soit à la hauteur de l’appétit des plus curieux.

Elden Ring // Source : From Software

Du peu que nous en avons vu, Elden Ring a de quoi satisfaire les amatrices et amateurs d’exploration. Cet argument devrait d’ailleurs constituer un élément prépondérant des aventures personnelles de chacun, tant les récompenses sont intéressantes. Des points d’expérience pour devenir plus puissant, des pouvoirs à attribuer à son arme, de l’équipement… Autant d’ingrédients essentiels pour progresser avec plus de sérénité. Il ne faudrait pas oublier non plus l’incommensurable sentiment d’accomplissement : imaginez votre fierté après avoir abattu un dragon géant venu s’écraser dans un lac pour déverser ses flammes dévastatrices. FromSoftware peuple son Entre-Terre d’une myriade de petits événements susceptibles de devenir vos triomphes obtenus dans la douleur.

Fouiller les territoires d’Elden Ring permet enfin de rappeler à quel point FromSoftware maîtrise l’architecture des niveaux (même si cela expose parfois à des problèmes inattendus). Cela se ressent dans les grottes, les châteaux, les catacombes… Où l’on retrouve cette patte indescriptible et tortueuse. Comme si Elden Ring n’était finalement qu’un assemblage de petits Dark Souls entrecoupés de temps plus calmes. Voilà comment le studio japonais parvient une nouvelle fois à se renouveler avec brio (comme c’était déjà le cas avec Sekiro : Shadows Die Twice). Cet Elden Ring promet d’être grandiose dans cette faculté à répondre à de nombreuses attentes. C’est ce qui explique pourquoi il est si attirant, et c’est dans son étreinte que naîtra l’étincelle.

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